Mouton !

écheveau laine bouclée filée au rouet

C’est toujours symbolique de commencer une nouvelle année, et on peut prendre ce symbolisme de bien des manières. En 2018, en tant que fileuse, je me suis posé des questions sur mes buts, mes désirs, je suis revenue sur mes accomplissements, je me suis interrogée sur les projets que je souhaiterais mener à bien cette année, sur les nouvelles choses que je voudrais apprendre. Je suis bien consciente que, pour progresser, pour être capable de réaliser exactement le type de fil que l’on souhaite, il faut toujours revenir aux bases. Et pour moi, la base du filage, c’est la laine, donc le mouton.

Bien sûr, j’adore filer la soie, l’alpaga, le mohair et bien d’autres matières, mais tout de même, je reviens toujours à la laine. Et comme je lave très peu de toisons – car cela n’est pas facile dans un petit appartement – j’oublie parfois que la laine, c’est le mouton. Donc, en janvier, j’ai proposé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin de revenir au mouton avec un écheveau qui symbolise particulièrement cet animal. Que faire ? Laver une toison ? S’intéresser aux coloris naturels des moutons ? Aux particularités d’une certaine variété de mouton ?

Pour ma part, j’ai eu envie de rendre la texture d’une toison ; je voulais qu’elle soit aussi bouclée et aérienne que le “manteau” fraîchement coupé qu’on lance en l’air pour le déployer et le faire retomber bien à plat sur la table ajourée où les fibres seront triées. Il me fallait donc commencer par travailler avec des jolies boucles… C’était l’occasion de faire connaissance avec une nouvelle race de mouton, et j’ai acquis une centaine de grammes de leicester longwool. Des “locks” déjà lavées et écharpillées (ouf !), mais pas cardées. Ce n’est pas une fibre extrêmement douce, mais elle se prête magnifiquement aux effets de texture !

écheveau laine bouclée filée au rouet écheveau laine bouclée filée au rouet

Bilan d’un marché parisien

filage manuel

Me voici de retour du marché des créateurs des Champs-Élysées, dont j’ai eu parfois l’impression qu’il n’avait de “créateur” que le nom… En effet, le petit “village des créateurs” était noyé dans une grande fête foraine où les gens venaient manger des churros, boire du vin chaud et filmer leurs enfants sur les manèges. Une atmosphère certes “festive”, mais qui ne poussait pas à admirer les créations minutieusement réalisées par les quelques artisans qui n’étaient pas en fait des revendeurs de bricoles.

Parmi ces derniers, j’ai tout de même eu le plaisir de faire la connaissance du sculpteur céramiste Benoist Lagarde (et aussi de faire quelques emplettes, hum ! je ne sais pas résister à un bel émail rouge…).

Et, si parmi les milliers de personnes venues du monde entier qui sont passées devant mon stand durant cette semaine, la plupart n’avaient certainement pas l’esprit à l’artisanat ou à la création, je ne saurais compter combien ont été étonnées ou émues par mon petit rouet qui a pédalé sans relâche, dix heures par jour ou presque. J’ai fait beaucoup de très belles rencontres et je ne saurais remercier assez tous ceux qui m’ont confié une bribe de leur histoire personnelle, évoqué un membre de leur famille, les pratiques d’antan de leur village ou de leur région. Ils m’ont touchée autant qu’ils l’ont été.

Merci donc aux ados qui ont sauté en l’air en jurant que c’était “trop stylé”. Merci aux vieilles dames qui m’ont raconté leurs longues heures de tissage, petite fille, dans un atelier portugais, ou qui ont évoqué la difficulté à redécouvrir le filage par nécessité, pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu’elles étaient adolescentes. Merci à ce monsieur moldave d’une suprême élégance qui a expliqué la fabrication des tapis dans son village, et la fierté avec laquelle les dames qui en étaient chargées acceptaient ou non de vendre leurs créations à telle ou telle personne. Merci à tous ces jeunes hommes fascinés par les roues et les courroies, que leurs amies essayaient d’entraîner à la force de leurs petits poignets vers les stands de bijouterie. Merci au garçon de café qui a mimé pour moi les gestes de sa grand-mère : le cardage et le filage au fuseau. Merci à tous ceux qui ont demandé mon autorisation avant de prendre des photos…

Pendant toutes ces rencontres enrichissantes, si mon cerveau était aux prises avec un anglais un poil rouillé à l’oral et des notions d’espagnol franchement décaties, mes mains et mes pieds, eux, ne chômaient pas ! Voici, en chiffres, les quatre écheveaux filés au cours de ces belles journées (j’ai réalisé les retors chez moi, en rentrant, et je vous donne là le temps total passé sur chaque écheveau) :

– laine et soie : 478 m pour 126 g, 12 heures de filage ;

– mawatas de soie : 1 408 m pour 123 g, 37 heures de filage ;

– laine et soie : 587 m pour 128 g, 16 heures de filage ;

– mérinos superwash : 160 m pour 102 g, 4 heures de filage.

