Jeux en famille

plateau de jeu yams yahtzee feutre artisanal diy

En ces temps de confinement, nous avons beaucoup joué, tous les quatre. Les exigences du télétravail et des télé-études faisaient que, dans la journée, nous avions tendance à nous enfermer chacun dans une pièce pour nous concentrer sur nos tâches, et une fois les corvées quotidiennes achevées, rien de tel qu’un apéro ludique pour relâcher la pression.

L’occupation première a été un grand tournoi de canasta (certes, à quatre, les équipes n’étaient pas très variées : les grands contre les petits, les filles contre les garçons ou les jeunes contre les vieux). C’est un jeu assez peu connu en France, mais j’ai des souvenirs émus de soirées familiales très animées partagées avec mes parents, frères et sœurs quand j’étais gamine. Lorsqu’on est assez nombreux, il se joue par équipes et je peux vous dire que les caractères se révèlent très franchement à cette occasion ! 😀

Lorsque j’ai quitté la maison, mes parents ont eu la gentillesse de me donner les deux jeux de cartes avec lesquels nous jouions ; ils ont plus de quarante ans de bons et loyaux services et présentent l’usure idéale pour construire des châteaux de cartes, mais nous continuons à jouer à la canasta avec. C’est l’occasion de vous montrer un petit bricolage qui remonte à quelques années : avec du carton plume, j’avais fabriqué un support pour ranger les cartes ainsi que les petits carnets et crayons indispensables pour noter les scores. Quelques pense-bêtes sur les règles et les points sont venus en décorer les parois.

plateau de jeu yams yahtzee feutre artisanal diy

Au moment de changer de jeu pour proposer un peu de variété à ma tribu, j’ai découvert que nous avions perdu notre tapis de dés. Il faut le faire ! On va dire qu’il été rangé avec beaucoup d’inventivité et qu’on le découvrira lors d’une réorganisation de placards, voire carrément d’un déménagement… En même temps, cela tombait bien, j’avais sur un de mes bureaux un petit plateau en bois carré que je n’avais pas eu le courage de jeter (je n’aime pas jeter ! vous le savez bien…), reliquat d’un cadeau gourmand genre chocolats ou pâtes de fruits. Il me fallait juste un petit bout de feutre pour le tapisser (le bruit des dés lancés sans relâche m’agace, surtout quand je ne joue pas parce que je suis en train de travailler dans la pièce d’à côté).

C’était l’occasion de renouer avec le feutrage, que j’ai beaucoup négligé ces dernières années. Les journées sont si courtes !

plateau de jeu yams yahtzee feutre artisanal diy
plateau de jeu yams yahtzee feutre artisanal diy
plateau de jeu yams yahtzee feutre artisanal diy

Pour l’occasion, inutile de couvrir de plastique, comme je le faisais habituellement, la table familiale, et de toute façon, l’occupation des pièces de l’appartement ne me permet pas actuellement de m’étendre trop pour bricoler (deux mois sans tissage ! merci de m’envoyer toute votre compassion…). Un petit bout de plan de travail dans la cuisine a suffi. Il me fallait un carré de feutre d’environ 25 cm de côté. Je crois que le séchage de ce morceau de falkland feutré (quatre couches, quand même) a pris plus longtemps que sa fabrication, son découpage et son collage sur le petit plateau de bois !

Le résultat est parfait, on n’entend pas du tout les dés qui rebondissent de manière réjouissante. J’ai imprimé quelques grilles, je n’ai plus qu’à inviter mes affreux à apprendre à jouer au yams, en anglais yahtzee, un jeu lui aussi tiré de mes souvenirs de jeunesse 🙂

plateau de jeu yams yahtzee feutre artisanal diy
plateau de jeu yams yahtzee feutre artisanal diy

Kilt, laine et métal

kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal

Je ne crois pas qu’il ait une goutte de sang écossais dans les veines, mais mon fiston porte le kilt.

Au début, c’était essentiellement pour suivre son papa en concert, où les métalleux enfilent volontiers la jupe et, s’ils ne le font pas, se montrent extrêmement tolérants en matière de look. J’ajoute qu’ils sont aussi très protecteurs envers les bouts de chou, si bien que je n’ai aucune inquiétude (ou presque, une maman n’est jamais 100% zen) à laisser filer ma petite ablette jusqu’à la barrière de sécurité dans un concert d’Airbourne ou de Queensrÿche, sachant qu’il sera pris en charge par de charmantes dames elles-mêmes secondées par des gros costauds, et qu’il a même toutes les chances du monde de rafler des médiators et des baguettes de batterie… voire de monter sur scène…

Bref, le kilt est de mise pour les concerts, mais pas seulement. Par exemple, quand nous allons au pub spinning déguster un super fish & ships, le kilt est de rigueur. Et puis finalement, il s’est décidé à le porter au collège où le physio (hem, le portier) a fortement haussé les sourcils mais n’a pas trouvé dans son cher règlement l’alinéa interdisant à un garçon d’aller étudier en jupe.

