Doux comme un lapinou

filage au rouet

… et pour cause ! Il y a beaucoup d’angora dans cet écheveau…

Pour le thème de filage de ce mois de juin, j’ai proposé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin de travailler à partir d’une nappe cardée.

Pour ma part, j’ai eu envie d’une nappe texturée mais très douce, donc j’ai choisi une base de mérinos pastel (melon et rose) auquel j’ai ajouté de la soie de sari, de la bourrette de soie et une grosse poignée d’angora duveteux gris naturel. Je vous montre les fibres avant le passage des fibres en cardeuse car lorsque la machine les amalgame en différentes couches, cela a tendance à en masquer le contenu. C’est d’ailleurs ce que j’aime dans les nappes : c’est pendant le filage qu’on découvre les diverses fibres, comme autant de petites surprises.

filage cardeuse nappe cardée filage cardeuse nappe cardée filage cardeuse nappe cardée

Et la meilleure façon de “déguster” toutes ces petites surprises, pour ma part, je trouve que c’est de réaliser un gros fil moelleux en corespinning. L’Aura de Majacraft est parfait pour ce genre d’exercice. J’ai tout simplement déchiré la nappe en bandes qui se sont enroulées comme par magie autour du fil de laine fin que j’avais choisi pour faire le core.

filage fantaisie au rouet filage fantaisie au rouet filage fantaisie au rouet filage fantaisie au rouet filage fantaisie au rouet filage fantaisie au rouet

“Chacun pour soie”

filage soie artisanal nature morte

C’est le nom du thème que j’ai proposé en mai aux fileuses et fileurs du forum Tricotin

La soie, dans l’esprit de tous, c’est la fibre de luxe par excellence, la plus chère – même si, sur ce point, on se trompe : des fibres plus rares comme le cachemire lui dament le pion sur le plan financier. C’est en tout cas la plus solide, et une des plus brillantes parmi les fibres naturelles. C’est aussi une des plus fines, des plus douces… bref, elle a un petit côté recordwoman – pardon, recordfiber.

Pour l’adepte du filage, la soie se présente de diverses manières : fibres en ruban, en “mouchoirs” (mawatas), brick (connais pas le mot français, toute suggestion sera la bienvenue !), bourrette, déchets variés des processus de fabrication industrielle de fil de soie, fibres de sari…

Sous quelle forme la préférez-vous ? Comment la teignez-vous, si vous le faites ? L’utilisez-vous toujours en mélange ou osez-vous la filer à 100 % pure ? Et de quelle manière préférez-vous la filer ?

Pour moi, ce mois-ci, je me suis imposé un petit challenge : faire tout ce que je ne fais pas d’habitude avec la soie…

En général, je l’utilise en mélange (environ 20 %) pour donner du lustre, du tomber et du brillant à mes fils. Là, j’ai décidé de faire comme Jennyzephyrine, l’une de nos talentueuses participantes (pas de participant masculin ce mois-ci ! messieurs, lancez-vous !), et de l’utiliser pure à 100 %.

En général, je retors l’essentiel de mes fils à deux (ou trois) brins, ils sont plus solides et équilibrés, et j’aime le relief que cela apporte. Là, j’ai décidé de ne filer qu’un seul brin.

En général, je “piège ma soie” entre deux couches de laine pendant le cardage, pour éviter qu’elle reste collée sur l’un ou l’autre des rouleaux de ma chère Lisbeth II. Là, j’ai dû me débrouiller sans…

Mais au final, en ajoutant la soie dans la cardeuse en très petites quantités, j’ai réussi à faire une nappe cardée 100 % soie, et je l’ai retirée de la cardeuse avec mon diz pour obtenir une mèche aux accents très citronnés 😉 Du coup, ça m’a donné envie de faire un cake au citron ! Même si la mèche elle-même, avec ses larges portions de soie maulbère blanche et brillante, évoquait plutôt une tarte au citron meringuée.

filage soie artisanal nature morte

Ensuite, je l’ai filée sur mon Aura en réglant très finement le frein pour pédaler très leeeeeentement : je voulais un fil à un seul brin, mais pas trop fin non plus (trop facile !). En plus, j’avais un petit projet de tissage en tête, donc je tenais à atteindre un calibre assez précis. Le fait que la soie soit préparée en mèche a rendu la chose assez facile : environ 3 heures de filage pour 250 mètres de fil (l’écheveau pèse 85 grammes).

