Les deux font la paire

écheveaux fil artisanal laine mérinos et soie filés main

Avez-vous déjà eu besoin (ou envie !) de filer, pour réaliser un ouvrage particulier ou parce que vous possédiez des fibres qui ne voulaient plus se quitter, deux écheveaux, ou tout une série d’écheveaux assortis – pas semblables, mais fait pour aller ensemble ? Des écheveaux “cousins”, en quelque sorte ? C’est la question que j’ai posé le mois dernier aux fileuses et fileurs du forum Tricotin.

Pour ma part, j’ai en ce moment de grosses envies de tissage et je voudrais essayer quelques effets de motifs avec des filés main assortis… et mon petit mari m’a offert de jolis mélanges de mèche de mérinos et soie dans mes couleurs préférées, comme ce beau mauve foncé. Je l’ai filé très simplement, parce que je ne voulais pas que l’originalité du fil vienne empiéter sur le travail de tissage. Puis j’ai réalisé des rolags assortis en utilisant la même proportion de soie dans le même ton, puis plein d’autres roses et même un poil de beige rosé.

écheveaux fil artisanal laine mérinos et soie filés main

Comme d’habitude je me suis régalée avec le filage des rolags, et j’ai essayé de rester sur le même type de fil, même si je n’avais pas la même préparation au départ.

écheveaux fil artisanal laine mérinos et soie filés main

Du fait de cette différence de préparation, le second écheveau est légèrement plus texturé, mais je pense que cela ne devrait pas trop se voir une fois tissé.

Hop, une fois le mauve “avalé”, je me suis lancée sur le vert… je ne connais pas le nom de ce vert mais il me plaît beaucoup ! J’ai fait des rolags beaucoup plus clairs et plus “acides” pour bien le mettre en valeur. Ce que j’ai hâte de les tisser !

écheveaux fil artisanal laine mérinos et soie filés main

Le roi Arthur

filage d'art écheveau fait main rouet artisanal roi arthur

Au début de l’année, Ama Yaga, fileuse et teinturière à l’association Schola Lanae, m’a proposé de participer à un joli projet : les Arthuriennes. Il s’agissait de se plonger dans les légendes arthuriennes pour y puiser l’inspiration d’un projet créatif en lien avec les arts textiles. Pour ma part, j’ai choisi le personnage d’Arthur, et si vous avez envie de savoir pourquoi, je vous propose de lire l’interview qu’a publiée Ama Yaga.

J’aurais dû terminer mon fil pour le mois de mars, mais l’inspiration a fait son chemin lentement, et réunir tous les éléments que je souhaitais inclure dans mon fil fantaisie a pris un certain temps. Je ne vais pas non plus vous faire croire que je menais ce projet exclusivement, sans me disperser en parallèle dans plusieurs autres activités : j’ai fait des démonstrations de filage à l’occasion de la tonte de printemps des fermes entourant Paris, j’ai travaillé sur une nouvelle collection de petits sacs… et bien d’autres choses. En tout cas, j’ai enfin pu m’y atteler et voici donc mon Arthur.

filage d'art écheveau fait main rouet artisanal roi arthur

En ce qui concerne les fibres, j’ai choisi un dégradé de deux coloris et deux types de mérinos différents pour symboliser le temps qui passe et la vie d’Arthur, au cours de laquelle divers objets marquent certaines étapes de sa vie. D’abord, un mérinos brun naturel, assez rustique au toucher, représentant la matérialité du début de la vie d’Arthur, que j’ai mélangé en parts de plus en plus importantes avec un mérinos très fin et doux d’un bleu extrêmement clair, symbolisant son évolution spirituelle.