Sauf qu’il y a des saisons où porter la jupe, même si on n’a pas de sang de highlander et qu’on met un caleçon, ça fait froid aux papattes.

J’avais depuis longtemps promis une paire de guêtres bien chaudes et assorties à son tartan violet, bleu foncé, noir et blanc signé Heritage of Scotland (ma chère). Avec le confinement, impossible d’arguer que je n’avais pas le temps, il fallait s’atteler au projet.

J’ai commencé par faire un écheveau dans ces tons-là avec un mélange cardé de mérinos et soie colorés que j’avais en stock, mais je devais moi-même avouer qu’on n’y était pas tout à fait et Fiston a beau être très poli, il a la sale habitude d’être honnête. Bref, je devais revoir ma copie et me montrer un peu plus exigeante.

Du coup, je suis passée en mode teinture et, au bout de quelques étapes de surteinture (en matière de couleur, il faut toujours s’approcher à très petits pas de son objectif…), j’ai mis la main exactement sur le violet et le bleu qu’il me fallait. Il ne restait plus qu’à ajouter du noir et de la soie maulbère blanche (re-ma chère), à sortir la planche à rolags, et pouf !

Au moment de faire les rolags, toutefois, un instant de réflexion. Je voulais retrouver le motif du tartan, mais je ne voulais pas de rayures franches non plus. Du coup, j’ai fait la moitié des rolags (pour le premier brin) en alternant franchement les coloris, et l’autre (pour le second) en les mélangeant de manière plus fondue. Je comptais sur un fil qui allait changer de couleur selon les rayures du tartan, mais pas de manière trop tranchée.

kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal
kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal
kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal

L’écheveau était doux et moelleux, mais difficile de dire en le voyant si j’allais obtenir le tricot que j’avais en vue… et en matière de filage, rien n’est sûr avant la toute fin de l’ouvrage. Je me suis donc précipitée sur mes aiguilles pour réaliser les guêtres. Patron facile à imaginer : ce ne sont que deux tubes de tricot circulaire en côtes 2/2.

Je suis satisfaite du résultat, et Fiston est ravi, il paraît qu’elles sont très, très confortables.

kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal
kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal

Mais je n’avais pas terminé ma tâche : pour ses rangers en cuir de concert (indispensable si vous ne voulez pas vous faire écrabouiller les arpions pendant un “wall of death”), qu’il a dénichés l’été dernier sur une brocante… sans lacets, il fallait quelques mètres d’un beau cordon. Justement, je viens de me mettre au kumihimo ! Il me restait un peu de fibres violettes, j’ai donc filé vite fait quelques mètres de violet et autant de noir, et j’ai réalisé cette “tresse creuse” à huit brins. Les bouts en plastique ? Quelques centimètres de gaine d’électricien thermorétractable et un coup de chaud, hop !

Il me reste un peu de fil : pour des guêtres assez longues, qu’on peut retrousser, 135 g de fil ont suffi et j’en avais fait 200 par précaution. Je réfléchis à faire de gros pompons en laine pour customiser son casque de concert (indispensable pour protéger ses jeunes tympans), mais je ne sais pas trop si je pourrai aller jusque-là… 😀

kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal

Du cachemire pour le PLAISIR

filage artisanal au rouet cachemire alpacone

Suite au ralentissement des visites, j’ai constaté que le thème du mois que je proposais sur le forum Tricotin n’éveillait plus beaucoup d’intérêt, et j’avoue que cela ne m’a pas motivée moi-même à y participer. J’ai réussi ces derniers mois à montrer mon travail pour les derniers thèmes, mais il est clair qu’il était temps que cela s’arrête. Pas d’inquiétude : je reste sur le forum pour le modérer et surtout pour répondre à vos questions. Mais pour le moment, je ne proposerai plus de thèmes.

Toutefois, je n’aime pas trop les choses en suspens et, avec beaucoup de retard, j’ai décidé de proposer aux fileuses et fileurs du forum un ultime thème de filage pour boucler l’année 2019. Il faut dire que, en cette période de confinement, je suis bien obligée de m’attaquer aux choses qui traînent : je n’ai plus d’excuses pour procrastiner.

Toutefois, toujours à cause de ce confinement, je voulais aussi faire passer ce message : FAITES-VOUS PLAISIR.