Mais je n’étais pas ravie de mon fil, que je trouvais dur et crissant pendant le filage. Après le blocage, toutefois, il était doux, presque duveteux (car très peu tordu), juste adorable !

filage soie artisanal nature morte

Nouvelles écharpes

écharpes artisanales tissées main

Voici un premier aperçu des écharpes que j’ai tissées pour le marché de Noël. J’ai beaucoup travaillé le bleu, car j’étais un peu à court, mais aussi des teintes plus douces. Comme il faisait froid, je me suis orientée vers de grandes étoles très moelleuses… mais j’ai aussi refait une nouvelle collection de Précieuses, en collaboration avec Midian, car l’aventure que nous avons commencée en 2014 n’est pas près de toucher à sa fin : elle invente tant de beaux dégradés qu’on a forcément envie de tous les essayer ! Je vous montrerai ces nouveaux modèles demain car, là, il est temps de m’atteler à mes derniers préparatifs…

écharpes artisanales tissées main écharpes artisanales tissées main écharpes artisanales tissées main

“Ma boîte préférée”

filage d'art écheveau de soie

J’ai presque rattrapé mon retard sur ma collection “Ma boîte préférée” ! De la même manière que lorsque j’ai commencé à travailler sur ma collection “Ma tasse de thé”, les personnes qui s’intéressent à mon processus créatif se sont mises à fureter ici et là pour me trouver des sources d’inspiration… Et l’autre jour, ma mère est arrivée avec quelques trésors très vintage, dont la fameuse boîte de poudre Leclerc en aluminium qui a marqué bien des générations. Pour la remplir de fil, il fallait bien de la soie un peu brillante…

Une poignée de boucles

fil artisanal boulé mohair

Il y a peu, le magazine PLY a consacré tout un numéro aux fils bouclés, et j’avoue qu’en tant que tisseuse, j’ai pour eux une tendresse particulière. Je ne sais pas si celles et ceux parmi vous qui taquinent le rouet en faites souvent, et si vous aimez les tricoter, mais pour ma part, je suis tout à fait séduite par leur texture qui semble “sauter” hors du tissu ou du tricot en criant : “Touchez-moi, touchez-moi !” J’apprécie leur relief grenu et la façon dont ils accrochent la lumière. Pour le mois de mai, j’ai donc proposé ce thème de réflexion aux fileuses et fileurs du forum Tricotin.

Pour ma part, je me suis plongée dans mon PLY et j’ai épluché le premier article sur le bouclé, une “recette” de bouclé “classique” rédigée par la fabuleuse Jacey Boggs.

Pour commencer, j’ai teint du mohair (pour les boucles) et de la soie (pour les deux fils fins destinés à les “piéger”). Eh oui, j’ai parfois tâté du bouclé, ici et là, et pourtant je ne m’étais encore jamais décidée à utiliser du mohair, alors qu’on m’a souvent dit que les qualités intrinsèques du mohair en faisaient la meilleure fibre possible pour obtenir des boucles bien rondes ! Il était temps de combler cette lacune.

fil artisanal boulé mohair

En suivant les conseils distillés dans l’article, j’ai filé la soie assez fin pour réaliser le premier fil du retors (le core), autour duquel le fil de mohair devait venir s’enrouler. Jacey Boggs conseille de le filer en S (dans le sens antihoraire), avec très peu de torsion, car on va venir en rajouter en réalisant le premier retors, également en S. Il faut prendre son temps pour peaufiner le réglage du rouet afin d’obtenir un fil fin, peu tordu mais tout de même solide.

Ensuite, j’ai filé le mohair en Z (dans le sens horaire), un peu plus gros mais pas trop, et moyennement tordu (c’est ce qu’on appelle le wrap).

Pour le premier retors, j’ai laissé le fil de mohair s’enrouler autour du fil de soie dans le sens antihoraire (en S) en le maintenant à 90°, et en le repoussant vers le haut entre le pouce et l’index à intervalles réguliers pour former de jolies boucles bien rondes. Pas évident, c’est un geste à saisir, mais c’est amusant. En revanche, mieux vaut ne pas trop s’attacher à ces jolis ronds, ils sont pas mal chahutés en passant par les anneaux du rouet avant de s’enrouler sur la bobine…

fil artisanal boulé mohair

Ensuite, j’ai repris le fil de soie qui me restait et je l’ai repassé rapidement dans le rouet (en S) pour lui ajouter un peu de torsion, afin qu’il en contienne à peu près autant que celui de départ, une fois retordu (cela devient le binder). Vous me suivez toujours ?

Là, il ne restait plus qu’une étape : le second retors. Il se fait en Z, et le second fil de soie doit venir piéger les boucles pour qu’elles ne glissent plus le long du premier fil de soie. Il faut en profiter pour remettre en place celles qui ont été télescopées par les anneaux du rouet. On apprécierait d’avoir une main supplémentaire pour le faire, mais bon, on y arrive.

Un petit shampoing dans l’eau chaude pour le blocage, et voilà, c’est terminé !

