En costume d’Arlequin

filage artisanal arlequin

J’adore le mot “bariolé”, pas vous ?

Longtemps, j’ai craint la couleur ; je ne m’habillais qu’en noir, gris ou jean : nécessité de se fondre dans la masse, crainte de se faire remarquer… La couleur, c’était cantonné aux tubes de peinture de l’atelier du mercredi après-midi.

Justement, je viens de recevoir une lettre (si ! ça existe encore !) du professeur qui m’a initiée aux plaisirs de la gouache, de l’aquarelle et de la peinture sur soie – sans jamais pouvoir faire de moi une bonne dessinatrice (zut !) – et en voici la dernière phrase : “Ne lâche pas les couleurs, ce sont de joyeuses compagnes.”

C’est en découvrant le filage et le tissage que j’ai appris à aimer les couleurs – pire, que j’ai appris à aimer les “clashs” de couleurs. Je me réfère à notre chère Esperluette, qui animait le “thème du mois” du forum Tricotin avant que je prenne le relais, et qui m’a toujours dit que dans une nappe fantaisie, il fallait mettre beaucoup de ce qu’on aimait et un peu de ce qu’on détestait, pour le contraste.

Pour en revenir à notre “bariolé”, voici ce que mon petit Larousse en dit : “Bariolé, e adj. Marqué de couleurs vives et souvent mal assorties ; bigarré : Une robe bariolée.” On pense aussitôt au costume d’Arlequin…

J’ai donc demandé aux fileuses et fileurs du forum comment ils feraient un fil bariolé, pour que les couleurs “clashent” sans se fondre les unes dans les autres.

Pour ma part, je me suis dit que la meilleure façon d’obtenir un fil bariolé était de prendre un petit bout de chacun des coloris de laine en ma possession. Et puis j’ai jeté un œil à mon stock et je me suis dit, “euh…”

En effet, des coloris, la passionnée de cardage que je suis en a beaucoup ! Il fallait faire une sélection. Mais, je ne pouvais pas juste choisir une palette de coloris assortis, pour que le fil soit bariolé il fallait que les couleurs soient “mal assorties”. Du coup, je suis retombée sur l’idée du costume d’Arlequin et j’ai musé un peu. C’est un personnage qui inspire depuis toujours les peintres de tous genres, de Derain à Miró  et bien sûr Picasso, qui l’a représenté dans de nombreux tableaux, notamment avec une guitare.

J’ai décidé de m’inspirer de cette œuvre de Derain : elle m’évoque mes petites palettes de peinture des classes primaires, qui étaient si jolies quand elles étaient neuves et tournaient vite à l’affreuse bouillasse car j’avais tendance à oublier de rincer mon pinceau en passant du bleu au jaune.

Cela m’a amusée de fouiller dans mes sacs de laine pour trouver les coloris représentés sur le tableau ! Voici le résultat…

filage artisanal arlequinfilage artisanal arlequin

J’ai filé les morceaux de fibres les uns après les autres en les piochant au hasard dans un panier. Pas question de carder pour garder l’effet “Arlequin” ! Il fallait aussi que le fil ne soit pas trop fin pour bien voir les taches de couleur, j’ai même fait quelques “flammes” (slubs) pour être sûre qu’on les verrait bien même après le retors. Pour ce dernier, j’ai d’abord pensé à utiliser un fil noir un peu plus fin puis j’ai craint d’obtenir plutôt un effet vitrail, donc je l’ai simplement retordu sur lui-même.

filage artisanal arlequin filage artisanal arlequin

Faut que ça brille !

filage artisanal mérinos angelina

Êtes-vous du genre à aimer tout ce qui brille ? Je ne suis pas folle du clinquant ni du bling-bling, mais je vous avoue qu’un peu de glitz ou d’angelina n’est pas pour me déplaire dans les fils fantaisie. Il faut toutefois souvent faire un compromis entre scintillement et douceur… et les fibres brillantes ne sont pas si faciles à dénicher dans le “commerce”… J’ai donc demandé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin ce qu’ils en pensaient.

Pour ma part, ce n’est que tardivement que j’ai pu faire mes essais d’étincelles… je me suis demandé quelle quantité d’angelina (fibres de Nylon larges et scintillantes) on pouvait ajouter à de la laine, car je ne me sentais absolument pas le courage de les filer seules : ce sont de vrais petits diables qui n’aiment pas se plier, se courber, bref se laisser faire. Je me suis dit que la planche à carder serait ma meilleure amie car elle permet de vraiment savoir, couche par couche, ce qu’on met dans ses rolags.