Au cours de l’année écoulée, j’ai lu beaucoup de messages sur les réseaux sociaux faisant part d’un certain désenchantement vis-à-vis de la professionnalisation de nos beaux arts du filage, de la teinture et du travail des fibres en général. C’est un souci qui ne touche pas que la France : même au-delà des frontières, dans des pays où le filage (tissage, teinture, etc.) est plus répandu, où il existe des associations étendues, des guildes, il est tout de même très, très compliqué d’en vivre. Voire d’espérer en vivre. Cela pose une question qui s’étend bien plus loin que le seul domaine textile : peut-on, et/ou doit-on, demander à notre passion de nous faire vivre ? Elizabeth Gilbert, dans l’ouvrage Comme par magie (ou Big Magic, en anglais), dont Flore, la fondatrice de ce forum, m’a conseillé la lecture il y a quelques années, essaie d’y répondre, et j’ai apprécié son point de vue très humble.

Quels que soient nos enjeux, nous subissons tous des déceptions dans notre parcours d’apprentissage et de création. L’image est éculée, mais je suis tentée de conseiller à chaque personne tombée de bicyclette – ou de rouet – de remonter dessus… et d’essayer de repartir toujours non pas de zéro, mais de l’essentiel : le plaisir.

Car, non, au XXIe siècle, nous ne sommes pas obligés de filer pour vivre ou pour vêtir notre famille ! Nous avons cette grande chance : nous avons le droit le filer pour le plaisir. Donc, je vous en conjure, ne boudez pas votre plaisir, et surtout, ne l’oubliez pas, ce plaisir.

En cette période de crise et de confinement, il est plus temps que jamais de plonger vers ce qui nous réjouit le plus. Pour ma part, cela a été de prendre dans mon tiroir à trésors un sac que j’y avais glissé il y a très peu de temps : du cachemire très doux, d’une couleur naturelle adorable, sorte de caramel bien dilué de crème fleurette, que j’ai acheté lors de la Fête de la Laine de Malakoff 2020 auprès d’exposants italiens fort talentueux, Alpacone. Je vous l’avoue : ce n’était pas donné. Normal, pour du cachemire. Mais quand j’expose sur un marché, j’investis souvent mes bénéfices chez mes voisins de stand, c’est comme ça. Et là, il faisait si beau, j’étais entourée de magnifiques œuvres textiles qui me transportaient de joie… je me suis prise pour une star et je me suis dit que je le valais bien. Que je le valais largement.

filage artisanal au rouet cachemire alpacone

Vraiment, je ne regrette pas mes sous. J’ai pris à filer ces fibres un plaisir incommensurable.

C’est clair, elles “réclamaient” d’être filées en long draw. Vous la connaissez peut-être, cette petite voix des fibres qui vous chantonne avec autorité ce qu’elles veulent qu’on en fasse. Des fibres relativement courtes, extrêmement fines, plutôt glissantes, impossible d’essayer d’en faire autre chose : elles se seraient sans doute vengées 😉

D’habitude, je réserve mon Little Gem aux déplacements, notamment au pub spinning, car je trouve l’Aura plus facile à régler. Mais là, j’avais besoin d’aller vraiment très vite, et le plus petit rapport de la toute petite poulie haute vitesse, c’est ce qu’il me fallait (vu la quantité, je n’avais pas la patience d’utiliser les petits fuseaux de ma charkha, qui aurait sans doute offert le meilleur rapport). Je n’ai d’ailleurs eu aucun souci à régler le frein.

J’ai donc filé en long draw, assez fin, car les fibres glissaient les unes contre les autres et ne demandaient que ça. J’ai fait un retors à deux brins tout simple. Tout de même, j’ai suivi le conseil proposé par Judith Mackenzie dans son ouvrage The Practical Spinner’s Guide : Rare Luxury Fibers : filer avec peu de torsion, retordre avec beaucoup. J’ai obtenu un fil de départ très fin, avec un fil d’arrivée dodu et très moelleux. Pour celles et ceux qui aiment les chiffres : le filage a duré 18 h 30, le retors 7 h ; l’écheveau pèse 225 g et mesurait 950 m après retors, 947 m (soit presque pas de perte !) après blocage et trois ou quatre “claquages” contre un mur.

Ce long moment de long draw a représenté l’opportunité parfaite de perfectionner ce geste parfois difficile à maîtriser. Je le répète, les fibres s’y prêtaient magnifiquement.