Il me restait un peu de fil de soie, je l’ai retordu en navajo, il n’y a pas beaucoup de métrage mais il pourra toujours trouver une place dans un tissage fantaisie…

fil artisanal boulé mohair fil artisanal boulé mohair

Toute fine, toute légère…

écharpe soie tissée main

… non, ce n’est pas de moi que je parle 😀 ! Mais de l’écharpe que je viens de terminer avec la soie de mawatas filée lors de mon dernier marché.

En fait, même avec le peigne 60/10 que j’attendais impatiemment de pouvoir étrenner, le fil était encore trop fin, ce qui m’a permis de tisser une véritable gaze de soie, un petit bonheur de luxe et de douceur. Elle ne pèse qu’une soixantaine de grammes, bien qu’elle fasse ses deux mètres de long, et n’a utilisé que la moitié de la pelote… Je suis en pleine réflexion, vous vous en doutez, au sujet de ce que je vais faire de l’autre moitié.

Je me suis demandé avec Chantal, qui s’étonnait de sa finesse, si elle passerait à travers une bague, comme les fameux pashminas ou encore les châles orenbourg qui doivent passer à travers un anneau de mariage. Eh bien, oui, la preuve en image, elle y passe, et au large encore !

Vous le voyez, en ce moment, je suis totalement dans l’inspiration “Noël blanc”…

Bilan d’un marché parisien

filage manuel

Me voici de retour du marché des créateurs des Champs-Élysées, dont j’ai eu parfois l’impression qu’il n’avait de “créateur” que le nom… En effet, le petit “village des créateurs” était noyé dans une grande fête foraine où les gens venaient manger des churros, boire du vin chaud et filmer leurs enfants sur les manèges. Une atmosphère certes “festive”, mais qui ne poussait pas à admirer les créations minutieusement réalisées par les quelques artisans qui n’étaient pas en fait des revendeurs de bricoles.

Parmi ces derniers, j’ai tout de même eu le plaisir de faire la connaissance du sculpteur céramiste Benoist Lagarde (et aussi de faire quelques emplettes, hum ! je ne sais pas résister à un bel émail rouge…).

Et, si parmi les milliers de personnes venues du monde entier qui sont passées devant mon stand durant cette semaine, la plupart n’avaient certainement pas l’esprit à l’artisanat ou à la création, je ne saurais compter combien ont été étonnées ou émues par mon petit rouet qui a pédalé sans relâche, dix heures par jour ou presque. J’ai fait beaucoup de très belles rencontres et je ne saurais remercier assez tous ceux qui m’ont confié une bribe de leur histoire personnelle, évoqué un membre de leur famille, les pratiques d’antan de leur village ou de leur région. Ils m’ont touchée autant qu’ils l’ont été.

Merci donc aux ados qui ont sauté en l’air en jurant que c’était “trop stylé”. Merci aux vieilles dames qui m’ont raconté leurs longues heures de tissage, petite fille, dans un atelier portugais, ou qui ont évoqué la difficulté à redécouvrir le filage par nécessité, pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu’elles étaient adolescentes. Merci à ce monsieur moldave d’une suprême élégance qui a expliqué la fabrication des tapis dans son village, et la fierté avec laquelle les dames qui en étaient chargées acceptaient ou non de vendre leurs créations à telle ou telle personne. Merci à tous ces jeunes hommes fascinés par les roues et les courroies, que leurs amies essayaient d’entraîner à la force de leurs petits poignets vers les stands de bijouterie. Merci au garçon de café qui a mimé pour moi les gestes de sa grand-mère : le cardage et le filage au fuseau. Merci à tous ceux qui ont demandé mon autorisation avant de prendre des photos…

Pendant toutes ces rencontres enrichissantes, si mon cerveau était aux prises avec un anglais un poil rouillé à l’oral et des notions d’espagnol franchement décaties, mes mains et mes pieds, eux, ne chômaient pas ! Voici, en chiffres, les quatre écheveaux filés au cours de ces belles journées (j’ai réalisé les retors chez moi, en rentrant, et je vous donne là le temps total passé sur chaque écheveau) :

– laine et soie : 478 m pour 126 g, 12 heures de filage ;

– mawatas de soie : 1 408 m pour 123 g, 37 heures de filage ;

– laine et soie : 587 m pour 128 g, 16 heures de filage ;

– mérinos superwash : 160 m pour 102 g, 4 heures de filage.