filage d'art écheveau fait main rouet artisanal roi arthur

Parmi les objets inclus, des écailles vert marbré représentent le dragon lié à Merlin, qui a présidé à la conception d’Arthur, puis on trouve un peu de fourrure noire évoquant sa vêture, l’épée Excalibur, une couronne royale, des sequins métalliques provenant de son armure, puis une alliance et de petits morceaux de dentelle ancienne volés à la robe de Guenièvre… mais nous approchons de la fin et, telle une Parque, je dois évoquer la mort d’Arthur, le retour d’Excalibur au lac et les scintillantes larmes de la Dame du Lac venue l’emmener à Avalon. C’est là que la Parque Morta doit couper le fil… et le bloquer à jamais. L’écheveau mesure 165 mètres pour 100 grammes de fibres.

filage d'art écheveau fait main rouet artisanal roi arthur
filage d'art écheveau fait main rouet artisanal roi arthur
filage d'art écheveau fait main rouet artisanal roi arthur
filage d'art écheveau fait main rouet artisanal roi arthur
filage d'art écheveau fait main rouet artisanal roi arthur

Un beau maquereau

fil artisanal art textile maquereau soie

Voilà des années que je propose des thèmes de filage aux fileuses et fileurs du forum Tricotin et je ne leur avais jamais fait le coup du poisson d’avril ! Comment cela se fait-il ???

Cette année, je ne suis pas passée à côté et je leur ai donc proposé de s’inspirer de ces magnifiques créatures que l’on rencontre au fond des mers, au creux des abysses ou sur les cailloux des rivières. Il suffit de faire quelques recherches pour trouver des idées, l’inspiration ne manque pas. Tout le monde sait à quoi ressemble une sardine mais avez-vous déjà vu un axolotl ? un blobfish ? un poisson-cachemire ?

Pour ma part, je suis restée au bord de nos côtes : j’ai toujours adoré les rayures irisées et le ventre blanc nacré des maquereaux. Je suis donc allée chez mon poissonnier, à la “Marée fraîche du Nord”, où Johan, qui a une âme d’artiste, ne m’a pas prise pour une folle quand j’ai demandé un maquereau plus coloré que celui qu’il me proposait, en avouant que je comptais l’inclure dans une nature morte. Après m’avoir demandé s’il s’agirait de peinture ou de photo, il les a tous retournés pour trouver le plus beau, et m’a dit qu’il ne le viderait pas pour lui conserver son joli galbe. De retour à la maison, j’ai plongé avec délices dans mon stock de soie. Impossible d’utiliser autre chose pour un poisson aussi brillant ! De la soie maulbère blanche très brillante pour le ventre, de la soie tussah de différents verts et gris pour le reste du corps, et du noir pour les taches. J’ai passé tout ça dans la cardeuse avant de le filer en single, très peu tordu.

fil artisanal art textile maquereau soie

Il a adoré son petit plongeon dans le lavabo pour le blocage, normal pour un poisson 😉

fil artisanal art textile maquereau soie

Après cela, une petite mise en scène, une jolie photo, la voilà notre nature morte… puis, les choses sérieuses : vider et cuire la bête avant de passer à table. Pas pour moi, je n’aime pas trop le poisson, mais j’ai à la maison un homme conciliant qui accepte de manger mes natures mortes… une fois que j’en ai ôté les fibres. Au fait, si je n’ai pas les capacités d’un druide pour lire les augures dans les entrailles de poisson, je peux tout de même vous dire qu’au final, ce joli maquereau était une belle maquerelle, et que c’est excellent en papillote.

fil artisanal art textile maquereau soie

Recyclage

filage artisanal rouet corespinning

Certaines ou certains d’entre vous ont peut-être chez eux une boîte à compost, parce que jeter des épluchures de légumes pleines de nutriments et d’eau leur fait mal au cœur. D’autres mettent peut-être de côté tous les petits bouts de tissu, de fils issus de leurs ouvrages, accumulés au fil du temps. Nous sommes nombreux, en cette ère de gaspillages programmés, à avoir du mal à jeter. J’ai remarqué, au fil des conversations que je peux avoir avec les créatrices et créateurs que je croise, que plus on est touche-à-tout, moins on a le courage de jeter. “Ce petit brimborion pourrait toujours servir… un de ces jours !”