J’envisage une moelleuse étole crochetée en star stitch (point marguerite). Et je m’engage solennellement à venir partager une photo dès que j’aurai fait mon échantillon 😉

filage artisanal au rouet cachemire alpacone

La coqueluche du mois

masque en tissu coronavirus confinement avril 2020

Eh oui, coronavirus et confinement obligent, on en parle beaucoup des masques en tissu… D’aucuns affirment que c’est mieux que rien, d’autres que ça peut toujours aider. Je n’allais pas résister au plaisir de sortir certaine boîte secrète où je réserve mes plus jolies chutes de tissu et mes petits coupons de liberty. Bon, le plus beau liberty me semble trop fin mais j’ai du coton moyen qui ira bien.

Comme beaucoup de monde, je me suis basée sur le modèle du CHU de Grenoble qui est plutôt bien fait. Le masque est rapide à faire et la forme n’est pas trop moche (si on arrive à oublier qu’il rappelle un devant de slip raisonnablement bien garni). Pour ma part, j’ai fixé une couche de molleton synthétique thermocollant sur les pièces extérieures avant de passer à l’étape couture.

masque en tissu coronavirus confinement avril 2020
masque en tissu coronavirus confinement avril 2020
masque en tissu coronavirus confinement avril 2020

Je suis bien consciente de ne pas avoir sauvé le monde en sortant ma machine à coudre, mais coudre deux masques m’a occupée une matinée. Nous ne sommes pas (encore) malades et respectons les mesures d’éloignement, aussi nous pouvons parfaitement sortir sans pour faire nos courses alimentaires. Mais ces masques envoient aussi un message : ils disent aux gens que l’on croise que, bien que nous soyons dans la rue en route vers notre supérette à moitié vide, nous sommes conscients du danger et nous essayons d’être le plus prudent possible.

Allez, portez-vous bien et sortez couverts si nécessaire, moi je vous abandonne pour aller finir mon retors 😉

masque en tissu coronavirus confinement avril 2020

Salade de fruits

écheveau mérinos filé main au rouet artisanal

Je devrais détester l’été parce que je crains la chaleur, et que cette saison gorgée de soleil m’oblige à ranger mes pulls. Oui, mais l’été se fait pardonner avec ses beaux fruits : melons, fraises, cerises, pêches et l’incontournable pastèque dont je pourrais me rendre malade si mon organisme n’y était pas si bien habitué. En automne, c’est autre chose, je me régale surtout les yeux : les arbres du parc se parent de leurs plus belles couleurs et dès que je mets un pied dehors, j’admire de belles écharpes, des châles envoûtants, de jolis pulls… sans compter que je peux ressortir les miens. C’est la saison rêvée pour la laine ! Côtés fruits, en revanche, c’est un peu le désert.

Je compense avec mon dessert préféré, la salade de fruits. Pierre Hermé fournit une recette que j’ai un peu simplifiée (il met trop d’ingrédients à mon goût) et que je trouve délicieuse. Il y a de l’orange, du pamplemousse et du citron vert (seulement les suprêmes, hein ! ça prend du temps à préparer mais ça vaut le coup), ainsi que des petits cubes de mangue, le tout nappé d’un sirop parfumé au gingembre, à la vanille, à la badiane et au poivre, avec quelques zestes d’agrumes. Essayez, vous m’en direz des nouvelles.

Sur le forum Tricotin, section “Thème du mois”, j’ai demandé aux fileuses et fileurs si, à leur rouet ou leur fuseau préféré, ils en offraient, de la salade de fruits : “Oui, je vous parle de filage, là. Je parie que vous aviez oublié qu’on n’est pas sur un forum gastronomique… non non non, Supertoinette, c’est à côté, les gars !”

Pour filer une “salade de fruits”, je pioche des couleurs de saison – soit celles que m’inspire la saison, soit celles qui me plaisent le plus à ce moment-là – en diverses matières dans mon stock, et je sépare les mèches ou la toison en petits morceaux, à peine plus gros que la longueur de la fibre. Je balance tout ça dans un gros saladier et je brasse pour bien mélanger. Ensuite, j’en fourre de pleines poignées dans ma cardeuse, en tournant un peu trop vite pour qu’elle n’ait pas le temps de bien étirer les fibres. Cela va s’emmêler et faire des paquets : parfait, cela permet d’obtenir de superbes effets de texture.

Si on n’a pas de cardeuse, on peut tout de même bénéficier du côté “salade de fruits” en filant simplement les fibres telles qu’on les pêche – attention, sans regarder ! sinon on ne peut pas s’empêcher de choisir – dans le saladier. Après, la façon de filer, c’est au choix, mais je trouve que cela rend bien en core-spinning.