J’ai donc posé sur ma blending board de très fines couches de mérinos noir (on ne tire les feux d’artifice qu’à la nuit tombée) entre lesquelles j’ai essayé de piéger un maximum de fibres d’angelina bleues, vertes et argentées. Au final, j’ai réussi à faire tenir dans mon fil 30 % d’angelina ! Bon, on ne les voit pas toutes car il est extrêmement difficile de prendre en photos des choses qui scintillent, mais voici les rolags et l’écheveau qui en a découlé. Bien sûr, je n’ai pas besoin de vous dire qu’avec une telle quantité d’angelina, il n’est pas très doux au toucher 😉

filage artisanal mérinos angelina

L’angora sans angoisse

Il est doux, duveteux, gonflant… mais il chatouille le nez ! (En tout cas le mien !) Voici les questions que j’ai posées, pour le mois de septembre, aux fileuses et fileurs du forum Tricotin : aimez-vous l’angora ? Comment l’utilisez-vous, “pur” ou en mélange ? Avez-vous des précautions particulières pour le teindre ? Et même, avez-vous des lapins ? Dites-nous tout, tout, tout sur l’angora !

Une des premières réponses que j’ai reçues concernait la difficulté à teindre l’angora… déjà, parce qu’il est difficile de faire pénétrer l’eau dedans. Mais à mon avis, pas seulement.

Du coup, j’ai choisi d’utiliser de l’angora blanc tout simple, sans aucune préparation. Et j’ai décidé de le filer plutôt fin, par petites poignées, avant de le retordre en navajo. J’avais prévu de tenter la teinture après filage plutôt qu’avant car il me semble généralement plus pratique, quand je recherche une teinte à peu près uniforme sur des fibres difficiles à “mouiller” – comme le proclame la réputation de l’angora –, de détremper un écheveau plutôt qu’un paquet de fibres. Mais j’avoue que même en faisant tremper mon écheveau très longtemps et en procédant en plusieurs couches de surteinture, sur deux jours (!), je n’ai pas réussi à obtenir une teinte aussi profonde que si j’avais utilisé le même produit avec de la laine, du mohair ou surtout de la soie…

L’aspect changeant est dû au fait qu’après avoir fait “boire” à mon fil une bonne dose de bleu, j’ai ajouté quelques gouttes de kaki qui se sont déposées juste sur l’extérieur. Cela crée une sorte de halo que j’aime bien 🙂

filage artisanal rouet angora filage artisanal rouet angora filage artisanal rouet angora

Qui aime les crêpes ?

filage artisanal au rouet fil crêpe

Eh non, ce n’est pas la Chandeleur ! D’ailleurs tout le monde sait que, pour les vrais amateurs de crêpes, il n’y a pas de saison… Mais je ne vous parle pas de la délicieuse galette que l’on connaît en France depuis le XIIIe siècle. C’est aux fileuses et fileurs du forum Tricotin que j’ai proposé cet été un thème de filage axé autour de la technique du fil “crêpe”.

L’étymologie du mot remonte au latin crispus qui signifie “frisé” ou “ondulé” – parce que les bords des crêpes présentent de petites ondulations. Il en va de même du tissu que l’on appelle “crêpe”, et qui a subi un traitement propre à lui donner un aspect ondulé.

En matière de filage, nous avons aussi nos “crêpes”, crepe yarns en anglais. Ils ont droit à tout un chapitre dans ma “bible” des structures de fils, The Spinner’s Book of Yarn Designs de Sarah Anderson. L’auteur les définit ainsi : ce sont les cousins à trois brins des fils câblés (qui en comportent quatre).

Quelle est donc la recette d’un bon fil “crêpe” ? Deux brins filés en S et un brin filé en Z. On retors d’abord en Z les deux brins en S, puis on retord à nouveau le fil à deux brins obtenu en S avec le brin filé en Z. Et si vous inversez le sens de tous les filages et retors, vous devriez parvenir au même type de résultat. Quoi, je vous ai perdus, là ? ? ?

Essayez, pour voir, vous comprendrez mieux. Avec des brins réguliers de grosseur similaire, on obtient un joli fil bien rond, avec la texture ondulée qui lui vaut son nom. Ensuite, en jouant sur les différences de grosseur et de couleur des différents brins, on obtient des effets pleins de charme.