J’ai donc demandé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin s’ils avaient ce défaut ou cette qualité, comment ces objets et matières collectés réapparaissent dans leurs filages, quelle était la part de recyclage dans leurs écheveaux…

Pour ma part, je conserve soigneusement tous mes résidus de peignage et de cardage. Utiliser un hackle est un excellent moyen d’obtenir des mèches de fibres bien alignées tout en supprimant les fibres les plus courtes ou les fibres emmêlées. C’est parfait pour filer un fil très fin et régulier sans aucun risque de bouloche.

J’avais préparé des “nids” de fibres pour mon opération “Dix ans, dix cadeaux” et pas mal de petits tas de fibres étaient restés coincés dans les dents du hackle. Je les avais mis dans un pot de confiture (c’est toujours décoratif…) et je viens de les récupérer pour les carder avec de la mèche de mérinos gris naturel pour une sorte d’effet tweedé surdimensionné.

filage artisanal rouet corespinning
filage artisanal rouet corespinning

J’ai filé les nappes en corespinning autour d’une “âme” de coton, obtenant un fil vraiment très aérien et dodu qui sera aussi chaud que doux. En effet, bien que je n’aie filé que 100 g de fibres (l’écheveau fait au final 110 g pour 340 m), j’ai bien cru que le fil n’allait pas tenir en totalité sur cette bobine jumbo, pourtant conçue pour contenir environ 200 g de fibres filées !

filage artisanal rouet corespinning
filage artisanal rouet corespinning

2019, l’an neuf

filage artisanal fuseau turc turkish spindle

Lorsqu’une nouvelle année commence, d’aucuns se promettent de se mettre au régime (beurk), de faire des économies (iiiik), de se débarrasser du désordre (dans un atelier ? n’y pensons même pas, c’est carrément anti-créatif) ou de donner du temps aux autres (et pourquoi ? ils nous en donnent, à nous ?)… Pour ma part, je suis beaucoup trop terre-à-terre, laissons ça de côté.

Pour parler de “neuf”, j’ai proposé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin de se tourner une fois de plus vers ce qu’ils ont de plus cher : ce qui est apparu récemment dans leur atelier, peut-être à l’occasion de Noël… nouveau matériel ? nouveau rouet, fuseau, cardeuse, paire de peignes ? de belles fibres ? une nouvelle adresse ?

Pour ma part, je me suis offert pour mon petit Noël un joli fuseau truc en if et en frêne de chez KerrySpindles. J’adore mon mini-fuseau du Spindle Shop mais il me fallait quelque chose d’un peu plus gros ! Comme j’ai commencé à filer avec un rouet, j’ai l’habitude de filer une certaine quantité de laine.

Du coup, pour l’étrenner, je me suis fabriqué des mini-rolags crôgnons, en m’inspirant des couleurs des chouettes des neiges comme la jolie Hedwige de Harry Potter. La technique est facile, c’est la même que pour des rolags normaux, il suffit de n’utiliser que la partie centrale de la planche. Je les ai faits en dégradés pour sortir un peu de ma manière habituelle, vu que je m’ennuie très vite dans ce qu’on appelle une “zone de confort”.

filage artisanal fuseau turc turkish spindle
filage artisanal fuseau turc turkish spindle
filage artisanal fuseau turc turkish spindle

Quand j’ai eu tout filé et obtenu une jolie “tortue”, je l’ai laissée reposer une bonne semaine. C’est indispensable quand on choisit de retordre le fil en mariant le début et la fin de cette sorte de pelote. Si on la reprend tout de suite après avoir terminé de la filer, il y a de bonnes chances qu’elle s’emmêle terriblement au moment du retors.

filage artisanal fuseau turc turkish spindle
filage artisanal fuseau turc turkish spindle

Je l’ai donc retordue un peu plus tard, tout doucement, ce qui m’a permis d’obtenir ce petit écheveau d’environ 180 m pour environ 40 g. Il m’a tellement plu que j’ai tout de suite eu envie de le tisser, mais comme je n’avais pas assez de fil, j’ai aussitôt préparé une autre fournée de “bébés rolags” dans les mêmes coloris, en modifiant juste les proportions, pour avoir deux écheveaux assortis à tisser ensemble.