J’ai tout filé en blanc car c’est plus visible lorsqu’on fait une démonstration, mais rien ne m’empêchera de me livrer à quelques exercices de teinture… L’écheveau de mawatas est déjà en cours de tissage, argh, le peigne 60/10 fraîchement reçu d’Ashford est encore trop gros ! Cela donne toutefois un effet “gaze” qui pourrait être très réussi. Mais j’aurais dû retordre ce fil trop fin en navajo, il aurait eu une plus jolie texture. À refaire…

Fleur bleue

écheveau filé au rouet

C’est une expression désuète pour désigner une chose qui l’est également… “fleur bleue”, ça veut dire romantique, sentimental, il y a aussi un côté timide et naïf à la chose. Bref, tout le contraire des générations que nous sommes en train d’élever à coups de YouPorn !

Mais moi qui suis née au siècle dernier, j’aime bien le côté fleur bleue, et l’expression aussi. De plus, si on la prend littéralement, il n’y a pas beaucoup de limites à l’inspiration qu’elle peut offrir dans le domaine du filage. C’est donc le thème que j’ai proposé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin pour le mois de mars.

Pour ma part, j’ai encore une fois craqué non pas pour de véritables fleurs, mais pour les motifs et coloris de mes porcelaines préférées… Sauf que pour rendre l’effet d’un semis de fleurs bleues sur un fond clair, j’ai longtemps hésité à la manière de m’y prendre. Et donc, comme souvent lorsque j’hésite, au lieu de choisir une méthode, j’en teste plusieurs.

Ici j’ai essayé de “dessiner” mes fleurs sur mes écheveaux de deux manières différentes : par cardage et par teinture.

La première fois, en utilisant ma cardeuse. Pour obtenir un effet de petites touches de bleu sur un fond pâle, j’ai teint de la bourrette de soie, que j’ai intégrée au cardage en accélérant la vitesse pour que les fibres n’aient pas trop le temps de s’étirer, permettant un effet de “grumeaux”. J’ai filé la nappe en core-spinning autour d’un fil de laine fin et j’ai un peu feutré l’écheveau au blocage pour lui donner du corps.

La seconde fois, j’ai filé deux bobines de laine blanche et les ai passées en écheveaux avant de les teindre façon shibori ou tie & dye avant de les retordre ensemble. Je voulais obtenir un effet de passages de couleurs plus “tranchés” qu’avec une simple mèche teinte. Là, pas sûre que l’effet soit vraiment différent… Je ne sais pas ! Oui, les deux écheveaux sont différents, mais est-ce que je n’aurais pas obtenu un effet similaire en me contentant de poser des touches de peinture bleue sur une mèche blanche ? Peut-être bien que si…

écheveau filé au rouet écheveau filé au rouet

“Mon livre de chevet”

filage soie mawatas silk hankies

Vous avez été nombreux à admirer ma collection “Ma tasse de thé”, inspirée des arts de la table, et je vous en remercie.

Cette année, j’ai décidé de chercher l’inspiration ailleurs et je me suis tournée vers un autre de mes amours, la lecture. Rien n’est plus précieux qu’un beau livre, rien de plus inspirant non plus. Je vous présente donc ma collection “Mon livre de chevet”.

Ce mois-ci, je voulais vous faire découvrir une magnifique édition du Soie d’Alessandro Baricco, superbement illustrée par Rébecca Dautremer. Faut-il le préciser ? Naturellement, l’écheveau est en soie, plus exactement en mawatas (mouchoirs de soie aussi appelés silk hankies) dont je savoure toujours avec bonheur la fausse rusticité et le filage très particulier.

“À sa femme Hélène, il offrit en cadeau une tunique de soie que, par pudeur, elle ne porta jamais. Si tu la serrais dans ton poing, tu avais l’impression de ne rien tenir entre les doigts.”

Soie, Alessandro Baricco

filage soie mawatas silk hankies

Crépuscule orageux

filage

En vacances, s’il y a une chose que je prends enfin le temps de savourer, ce sont les couchers de soleil… D’abord parce que je dîne généralement dehors, et qu’avec un peu de chance je n’ai pas des flopées de maisons et d’immeubles pour me les cacher. En plus, j’ai souvent mon appareil photo sous la main. J’ai proposé à mes collègues fileuses et fileurs du forum Tricotin, pour le thème du mois d’août, d’en transformer un en écheveau.

Pour ma part, comme chaque été, j’en ai vu de superbes, des couchers de soleil, et j’ai pris plusieurs photos. J’ai eu du mal à en choisir une… C’est celle-ci. J’avoue que j’ai une tendresse particulière pour ces mélanges de jaune doré très tendre et de gris orageux.

Pour la transformer en fil, j’ai teint de la bourrette de soie que j’ai mélangée par cardage avec de la soie tussah et plusieurs nuance de laine mérinos allant du mauve au gris.

Le résultat est un fil corespun très aérien, qui donne l’impression d’être tout léger par rapport au volume qu’il occupe !