Mais bien sûr, si vous préférez la recette des “crêpes” qui implique farine, œufs et beurre, faites-vous plaisir…

Pour ma part, je me suis reportée au chapitre de The Spinner’s Book of Yarn Designs dont je vous parlais plus haut, et j’ai eu du mal à choisir… Finalement j’en ai sélectionné trois : un crêpe “tout simple” (en bleu), un crêpe irrégulier car un des trois fils, le plus gros, est flammé (en vert) et un crêpe spiralé, mon préféré, qui évoque une torsade de perles (en mauve). Ces couleurs sont un peu mièvres – par rapport à ce que je fais habituellement – mais je pensais qu’elles permettraient de bien voir le relief. Je ne m’interdis pas de procéder à une surteinture pour leur donner plus de caractère…

filage artisanal au rouet fil crêpe

“Chacun pour soie”

filage soie artisanal nature morte

C’est le nom du thème que j’ai proposé en mai aux fileuses et fileurs du forum Tricotin

La soie, dans l’esprit de tous, c’est la fibre de luxe par excellence, la plus chère – même si, sur ce point, on se trompe : des fibres plus rares comme le cachemire lui dament le pion sur le plan financier. C’est en tout cas la plus solide, et une des plus brillantes parmi les fibres naturelles. C’est aussi une des plus fines, des plus douces… bref, elle a un petit côté recordwoman – pardon, recordfiber.

Pour l’adepte du filage, la soie se présente de diverses manières : fibres en ruban, en “mouchoirs” (mawatas), brick (connais pas le mot français, toute suggestion sera la bienvenue !), bourrette, déchets variés des processus de fabrication industrielle de fil de soie, fibres de sari…

Sous quelle forme la préférez-vous ? Comment la teignez-vous, si vous le faites ? L’utilisez-vous toujours en mélange ou osez-vous la filer à 100 % pure ? Et de quelle manière préférez-vous la filer ?

Pour moi, ce mois-ci, je me suis imposé un petit challenge : faire tout ce que je ne fais pas d’habitude avec la soie…

En général, je l’utilise en mélange (environ 20 %) pour donner du lustre, du tomber et du brillant à mes fils. Là, j’ai décidé de faire comme Jennyzephyrine, l’une de nos talentueuses participantes (pas de participant masculin ce mois-ci ! messieurs, lancez-vous !), et de l’utiliser pure à 100 %.

En général, je retors l’essentiel de mes fils à deux (ou trois) brins, ils sont plus solides et équilibrés, et j’aime le relief que cela apporte. Là, j’ai décidé de ne filer qu’un seul brin.

En général, je “piège ma soie” entre deux couches de laine pendant le cardage, pour éviter qu’elle reste collée sur l’un ou l’autre des rouleaux de ma chère Lisbeth II. Là, j’ai dû me débrouiller sans…

Mais au final, en ajoutant la soie dans la cardeuse en très petites quantités, j’ai réussi à faire une nappe cardée 100 % soie, et je l’ai retirée de la cardeuse avec mon diz pour obtenir une mèche aux accents très citronnés 😉 Du coup, ça m’a donné envie de faire un cake au citron ! Même si la mèche elle-même, avec ses larges portions de soie maulbère blanche et brillante, évoquait plutôt une tarte au citron meringuée.

filage soie artisanal nature morte

Ensuite, je l’ai filée sur mon Aura en réglant très finement le frein pour pédaler très leeeeeentement : je voulais un fil à un seul brin, mais pas trop fin non plus (trop facile !). En plus, j’avais un petit projet de tissage en tête, donc je tenais à atteindre un calibre assez précis. Le fait que la soie soit préparée en mèche a rendu la chose assez facile : environ 3 heures de filage pour 250 mètres de fil (l’écheveau pèse 85 grammes).

Mais je n’étais pas ravie de mon fil, que je trouvais dur et crissant pendant le filage. Après le blocage, toutefois, il était doux, presque duveteux (car très peu tordu), juste adorable !

filage soie artisanal nature morte

Le bonheur est dans le bois

écheveaux fil artisanal

En matière d’inspiration, la Nature est une source intarissable. Dans les voyages fibresques que j’ai partagés avec les fileuses et fileurs du forum Tricotin en quelques années de “thème du mois”, nous avons créé des écheveaux sur le thème de la neige, du printemps, du feu, des couchers de soleil, des fleurs, de l’eau, de la vigne, des nuages, des coquillages, des feuilles d’automne et même des volcans… et je ne leur avais jamais parlé du bois, ce qui m’étonne ! C’est une de mes matières préférées ; ses mille nuances, les textures, les veinures, en voilà une bonne source d’inspiration pour un écheveau. Je leur ai donc proposé, en avril, de bûcher sur le sujet.