filage artisanal fuseau turc turkish spindle
filage artisanal fuseau turc turkish spindle

Promenade sur une plage bretonne

tissage filage artisanal plage mer

Il y a quelque temps, j’ai dû retourner tous mes stocks de fibres car je ne trouvais plus le bébé chameau (imprudemment rangé avec la soie) que je voulais mettre dans mon écheveau long draw “Nuage d’hiver”. J’en ai mangé, de la poussière ! Or non seulement j’ai retrouvé mon bébé chameau (dans le dernier sac, bien sûr, c’est toujours comme ça…), mais j’ai aussi retrouvé plein de belles choses oubliées. Et je me suis dit que je devrais procéder plus souvent à ce genre de chambardement. Du coup, j’ai proposé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin de mettre le nez dans leurs stocks et d’en sortir un “trésor oublié” puis de le filer et de nous montrer le résultat…

C’était en décembre, mais j’ai un peu tardé à terminer les finitions et à prendre mes photos !

Le “trésor oublié” que j’ai exhumé de mon sac à merveilles (celui où je range ma soie et mon duvet de bébé chameau le plus fin…) est un petit sac de fibres offert par Chantal en 2016 (quand je vous dis que je les garde longtemps, mes plus belles fibres !). Je savais que c’étaient des fibres particulières car elle les avait cardées au tout début de la découverte de sa cardeuse, et leur avait assigné un thème bien particulier : “Promenade sur la plage”.

Une fois défait le joli paquet doré, j’ai trouvé quatre petites nappes assorties, soigneusement roulées sur elles-mêmes, et une carte qui disait ceci :

À marée basse, la mer vient doucement recouvrir le sable

À l’horizon, la mer et l’écume des vagues

Dans le ciel, les nuages gris et blancs vont et viennent

Enfin apparaît un rayon de soleil.

tissage filage artisanal plage mer

Et, en effet, j’ai reconnu les teintes de cette plage bretonne où l’on me proposait de me promener ! Et j’adore aller à la plage l’hiver. Il y a peu de monde, on a la mer pour soi avec ses odeurs et ses embruns, on n’a pas trop chaud, on peut s’enrouler de laine…

J’ai décidé de filer quatre écheveaux différents et dès mes premiers coups de pédale, l’inspiration m’a submergée, ces nappes poétiques devenues fils devaient être tissées pour réaliser une tenture représentant cette plage bretonne.

tissage filage artisanal plage mer

J’ai commencé par filer toutes les nappes en core spinning. Avec la deuxième, il y avait des belles poignées de boucles de mohair bleues et blanches, que j’ai intégrées au filage. La troisième présentait un joli dégradé du gris au bleu que j’ai essayé de conserver.

J’ai décidé de laisser les deux écheveaux représentant le ciel en un seul brin et de retordre les deux représentant la mer pour avoir la texture des vagues et des rides du vent. Dans la première, qui évoque la mer caressant la plage, j’ai intégré au retors une bonne poignée de coquillages.

coquillages tissage filage artisanal plage mer
tissage filage artisanal plage mer

Le temps d’évaluer à vue de nez quelles seraient les dimensions de mon ouvrage et j’ai sorti mon métier à tisser à peigne envergeur. J’ai monté une chaîne avec le fil bleu ciel très fin qui m’avait déjà servi pour le core-spinning et le retors, mais en utilisant un peigne plus gros que nécessaire pour que les fils de chaîne disparaissent un peu dans le tissage au profit des fils de trame filés à la main.