écheveau mérinos filé main au rouet artisanal

Pour ma part, finalement, je n’ai pas choisi le core-spinning : après avoir sélectionné une douzaine de coloris de mérinos dans des tons fruités et les avoir déchirés en petits morceaux, j’ai renoncé au cardage et je les ai attrapés au hasard – sans regarder… – dans le saladier pour les filer tout simplement les uns après les autres. J’ai fait un retors navajo pour conserver les portions de couleur dont les contrastes vitaminés me plaisaient plus qu’un mélange de tons. Il faisait si gris ! Le temps était si maussade, et les étals du marché aussi ! Je voulais mes fruits en morceaux plutôt qu’en compote… 🙂

Un déluge de couleurs, un vrai bonheur

filage artisanal teinture fractale rue de la laine

En perspective de la Fête de la Laine de Malakoff, j’ai retrouvé mes cocottes, mes seringues, mes poudres et mes flacons de teinture… vous en avez déjà vu le résultat avec le travail sur le bleu des mers du Sud que je vous ai montré il y a peu.

Mais ce n’était pas tout ! Au programme, il y avait aussi toute un panier d’écheveaux pour ma collection “Fractals” et aussi des mèches de BFL et soie teintes avec une nouvelle technique que je suis en train d’expérimenter.

Cela faisait un moment que je n’avais pas pu jouer du pinceau et de la palette : en général, les mois d’automne se passent surtout devant mon métier à tisser, à concocter de nouvelles créations pour Noël. En plus, cette année, de nombreuses personnes ont décidé d’offrir à des proches un stage de tissage chez Rue de la Laine, ce qui a été l’occasion de précieuses et plaisantes rencontres.

Du coup, j’ai retrouvé ma cuisine-laboratoire avec un œil neuf, un appétit accru et des envies de mélanges de couleurs plus originaux. Je me suis régalée !

N’hésitez pas à passer les découvrir sur mon stand à la Fête de la Laine, demain et dimanche, à partir de 10 h, à la salle des fêtes Jean-Jaurès de Malakoff. C’est une belle salle spacieuse et claire où j’ai eu grand plaisir à exposer l’année dernière… et mon plaisir est particulièrement intense quand mes élèves passent me voir pour me montrer les merveilles qu’ils ont réalisées après leur stage. Surtout, ne soyez pas timides ! À bientôt !

mèches de laine et soie teintes à la main pièces uniques Rue de la Laine

Galapagos

filage artisanal teinture de la laine

En octobre 2019 (oui, on remonte dans le temps !), j’ai proposé comme thème de filage aux fileuses et fileurs du forum Tricotin “Qu’importe le flacon”. En ces termes, je leur proposais de sortir leur flacon de teinture préférée – éventuellement de raconter pourquoi ils aimaient ce coloris, cette marque – et de montrer ce qu’ils en faisaient… peut-être allaient-ils teindre différents types de fibres et comparer les résultats ? Bien sûr, cela valait pour tous les contenants, y compris pots et sachets !

Pour ma part, j’ai bel et bien choisi un flacon : mon coloris préféré de peinture pour soie Dupont, le “Vert mode”, un bleu-vert qui fait rêver aux mers du Sud. Les teintures liquides sont tellement pratiques ! Cela m’intéressait de voir comment différentes fibres allaient accepter les pigments. J’ai donc pioché dans mes stocks quelques poignées de mes fibres préférées. Sur la photo, en partant du haut à gauche et en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre : alpaga, angora, bébé chameau, bourrette de soie, toison de mérinos Maco, bébé mohair et soie tussah.

Dans la teinture, le mouillage est capital, surtout quand on va teindre par trempage. j’ai donc mis mes fibres à tremper la veille, avec quelques gouttes de liquide vaisselle comme “agent mouillant”, en insistant bien sur les fibres à travers lesquelles l’eau voyage le plus mal : l’angora et la soie. La bourrette notamment doit être bien déchirée avec les doigts, sinon elle est trop tassée pour accepter l’eau correctement – et là où l’eau ne va pas, la teinture n’ira pas non plus. Comme ces fibres-là ne feutrent pas, il ne faut pas hésiter à les pétrir pour que l’eau atteigne le cœur des fibres.

Je les ai ensuite teintes séparément dans ma cocotte, en donnant à chacune la même dose de teinture, soit environ 2 ml par tranche de 10 g de fibres. Vers la fin de la teinture, elles ont toutes eu droit à une giclée de vinaigre blanc, et je les ai laissées dans l’eau qui refroidissait tranquillement jusqu’à ce que cette eau soit bien transparente.