Pour ma part, ayant appris récemment que j’étais allergique au bouleau, j’ai voulu “exorciser” cette inimitié en m’inspirant de ses couleurs pour mon premier fil. Pour le second, je me suis dit qu’il fallait recourir à l’olivier afin de sceller la paix !

Pour chacun, j’ai cardé 50 g de fibres et j’ai retiré les fibres de ma cardeuse sous forme de mèche avec un diz. J’ai filé un single très moelleux, assez peu tordu, que j’ai bloqué en le feutrant légèrement pour lui donner de la solidité, c’est assez efficace.

écheveaux fil artisanal écheveaux fil artisanal

Chaussettes en filé main

chaussettes tricotées en filé main

Au mois de mars, j’ai proposé une petite “épreuve” technique aux fileuses et fileurs du forum Tricotin.

Une amoureuse des retors comme moi ne pouvait pas passer à côté du fameux fil “câblé”… Dans ma Bible du filage, The Spinner’s Book of Yarn Design, il possède son propre chapitre. Certes, le filage d’un écheveau câblé demande du temps, puisqu’il faut pas moins de quatre brins minimum, au départ. Mais il a un relief très particulier et s’avère plus solide que les autres, c’est pourquoi les fils à chaussettes sont souvent câblés.

Le câblé “basique” implique une procédure assez simple. On commence par filer 4 brins identiques, tous dans la même direction, avec la même quantité de torsion. Sarah Anderson suggère de commencer par filer en S (c’est-à-dire dans le sens antihoraire), mais elle explique que c’est une découverte personnelle, car elle a tendance à ajouter de la torsion au fil dans ce sens-là lorsqu’elle tricote, et pense que c’est le cas de pas mal de tricoteurs. Elle essaie donc de toujours faire son dernier retors en S.

Une fois ces 4 brins obtenus, on peut les retordre ensemble deux à deux, en Z. Enfin, on retordra à nouveau les deux fils obtenus, en S (ou dans l’ordre opposé si on préfère).

Si l’on n’a pas assez de bobines pour effectuer toutes ces opérations, il y a des alternatives ; par exemple, on peut commencer par filer deux brins et les retordre, puis filer deux autres brins et les retordre aussi. Là, trois bobines suffisent. Mais on peut également choisir de filer deux brins, de les mettre en pelote se déroulant de l’intérieur comme de l’extérieur et de les retordre sur eux-mêmes en assemblant le début et la fin (c’est ce que fait Sarah Anderson). Ou de n’en filer qu’un seul et de le retordre sur lui-même deux fois de suite. Enfin, il y a aussi la question de la couleur et de l’effet qu’on cherche à obtenir… bref, il y a quelques décisions à prendre avant de se lancer !

Et, cela, c’est pour le câblé “classique”, par exemple pour faire un fil à chaussettes. Mais rien n’empêche d’utiliser la technique du câblé pour obtenir une texture particulière, en jouant sur la différence de diamètre des divers brins qui le composent.

Pour ma part, pour réaliser cet exercice, j’ai décidé de rester classique et de tester tout simplement un fil à chaussettes… J’ai commencé par teindre une mèche de fibres à chaussettes (80% mérinos, 20% Nylon) que j’ai filée assez fin pour la retordre selon le principe, assez simple lui aussi, de la pelote que l’on dévide par les deux bouts, deux fois de suite. J’ai obtenu un fil assez sec, mais pas rêche, et très rond, agréable à tricoter.

Par ailleurs, j’ai aussi filé et retordu en câblé de la fibre blanche que j’ai teinte après coup avec l’effet tacheté à la mode. Voici les deux écheveaux l’un près de l’autre ; les couleurs du premier, teint avant filage, sont beaucoup plus fondues.

J’ai tricoté le premier écheveau pour obtenir des chaussettes denses et fermes, qui donnent une impression de solidité. On va voir comment elles évoluent ! Les plages de couleurs chinées rendent très bien. J’ai commencé par la pointe pour être sûre d’utiliser tout le fil, avec un talon en rangs raccourcis. Je vous montrerai la paire que j’aurai faite avec le second… eh bien, quand elle sera tricotée !