coquillages tissage filage artisanal plage mer

Puis il a suffi de tisser les fils dans le bon ordre, tout simplement, pour que la plage apparaisse : d’abord l’eau caressant le sable avec les coquillages, puis les vagues moutonnantes avec leurs paquets de bouclettes. Pour passer du premier au deuxième fil, j’ai alterné quelques duites pour créer une transition douce, comme un dégradé. Ensuite, je suis passée directement au troisième écheveau, celui du ciel nuageux, pour bien marquer la ligne d’horizon. À ce stade, j’ai inséré dans le tissage quelques plumes blanches sur la gauche, mais il est difficile de dire si elles figurent un vol de mouettes ou un groupe de nuages. Pour passer au quatrième écheveau, le ciel rempli d’un beau soleil, j’ai commencé par un petit insert sur la droite, qui rappelle les miroitements du soleil levant sur les nuages d’altitude, puis j’ai terminé le troisième écheveau et j’ai tissé seulement avec le dernier. Et, vers la fin, j’ai ajouté quelques fils d’or, car le soleil dans le ciel, sous certains angles, peut apparaître comme de l’or liquide.

coquillages tissage filage artisanal plage mer
tissage filage artisanal plage mer
coquillages tissage filage artisanal plage mer

Laine ludique

filage d'art artisanal rouet core-spinning fantaisie

Ludique, c’est le thème que j’ai proposé en février aux fileuses et fileurs du forum Tricotin (eh oui, en ce début d’année je livre les thèmes dans le désordre !). Filer, papouiller leurs fibres préférées, ils kiffent, je le sais, c’est bien pour ça qu’ils viennent régulièrement traîner leurs guêtres sur ce forum. Filer nous détend, terminer un écheveau et l’admirer enfin est un délice, plonger les bras dans un sac de fibres est un plaisir sensuel… Mais qu’est-ce qui nous amuse vraiment ? À quel moment, dans la pratique du filage, est-ce que nous avons le plus l’impression de “jouer” ?

Pour ma part, ce qui m’amuse toujours en matière de filage, c’est la découverte d’une nappe fantaisie très texturée et très colorée. Ce qui me passe sous les doigts change tout le temps, les matières différentes me lancent des petits défis qu’il faut relever immédiatement. Ici, par exemple, je vois arriver un beau grumeau de laine feutrée ou rustique, vite, je me débrouille pour qu’il fasse une grosse bulle ; là, une bouclette, il faut qu’on en voie bien la spirale et qu’elle ait l’air emmêlé… Je prends mon temps, je change la position de mes doigts, c’est tout le contraire de la routine (routine que j’aime par ailleurs quand je file fin et régulier, et que mes pensées s’envolent dans une rêvasserie qui peut durer des heures).

J’ai donc puisé dans ma caisse d’“agents de texture” – qui contient toutes sortes de petits bouts de ci et de ça, morceaux de laine gros comme le pouce volontairement feutrés pendant la teinture, bouclettes de mohair, etc. – et j’en ai passé un maximum à la cardeuse, avec quelques fines couches de corriedale ici et là pour donner du corps et lier le tout.

filage d'art artisanal rouet core-spinning fantaisie
filage d'art artisanal rouet core-spinning fantaisie
filage d'art artisanal rouet core-spinning fantaisie

Ensuite, j’ai filé cette nappe en core-spun, autour d’une “âme” en laine qui accroche un peu (idéale pour cette technique). Le core-spun permet en effet d’obtenir toutes sortes de reliefs différents selon le type de fibre qui se présente. Et avec l’Aura, on peut travailler très lentement tout en lui demandant d’avaler le fil relativement vite, afin que le résultat ne soit pas trop tordu, voilà pourquoi c’est mon rouet de prédilection pour le core-spun comme pour le long draw.

filage d'art artisanal rouet core-spinning fantaisie
filage d'art artisanal rouet core-spinning fantaisie

Pour continuer sur le thème “ludique”, j’ai décidé de transformer cet écheveau en jouet en le tricotant autour d’un ballon. J’ai commencé par faire une sorte de chaussette arrondie, avec deux aiguilles circulaires, ce qui est à mon goût la meilleure manière de travailler quand on veut tricoter en rond sur des diamètres de ce genre (ce serait vraiment trop inconfortable avec des doubles pointes). Et, avant qu’il soit temps d’insérer le ballon dedans pour terminer le tricot tout autour, j’ai considéré mon ouvrage sous ses deux faces : jersey endroit ou jersey envers ?