J’ai tout filé en blanc car c’est plus visible lorsqu’on fait une démonstration, mais rien ne m’empêchera de me livrer à quelques exercices de teinture… L’écheveau de mawatas est déjà en cours de tissage, argh, le peigne 60/10 fraîchement reçu d’Ashford est encore trop gros ! Cela donne toutefois un effet “gaze” qui pourrait être très réussi. Mais j’aurais dû retordre ce fil trop fin en navajo, il aurait eu une plus jolie texture. À refaire…

Exercices de teinture

écheveaux filés et teints à la main

Pour le mois d’août, j’ai proposé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin de faire de la teinture – pour celles et ceux qui n’en faisaient pas, c’était peut-être l’occasion de se lancer… Après tout, on me le répète assez souvent que je suis un démon tentateur 😉

Dans le milieu du filage, on a généralement l’habitude de teindre de la mèche avant de la filer, comme par exemple pour réaliser un écheveau “fractal”, ainsi que je l’avais proposé en avril. Ce mois-ci, il s’agissait de faire le contraire : filer un écheveau (à base de fibres naturelles, blanches ou autres), puis le teindre.

La première question qu’on peut légitimement se poser avant de décider de teindre après le filage, c’est forcément : pourquoi ?

Eh bien, pour plein de raisons.

Par exemple, une mèche nature est toujours plus facile à filer qu’une mèche teinte. Je lis beaucoup de plaintes sur le forum et ailleurs au sujet de mèches feutrées pendant la teinture qui deviennent impossibles à étirer… qu’il faut pré-étirer, ce qui fond parfois un peu trop les couleurs, etc. Si on teint après le filage, on n’a pas ce problème.

Ensuite, je trouve qu’un fil teint en uni comme celui-ci a toujours plus de relief et de nuances qu’un fil réalisé à partir d’une mèche uniforme. Il n’y a clairement pas photo en ce qui me concerne, même si cela ne rend pas forcément en photo, justement (mais je trouve ces images assez fidèles). En plus, je suis amoureuse de ce coloris, le “Lichen” de chez Landscapes.

La seule chose que j’ai remarquée sur mes deux écheveaux, c’est que le retors m’a semblé un peu moins rond une fois les écheveaux teints, rincés et essorés. Du coup je les ai rapidement repassés au rouet, pendant qu’ils étaient encore humides, et je leur ai donné un coup de vapeur par acquit de conscience.

écheveaux filés et teints à la main écheveaux filés et teints à la main

Autre excellente raison de teindre après coup : parce qu’on peut obtenir des effets impossibles à réaliser autrement, comme par exemple cet effet moucheté.

Je me suis inspirée d’une palette de Design Seeds et j’ai mis mon écheveau bien, bien à plat, puis j’ai disposé mes couleurs par petites touches.

J’ai cherché à obtenir des séquences de couleur très courtes, et on voit sur l’échantillon qu’il n’y a que quelques mailles successives de la même couleur, jamais plus de cinq.

Quand on tricote avec un point un peu plus texturé, l’effet est encore plus drôle !

Bricolages…

filage fantaisie au rouet

Au mois de mai, j’ai proposé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin de réfléchir à un thème un peu cryptique : un filage lié au concept de “bricolage”… qu’il s’agisse de bricoler en filant (par exemple pour enfiler des perles ou réaliser un fil très fantaisie) ou d’avoir recours à une bidouille quelconque pour préparer les fibres ou modifier un rouet.

Pour ma part, j’avais déjà une petite idée en tête. En effet, quand j’ai lu Hand Spun de Lexi Boeger, alias Pluckyfluff, j’ai été amusée par sa suggestion d’ajouter de la texture à un fil en le crochetant au cours du filage. Dit comme ça, cela paraît ardu et on imagine qu’une troisième main serait bien utile, pourtant on attrape vite le coup, finalement !