Sur la deuxième photo, elles sont disposées dans le même ordre. La qualité n’est pas bonne, mais en fait elles n’ont pas la même intensité. Le bébé chameau est le grand gagnant, c’est lui qui a atteint la teinte la plus foncée (mais il était aussi plus foncé au départ). Contrairement à mes expériences antérieures, l’angora a bien pris la teinture, c’est donc vraiment un problème de “mouillage”. Le mohair aussi a une belle teinte profonde, ainsi que la soie tussah.

filage artisanal teinture de la laine

Après séchage des fibres, bien étalées sur un séchoir à pull, je suis passée au cardage et j’ai obtenu de grosses nappes aériennes comme des nuages que j’ai eu grand plaisir à filer.

filage artisanal teinture de la laine

Pour garder le côté très aéré et mousseux de ces fibres très différentes mélangées intimement, j’ai choisi le filage long draw, puis un  retors à deux brins pour que le fil soit solide tout en étant assez peu tordu pour rester léger, plein d’air (et donc de chaleur quand il sera tricoté ou tissé). Compte tenu de l’effet gonflant du fil, il a fallu sortir la “grosse bobine” de l’Aura, car il n’aurait pas tenu sur une simple bobine jumbo.

Et voilà mon “Galapagos” ! Un beau pépère de 250 g et presque 500 m qui s’apprête à fanfaronner sans vergogne à la Fête de la Laine de Malakoff

filage artisanal teinture de la laine
filage artisanal teinture de la laine

Un bonnet de bain en trois coups de cuiller à pot

DIY bonnet piscine shibori

Le mois de janvier marque traditionnellement la saison des bonnes résolutions ; si vous avez la malchance de lire beaucoup de magazines dits “féminins”, vous avez dû, cette année encore, subir nombre d’injonctions à ce sujet… Pour ma part, il y a longtemps que j’ai cessé de promettre d’être moins gourmande, ou de terminer tous mes encours avant de commencer de nouveaux projets (ce qui équivaut aussi au “péché” de gourmandise). Cela m’est impossible à tenir et cela va tout simplement à l’encontre de ma personnalité. Mieux vaut prendre la résolution d’accepter une bonne fois pour toutes qui je suis !

Mais apparemment, les nouveaux dirigeants de ma piscine favorite, eux, ont pris la bonne résolution de se conformer aux habitudes générales, et ils ont choisi de rendre l’usage du bonnet de bain obligatoire. Pour ma part, je suis contre : il suffit de demander aux nageurs de s’attacher les cheveux, ce que j’ai toujours fait, pour épargner un peu les filtres. Et j’ai eu le temps de remarquer, au fil des ans, que lorsque les gens sont “dépersonnalisés” – cachés derrière un bonnet et un masque ou de grosses lunettes – leurs compétences sociales s’amenuisent, et la simple courtoisie leur semble hors de propos, quitte à forcer le passage dans la file de nage d’un bon coup d’épaule ou de pied lorsqu’ils l’estiment nécessaire 🙁

Trêve de débat : le bonnet de bain étant devenu obligatoire, il me fallait désormais ce “précieux sésame” pour pouvoir m’offrir une heure de détente dans l’eau. Déjà, pas question d’utiliser l’affreuse capote anglaise en silicone qu’on doit enfiler avec précaution et un tant soit peu d’acharnement (comme le condom qui lui ressemble), tout en s’arrachant une poignée de cheveux au passage – comme si j’en avais trop…

Un bonnet en jersey irait peut-être. J’en ai acheté un sans l’essayer, taille XL, mais quand je l’ai enfilé sur mon pauvre crâne, l’élastique était tellement serré que j’ai eu l’impression d’avoir déménagé au pays (et au siècle) où serrer la tête d’un prévenu dans un étau était une forme de torture efficace. Encore un peu, et j’avouais mon âge et mon poids ! Adieu à ce vilain machin.

Pourtant, mon tour de tête est pile dans la moyenne du crâne féminin. Mettons que je sois trop sensible à la contrainte… 🙂

Il ne me restait plus qu’à renoncer à nager (snif), espérer de trouver une piscine moins conformiste en acceptant de gaspiller en transport des heures que je ne passerais pas à filer, teindre, tisser ou tricoter (liste non exhaustive), ou… faire un bonnet qui conviendrait à mon anatomie trop sensible.

Première cuillerée : le patron

Merci à Internet, j’ai trouvé facilement un patron gratuit et très simple : Noé le bonnet, sur le blog “Étoffe malicieuse”. Seulement trois bouts de tissu et un morceau d’élastique, le programme n’était pas indigeste.

Deuxième cuillerée : la teinture “shibori”

J’aime la couleur, quelles que soient les circonstances, et pas question de confectionner ce bonnet en Lycra noir. La dépersonnalisation, la morosité et l’uniformisation ne passeront pas par moi – j’adore La Servante écarlate, mais à condition qu’elle reste du domaine de la fiction !