filage d'art artisanal rouet core-spinning fantaisie
filage d'art artisanal rouet core-spinning fantaisie

Il se trouve que lorsque je vends un fil très fantaisie, je conseille généralement de le tricoter en jersey envers, surtout s’il comporte des inclusions de perles ou de breloques comme mon fil “Robert d’Artois”. En effet, quand on tricote en jersey, les ajouts ou les parties plus grosses restent généralement sur l’envers, et qui achèterait un fil coûteux pour voir disparaître la moitié des éléments pour lesquels on l’a acheté ? (Moi ! Arrgh ! mais je vous raconterai cela un autre jour…)

J’ai sans hésiter choisi la face envers du jersey, avec toutes ses petites bouboules et frisettes qui illustraient clairement l’aspect ludique de mon fil. Et voici un joli ballon laineux… qui le veut ? S’il vous fait de l’œil, sachez que c’est un des lots mis en jeu lors de la prochaine Fête de la Laine. Venez y faire un tour, répondez juste aux questions et tentez votre chance ! 🙂

filage d'art artisanal rouet core-spinning fantaisie

Le challenge “5 shawls, 5 days”

filage au rouet

… ou, pour les lecteurs 100 % imperméables à la langue de Shakespeare, le “défi des 5 châles en 5 jours”.

Voilà qui impressionnera, j’en suis sûre, les personnes qui se demandaient déjà si je dors, la nuit 😀 !

Et qui fera lever les yeux au ciel, mode “ado saoulé”, à tous ceux qui m’entendent souvent me plaindre de mes “en cours” qui traînent…

Or justement, après un mois de décembre qui aura passé comme l’éclair entre le marché de Noël à préparer (à la fois côté stock et côté organisation, ce qui ne représente pas que cinq minutes de travail et d’investissement…) et l’inévitable course générée par les fêtes de fin d’année (même quand on s’organise au mieux pour rester simple), j’ai passé un début janvier extrêêêmement studieux de ce côté. Si si, j’ai expédié pas mal de projets en souffrance, surtout dans le domaine des raccommodages, des aménagements à réaliser dans la maison, etc. Certaines choses patientaient depuis plus de deux ans ! (Et, croyez-moi, je suis capable de procrastiner encore davantage quand une brusque envie de démarrer un nouveau projet ou juste de passer trois heures à filer me saisit 😀 )

Trois semaines de jeans recousus et autres trucs passionnants. J’ai même bien avancé sur quelques tricots entamés. Et j’ai aussi eu la sagesse de défaire et remettre en écheveaux ceux qui étaient commencés depuis trop longtemps et dont j’avais – métaphoriquement, c’est heureux – perdu le fil, et/ou fait trop d’erreurs ou eu trop de malheurs (“Mais quand cette maille est-elle tombée, sacré bon sang ???”) pour avoir envie de continuer alors que tout me disait qu’il fallait recommencer du début.

Trois semaines de rangements, de réorganisations, etc. Et le grand ménage de début d’année, par-là-dessus.

Bref, des corvées en tout genre. Ça méritait bien une petite récompense… mais quand même pas au point de me lancer dans un nouveau “vrai” gros projet (j’en ai encore trop à finir !). Alors, quand ce programme “5 shawls, 5 days” proposé par la designeuse Ahora Knits m’est passé sous les yeux (Internet est une mine de tentations abominables), je me suis dit que c’était la récréation parfaite avant de me remettre à la tâche.

Vous ne me croyez pas capable de tricoter un châle par jour pendant cette petite semaine ?

J’espère bien ! Si vous pensiez le contraire, ça m’inquiéterait carrément, je ne suis pas une mutante !