Concrètement, je me suis servie d’une petite carte Sajou pour enrouler un mètre ou deux du fil que je venais de filer. Puis j’ai fait une boucle coulissante dans le fil pour réaliser ma première maille en l’air, et j’ai crocheté les petits motifs qui me passaient par la tête. Pour arrêter le motif, il faut faire passer le fil restant dans la dernière maille en l’air et serrer le nœud, puis on peut reprendre le filage. Tout simple, n’est-ce pas ?

filage fantaisie au rouet filage fantaisie au rouet filage fantaisie au rouet

“Mon livre de chevet”

La copie déclenche souvent la colère dans le petit monde de la création. Sur de nombreux forums, des créateurs et créatrices ont la dent dure pour se plaindre de personnes ayant copié leur style, ou même reproduit une œuvre à 100 % pour la revendre. Et je les comprends !

Pourtant, la copie a deux aspects positifs. D’abord, elle permet d’apprendre. Si vous avez l’habitude de vous promener dans les musées, vous devez de temps en temps y voir des étudiants des Beaux-Arts occupés à reproduire des tableaux célèbres, par exemple. Ensuite, la copie, c’est aussi un hommage, quand elle n’est pas réalisée dans un but mercantile.

filage fantaisie inspiré de jacey boggs

Ce mois-ci, j’ai proposé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin, en guise de thème du mois sous le titre “Copie et plagiat”, de se balader sur la Toile, de visiter les blogs des fileuses et fileurs qu’ils admiraient, de fureter sur Pinterest ou même sur les sites de filatures industrielles, pourquoi pas ? Il s’agissait de choisir la photo d’un fil et d’essayer de le reproduire. Midian nous a carrément épatés en reproduisant à la perfection un fil très fou signé Jacey Boggs, et puis aussi un des miens, mon écheveau “Alien” (trop fière d’avoir été copiée !!!!).

Comme elle, je me suis aussi inspirée du travail de Jacey Boggs. C’est vraiment quelqu’un que j’admire et son livre Spin Art est une vraie petite merveille. Tout est très bien expliqué et le DVD joint est un régal vraiment rock’n’roll !

Vous me direz : “Oui mais, c’est de la triche, Jacey détaille de A à Z toute la procédure à suivre pour réussir le fil ! C’est trop facile…” Et je suis bien obligée de vous donner raison. Sauf que, figurez-vous que ce n’est pas si simple que ça, on pourrait même dire que ce n’est franchement pas de la tarte, et voilà pourquoi mon fil n’est pas vraiment réussi. C’est clair, les “beehives” ne sont pas aussi beaux et réguliers que les siens. Il faut vraiment que je continue à m’entraîner ! !

Une fois que j’ai eu fait la photo, je me suis aperçue que je l’avais présentée exactement comme les écheveaux de ma collection “Mon livre de chevet”. Du coup, mon hommage à Jacey Boggs en fait désormais partie.

filage fantaisie inspiré de jacey boggs

A Spider From Mars

fil dentelle filé à la main

Faites-vous partie des personnes qui prennent de “bonnes résolutions”, en début d’année ?

Moi, non ! C’est du temps perdu, je me connais, je suis incapable de les tenir… La plus tentante : “Finir tous mes en-cours et arrêter de démarrer quinze cent dix mille projets à la fois.” Déjà, j’entends celles et ceux qui me connaissent un peu rire à gorge déployée…

Donc, les fileurs et fileuses du forum Tricotin ont échappé à ce thème un peu vache, “Bonne résolution”. En échange, je leur ai proposé un petit challenge. Il s’agissait de penser à une technique, une matière, une couleur avec laquelle ils avaient des difficultés, ou dont ils sentaient bien que, pour une raison ou une autre, ils ne l’avaient pas explorée à fond. Et de voir jusqu’où ils pouvaient aller.

Et puisque nous commencions l’année sur une nouvelle série de thèmes, je leur ai rappelé, en m’inspirant des commandements (ou droits) du lecteur de mon cher Pennac, une petite série de conseils concernant nos “thèmes”…

  1. Nul n’est obligé de participer.
  2. Il n’est pas indispensable de montrer quoi que ce soit avant la fin du mois, le mois suivant ou même l’année prochaine : on peut “jouer” quand on veut (d’autant qu’il n’y a rien à gagner à part votre plaisir personnel). On a parfaitement le droit de ranimer un vieux post que personne n’a touché depuis des siècles.
  3. On peut faire un écheveau de la taille et du poids qu’on veut. Oui, même 10 grammes si vous êtes pressé(e).
  4. On a le droit de prendre le thème par le bout qu’on veut et d’en donner l’interprétation qui nous chante.
  5. On a le droit d’utiliser n’importe quelle matière et de la traiter aussi mal qu’on veut. Même de couper des fibres de soie avec des ciseaux, si ! si !
  6. Personne ne devrait avoir honte de demander de l’aide, de poser des questions, de dire qu’on n’a pas compris ou même qu’on est dé-goû-tée par le thème proposé (vous vous reconnaîtrez, mesdames, hi hi hi).
  7. Les garçons ont le droit de participer ! Je cesserai de parler au féminin quand l’un de vous se décidera, messieurs !