Et j’étais pressée : pas envie de chercher un tissu original adapté à la confection d’un bonnet de bain, car ils sont assez rares en magasin et l’achat sur Internet, en pleines grèves (j’attends toujours un courrier international qui a été posté avant Noël…), me promettait quelques semaines sans nager. Vous le savez déjà, la patience n’est pas mon fort 😉

Heureusement, j’avais dans mes tiroirs un coupon de jersey de Nylon blanc acheté il y a belle lurette, à l’époque où j’avais le fantasme – toujours pas réalisé – de me coudre un maillot de bain sur mesure. J’en ai découpé trois rectangles correspondant à la taille des pièces du bonnet, avec une bonne marge, et j’ai commencé par les teindre en bleu turquoise.

Il y a une raison chimique à la chose que j’oublie à chaque fois, mais le Nylon se teint très bien avec des teintures pour fibres protéiniques (j’ai utilisé de la peinture pour soie Dupont), il avale même mieux et plus vite la teinture que la laine ou la soie ! C’est impressionnant !

Une fois ces bouts de Nylon secs, j’ai préparé mon shibori : après avoir plié les pièces en deux, j’ai cousu une série de demi-cercles le long de la bande centrale, et des demi-cercles concentriques au milieu des deux côtés. Je vous offre une petite astuce : ce tissu est très glissant et il est presque impossible de marquer un pli au fer, alors j’ai tout simplement vaporisé un peu de colle repositionnable en bombe sur l’envers avant de le plier. Il a ensuite été très facile de placer mes points de couture et de serrer le motif. Cela fait, j’ai replacé mes morceaux de tissu dans un bain de teinture bleu-violet (l’essentiel de la colle a disparu).

J’ai toujours du mal à être patiente avant de défaire le shibori, une fois que la teinture a pris. Compte tenu de la facilité du Nylon à gober les pigments, je n’ai pas attendu le séchage ; dès que l’eau a été bien claire et suffisamment refroidie pour m’éviter de me brûler, j’ai cassé le fil et déplié mon shibori. Le motif, très classique, me plaisait beaucoup. Vous verrez les traits de crayon qui ont guidé ma couture sur la photo : ils partiront au prochain lavage.

DIY bonnet piscine shibori
DIY bonnet piscine shibori
DIY bonnet piscine shibori

Troisième cuillerée : la couture

Après séchage, la découpe du tissu et l’assemblage ont été des jeux d’enfant. J’ai choisi un élastique très mou pour la bordure car comme je n’avais pas l’intention de plonger (interdit, ça aussi) ni de nager le crawl (berk 😀 ), ce bonnet n’avait pas besoin d’être serré. Sur la marotte “nue” où je l’ai placé pour la photo, il a l’air lâche et gondole un peu, mais sur ma tête, il va très bien. Toutefois, vous ne verrez jamais de photo du bonnet porté, j’ai encore ma dignité !

Et hop… au bain ! Bonnet testé et approuvé. Je ne suis pas sûre que la teinture résiste longuement au chlore, mais il me reste du tissu et je suis impatiente de tester d’autres motifs de shibori et d’autres couleurs 😉

Au passage, je me félicite que ce bonnet ne m’ait rien coûté, puisque je n’ai eu qu’à puiser dans mes réserves de tissu et de chutes d’élastique. Je ne suis pas près de prendre la bonne résolution de réduire mes stocks en me débarrassant de tout ce dont je ne me suis pas servie dans l’année écoulée… cela marche peut-être pour les geeks de la mode, mais cela va complètement à l’encontre de tout fonctionnement créatif.

DIY bonnet piscine shibori

Un panier faussement rustique… et très très chic !

panier rustique vannerie artisanale saulaie

D’après mon cher Larousse, l’adjectif “rustique” désigne quelque chose “qui appartient ou se rapporte à la campagne, aux gens ou aux choses du milieu rural”, ou “qui a les caractères simples et naturels de la campagne”, ou encore carrément “qui est fruste, sans façons, sans raffinements”. Sans raffinement, mon joli panier ? Peuh !

Pourtant, quand ce modèle de panier a été créé, sous le Second Empire, il était réservé aux riches bourgeoises qui l’utilisaient comme sac à main (ce que j’ai moi-même bien l’intention de faire !). Normal : le rotin employé est très fin et sa “galerie” élégante (c’est ainsi qu’on appelle le motif qui l’entoure) ressemble à une broderie délicate et chic. C’est plus tard et progressivement que ce panier s’est invité dans les campagnes, d’abord comme cadeau raffiné, puis en changeant de gabarit pour transporter des victuailles ou de petits animaux.