Filer pour un projet

châle dentelle Wildheart en fil filé au rouet

Comme chaque mois, je devais, en février, proposer un thème de filage aux fileuses et fileurs du forum Tricotin. Cette fois, j’ai choisi de m’intéresser à l’élaboration d’un projet.

Il y a plusieurs façons d’aborder un moment de tissage. Le rouet ou le fuseau est là, avec sa bobine ou sa fusaïole vide. Que va-t-on faire ? Que veut-on faire ? Parfois – c’est en tout cas mon cas – on a besoin de filer juste pour filer, parce que c’est une détente, une méditation. On attrape des fibres dans notre stock, peut-être une jolie mèche teinte qu’on se sera offerte ou dont on nous aura fait cadeau, peut-être une poignée de fibres blanches qu’on teindra plus tard, ou juste notre couleur, notre matière préférée.

Mais parfois, on a un vrai projet. Tout est alors différent : est-ce un projet de tricot ou de crochet ? De tissage ? Un patron, un modèle qu’on a repéré et qu’on voudrait réaliser ? Ou qu’on veut créer de bout en bout ? Comment envisager la chose, choisir les fibres ou le mélange de fibres, la quantité à filer, le nombre de brins, etc. ?

Pour ma part, il y a un moment que je louchais sur le modèle de châle Wildheart, qui me semblait idéal, avec ses motifs ajourés tout simples, pour mettre en valeur un filé main. Quand j’ai proposé cette idée de projet, je n’avais pas encore, moi, de projet tout prêt, en revanche j’avais dans mon tiroir à trésors (bon… soyons honnête… dans un de mes tiroirs à trésors) une magnifique nappe dégradée réalisée et offerte par Midian, que je couvais des yeux depuis longtemps mais qui n’avait pas encore trouvé son projet idéal.

J’ai filé assez fin car je voulais retordre en navajo pour conserver le dégradé. Certes, j’aurais pu faire un single, mais bon, j’adore le navajo et je ne suis pas du genre à me priver d’un plaisir en matière de filage… Au final j’avais quand même un fil assez gros (440 mètres pour 150 grammes), mais qui semblait suffisant pour terminer le châle. De toute manière, l’auteur du châle Wildheart indique comment procéder si on a trop de fil ou pas assez, et ça, c’était un plus, car avec un écheveau dégradé, c’est idéal de pouvoir utiliser la totalité du fil.

J’ai eu beaucoup de plaisir à le tricoter, le relief du fil navajo était agréable sous les doigts et c’était un modèle facile. Pourtant, une maille est tombée, impossible à rattraper correctement, et après quelques tentatives j’ai dû défaire et refaire plusieurs rangs pour éviter une erreur assez visible… Mais je suis ravie de l’avoir fait, j’aurais moins aimé le châle si j’avais su qu’il y avait un trou plus gros quelque part, il m’aurait sauté aux yeux tout le temps.

Je vous disais avoir choisi ce châle car l’auteur expliquait comment procéder si on avait moins ou plus de fil que prévu ; j’étais finalement dans le second cas, puisque j’ai pu rajouter une douzaine de rangs au châle. Au final, il ne me reste que 3 mètres de fil, si bien que mon dégradé est intact !

châle dentelle Wildheart en fil filé au rouet châle dentelle Wildheart en fil filé au rouet châle dentelle Wildheart en fil filé au rouet

Mouton !

écheveau laine bouclée filée au rouet

C’est toujours symbolique de commencer une nouvelle année, et on peut prendre ce symbolisme de bien des manières. En 2018, en tant que fileuse, je me suis posé des questions sur mes buts, mes désirs, je suis revenue sur mes accomplissements, je me suis interrogée sur les projets que je souhaiterais mener à bien cette année, sur les nouvelles choses que je voudrais apprendre. Je suis bien consciente que, pour progresser, pour être capable de réaliser exactement le type de fil que l’on souhaite, il faut toujours revenir aux bases. Et pour moi, la base du filage, c’est la laine, donc le mouton.

Bien sûr, j’adore filer la soie, l’alpaga, le mohair et bien d’autres matières, mais tout de même, je reviens toujours à la laine. Et comme je lave très peu de toisons – car cela n’est pas facile dans un petit appartement – j’oublie parfois que la laine, c’est le mouton. Donc, en janvier, j’ai proposé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin de revenir au mouton avec un écheveau qui symbolise particulièrement cet animal. Que faire ? Laver une toison ? S’intéresser aux coloris naturels des moutons ? Aux particularités d’une certaine variété de mouton ?