Je n’ai pu montrer mon propre écheveau qu’à la dernière minute, voilà des jours et des jours que je guette le soleil en vain… Ce matin, j’ai dû me contenter de ce que j’avais, c’est-à-dire des nuages 😉

Ce mois-ci, Midian, la papesse du fil dentelle, se lançait le défi de faire de la fantaisie, et moi je faisais du très fin ! Enfin, du plus fin que d’habitude. Je me suis bien rendu compte que mon matériel me permettait de filer encore plus fin, mais qu’aurais-je fait avec du fil à coudre ? Là, au moins, je peux quand même tenter une shawlette dentelle…

J’avais décidé de ne pas tricher en prenant de la soie, j’ai même choisi une fibre plutôt gonflante : du Maco mérinos, une laine très fine et très moelleuse. La préparation en mèche impeccable de ce Maco le rendait très facile à diviser en très fines “méchettes”. Et, pour une fois, je me suis servie du kit dentelle adapté à mon Little Gem de Majacraft. J’ai vraiment, vraiment apprécié la légèreté des bobines “fat core”, et avec le plus petit ratio de la poulie haute vitesse, l’épinglier tournait bien vite sans que j’aie l’impression de faire un effort de pédalage.

Quelques chiffres : pour 50 grammes, le fil mesurait 600 mètres avant blocage, 575 mètres après (je pense que ces métrages sont assez exacts car je fais mes écheveaux sur un écheveaudoir et non sur un niddy-noddy, qui peut facilement augmenter le métrage de 10 % parce que le fil est plus tendu). Pour les personnes qui utilisent cette unité, cela représente à peu près 5 700 YPP (yards per pound). Et il m’a fallu une vingtaine d’heures de filage pour en venir à bout.

fil dentelle filé à la main

“Ma tasse de thé”

filage

Qu’ai-je bu tout au long du mois de septembre ? Du thé, bien sûr ! Et pas seulement pour trouver l’inspiration de ma collection inspirée des arts de la table… L’automne est arrivé très rapidement, j’ai à regret abandonné les glaces pour retrouver le réconfort d’une bonne tasse de thé. Cet écheveau 100% polwarth joue sur l’alternance de portions très fines et d’autres bien dodues pour mimer les courbes gracieuses de cette tasse en porcelaine “NewWave” que j’adore. Dedans, une vraie gourmandise : du thé japonais “genmaicha”, parfumé au riz grillé.

“Ma tasse de thé”

filage laine

C’est vrai, août tire à sa fin, mais Dieu qu’il fait chaud aujourd’hui ! Pour me rafraîchir, j’oublie le thé malgré le nom que j’ai donné à mes écheveaux inspirés des arts de la table : mieux vaut un granité façon mojito, mêlant citron vert et menthe, dans ce joli petit bol offert par Chantal. Car il semble bien que j’aie fait une bêtise en commençant cette collection… maintenant, mes amies me lancent des défis !

“Ma tasse de thé”

filage artisanal

Juillet s’enfuit mais l’été est bien là… Pendant les vacances, je peux prendre le temps de savourer un café avec mon dessert en regardant les enfants jouer. L’écheveau du mois, dans le cadre de ma collection inspirée des arts de la table, cherche donc à imiter les grains de café, avec des petits cocons noués et un fil de mérinos brun très foncé.

“Ma tasse de thé”

tasse

C’est une expression toute faite qui me va comme un gant, moi qui bois des litres de thé ! Forcément, je craque volontiers, de temps en temps, sur un bol original, une belle théière… Il faut dire qu’il n’y a pas que les fibres qui m’affolent (ce serait trop facile), j’aime les arts de la table. Faïence élégante, cristal taillé, verre recyclé, coupelles de toute sorte, j’adore ! Cette année, j’ai décidé de m’inspirer de mes pièces préférées ou au contraire des plus quotidiennes pour créer une série d’écheveaux.

Je commence par la tasse dans laquelle je bois mon premier thé de la journée. Pour les couleurs de la photo, et parce que la météo s’y prête davantage aujourd’hui, c’est du chocolat qu’elle contient ! L’écheveau est très simple, un seul brin en 100% mérinos, cardé dans les tons veloutés de cette faïence portugaise aux faux airs cérusés.