Oublions donc le terme “rustique”… Ce type de panier n’est pas seulement ravissant, il est aussi long et compliqué à faire. Croyez-moi sur parole ! J’en ai découvert tous les méandres à Saulée (encore une fois… mais j’adore les stages de Pascale, pourquoi lui ferais-je des infidélités ?). Nous étions quatre vannières très concentrées (merci à Agnès, Corinne et Pat : l’ambiance était formidable, les filles, j’ai passé de si bons moments en votre compagnie ! on a beaucoup ri et ces pique-niques pantagruéliques on chatouillé ma légendaire gourmandise…) et il nous a fallu pas moins de quatre jours pour venir à bout de ses subtilités.

Alors, déjà, moi, je n’avais jamais travaillé le rotin. Lors de mon premier stage chez Pascale, j’ai réalisé une corbeille et un panier rond, tous les deux en osier. Cela m’a donné envie de revenir pour me confectionner une immense panière à linge également en osier, que j’aime tendrement. Et c’est à cette occasion que j’ai repéré le fameux panier rustique dans son atelier. J’en suis immédiatement tombée amoureuse. Certes, il n’avait pas la force brute et naturelle de l’osier, mais sa sophistication était un vrai défi, et elle nécessitait la régularité du rotin. J’ai donc fait une infidélité à l’osier…

panier rustique vannerie artisanale saulaie

Autre spécificité, ce panier est tressé autour d’un moule, chose que je n’avais jamais faite non plus. C’est un peu plus difficile car du coup, l’ouvrage que l’on tient en équilibre sur les genoux est plus lourd et moins facile à manipuler. Mais cela permet une régularité de forme dont j’avais été incapable jusqu’à présent.

panier rustique vannerie artisanale saulaie

Ensuite, il y a le piège du couvercle, qui doit s’emboîter parfaitement sur le haut du panier, et même avec un moule, ce n’est pas de la petite bière. Enfin, il y a de nombreux détails à ajouter : pied tressé, charnières, anses, fermeture… Tout cela m’a permis de découvrir plein de petites techniques passionnantes. Je suis toujours aussi séduite par la vannerie, et j’adore mon nouveau panier. J’ai bien l’intention de jouer les belles du Second Empire et de le trimballer partout avec moi. Je peux y glisser facilement tout ce qui m’est nécessaire quand je me déplace, avec en plus un petit ouvrage de tricot ou… un fuseau et une poignée de rolags, bien sûr 😉

panier rustique vannerie artisanale saulaie

Voici nos diverses réalisations, avec notre instructrice de choc, Pascale !

panier rustique vannerie artisanale saulaie
panier rustique vannerie artisanale saulaie
panier rustique vannerie artisanale saulaie
panier rustique vannerie artisanale saulaie

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu

swaledale filé rouet filage artisanal

C’est la prédiction que j’ai faite début septembre aux fileuses et fileurs du forum Tricotin : “Dans ma boule de cristal, je vois… je vois… que vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu !” Beau programme, n’est-ce pas ? On peut voir ou revoir sans hésiter ce film de Woody Allen servi par une très bonne distribution, tranquillement installé(e) devant un rouet, pour filer… eh bien, ce fameux inconnu ! L’exercice que je leur proposais le mois dernier était en effet tout simple : découvrir une fibre qu’ils n’avaient encore jamais filée. Peut-être une fibre végétale inhabituelle, ou tout simplement une variété de mouton à laquelle on ne s’était encore jamais frotté : il y en a tellement !

La nouveauté n’a hélas pas beaucoup inspiré les participants au “Thème du mois”… Moi si. Je me suis dit qu’il était temps de sortir des sentiers battus. Et puis, on ne tisse pas que des écharpes dans la vie.

Il était dans mes tiroirs depuis quelques mois, ce petit sachet de swaledale. Ce mouton rustique des montagnes du Yorkshire a une bouille rigolote et le gris délicat des fibres m’a séduite. Mais il ne faut pas se mentir : même si la mode est au rustique, pas question de confectionner des vêtements avec ce type de fil qui pique quelle que soit la manière dont on le file (j’ai peu tordu mes fibres pour éviter que le fil soit trop rêche, mais il n’y a pas de miracle). La grosseur moyenne des fibres est tout de même de 35 à 45 microns… Et en Angleterre, on l’utilise plutôt pour des tapis, l’intérêt des swaledale étant surtout leur viande. Je pense que mon écheveau, trop gros pour un tapis (quoique ?), deviendra un sac solide à emmener partout… à suivre !

swaledale filé rouet filage artisanal