Pour ma part, j’ai eu envie de rendre la texture d’une toison ; je voulais qu’elle soit aussi bouclée et aérienne que le “manteau” fraîchement coupé qu’on lance en l’air pour le déployer et le faire retomber bien à plat sur la table ajourée où les fibres seront triées. Il me fallait donc commencer par travailler avec des jolies boucles… C’était l’occasion de faire connaissance avec une nouvelle race de mouton, et j’ai acquis une centaine de grammes de leicester longwool. Des “locks” déjà lavées et écharpillées (ouf !), mais pas cardées. Ce n’est pas une fibre extrêmement douce, mais elle se prête magnifiquement aux effets de texture !

écheveau laine bouclée filée au rouet écheveau laine bouclée filée au rouet

Et un, et deux, et trois écheveaux !

L’année n’était pas finie tant que je n’avais pas bouclé le thème du mois !

Voici les trois derniers… Je n’ai plus qu’à entamer 2018 avec le sourire, et toujours plein de projets.

Thème du mois d’octobre 2017 : “La feuille d’automne”

Moi qui saute sans coup férir sur l’inspiration saisonnière, il était incroyable que je n’aie pas encore proposé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin le thème de l’automne. C’est un thème que j’ai souvent abordé, je raffole des nuances chaudes et douces à l’œil, mais surtout pas mièvres, qu’il permet de marier. La vue de ma fenêtre n’est pas très bucolique, car je suis en pleine ville, mais quand même, les arbres du parc municipal – il y en a une grande variété – sont bien beaux en cette saison. M’inspirant de leurs couleurs, je me suis décidée pour un cardage fantaisie, avec toutes sortes de fibres texturées, un filage assez gros et irrégulier, et un retors avec un fil de lin jaune, plus fin.

écheveau d'art fil fantaisie filé au rouet
Thème du mois de novembre 2017 : “Dans mon assiette”

Ah ! la gastronomie ! vaste sujet dans notre beau pays… Il a toujours fasciné la gourmande que je suis, mais j’avoue avoir découvert avec un grand plaisir l’essor de la nouvelle “nouvelle cuisine” promue et encensée par les médias. Depuis qu’ils passent à la télé, les grands chefs suscitent un intérêt qui dépasse le cadre des restaurants où seule une très petite minorité peut se permettre de réserver une table. La photographie culinaire est devenue un art à part entière (non non, je ne parle pas des gens qui photographient leur assiette avant de manger avec leur portable, flash réglé au maximum…) et beaucoup considèrent d’un œil neuf la présentation du moindre mets. Peut-on traduire un joli plat en écheveau ? Après tout, n’avons-nous pas commencé en filant “un plat de nouilles” ?

La période des fêtes invite à travailler des produits coûteux pour réaliser des mets sophistiqués dont on espère qu’ils vont semer d’étoiles les yeux de nos invités. Dans ma famille, nous avons, depuis quelques années, simplifié le rituel du réveillon de Noël pour que les fêtes se passent avec moins de stress et plus de plaisir partagé. J’ai donc eu le plaisir d’offrir à mes enfants, qui en raffolent, une jolie macédoine de légumes… Dedans, des cubes de carotte, pommes de terre, courgette, des tronçons de haricots verts et des petits pois.

écheveau d'art fil fantaisie filé au rouet

Thème du mois de décembre 2017 : “Volcan !”

C’est une des expressions les plus antédiluviennes de la nature, la manifestation concrète de la vie intérieure de notre planète avec tous ses mystères physiques et chimiques… Préférez-vous  la douceur assoupie des volcans éteints, la fureur orangée des volcans en éruption ou les discrètes mais envoûtantes piscines chaudes où les pouvoirs de Mère Nature se laissent deviner ?

Je l’avoue, j’ai surtout choisi ce thème pour plaire à mon fils, qui est un passionné de volcans depuis des années. Et puis je ne pouvais résister au contraste des terres volcaniques presque noires avec les couleurs brûlantes de la lave… Il a fallu teindre de la bourrette de soie pour les toutes petites étincelles, et carder des fibres rouges et orange pour les coulées de lave, à intégrer soit au cardage, soit au filage dans un mélange de noir, bruns et gris anthracite.

écheveau d'art fil fantaisie filé au rouet

Tous ces fils foufous figurent dans la section “Écheveaux fantaisie” de la boutique.