Il s’agit seulement d’un petit exercice exploratoire pour étudier diverses bases de construction selon la forme voulue. On ne tricote que des mini-châles 😉

Mais j’ai quand même eu envie d’ajouter au projet ma “patte” de fileuse, et j’ai donc commencé par filer 5 mini-écheveaux de laine mérinos suivant un dégradé obtenu par cardage (mon péché mignon). Dans mon parc adoré, les feuilles des arbres me manquent, alors je me suis inspirée du chemin qu’empruntent leurs nuances, à l’automne, pour passer du vert au jaune puis au rouille, une de mes couleurs préférées.

filage au rouet
filage au rouet

Au passage, j’en ai profité pour m’infliger un petit test de régularité et je ne suis pas trop mécontente de moi car sur ces 5 mini-écheveaux, 3 étaient vraiment très, très proches avec une fois 101 mètres et deux fois 100 mètres pour 20 g pile (ce qui les classe dans la catégorie light fingering). Les deux autres, en revanche, étaient à 91 et 113 mètres, hem … ils restent dans la catégorie light fingering, mais avec un écart.

filage au rouet

L’échantillon fait 31 mailles pour 10 centimètres avec des aiguilles n3, mais je pense que j’utiliserai des aiguilles un peu plus grosses pour tricoter les mini-châles.

filage au rouet

La “Rose des vents” d’Orphée

Voilà un moment que je n’avais pas pu m’atteler à une nouvelle “Rose des vents” ; c’est un travail de longue haleine mais très relaxant, un excellent projet pour commencer l’année, donc ! Cette fois-ci, j’ai filé un fil un peu plus gros. La palette de couleurs est romantique à souhait, idéale pour ramener Eurydice des enfers, qu’en pensez-vous ?

filage artisanal
filage artisanal
filage artisanal
filage artisanal
filage artisanal

Nuage d’hiver

filage rouet long draw woolen

La plupart d’entre nous avons connu une baisse de température brutale en novembre, après un début d’automne particulièrement doux. Je me suis dit que c’était l’occasion de parler des fils destinés à tenir chaud, que les Anglo-Saxons appellent woolen (laineux), c’est donc le thème que j’ai proposé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin.

En France, les fileuses et fileurs ne se soucient pas tous des procédés de filage woolen et worsted et de ce qui conditionne les différences entre les deux fils ; d’après mes échanges avec mes collègues, nous filons le plus souvent des fils “semi”, c’est-à-dire jamais 100% woolen ni 100% worsted.

J’ai donc rappelé à mes amis fileurs le principe du “vrai” woolen tel que le définissent les puristes : il s’agit d’utiliser des fibres pas trop longues, de choisir une préparation cardée qui mette les fibres en désordre et permette de les filer par le travers (par exemple des rolags, ou un morceau de nappe cardée plié en deux), puis de filer long draw.

Le résultat doit être un fil très aéré et pas trop tordu, piégeant beaucoup d’air, donc très chaud. L’inconvénient : ces fils ont tendance à boulocher plus vite (mais on peut limiter les dégâts en les feutrant un peu au moment du blocage) et les points de tricot (torsades, points texturés…) sont moins nets. C’est donc plutôt le type de fil qu’on utilise pour se tricoter un gros col ou des moufles toutes simples.

Pour ma part, très sagement, j’ai suivi toutes les indications que j’avais proposées, en commençant par un choix de fibres pas trop longues : de l’alpaga, du bébé chameau, de l’angora, et pour lier tout ça un peu de mérinos et de soie (mais de la tussah, aux fibres moins longues que la maulbère), le tout en coloris naturels, du crème au beige clair.

filage rouet long draw woolen

J’ai cardé tout cela sur ma cardeuse (deux passages, j’aurais pu en faire trois mais ces deux passages ont déjà pris 8 heures) et j’en ai fait de bons gros rolags bien dodus et aérés.

filage rouet long draw woolen

Pour le filage long draw, je trouve qu’il est important de bien régler le frein, il faut donc un rouet qui s’y prête. J’ai choisi l’Aura. Comme il tirait encore un peu trop fort avec le frein réglé au minimum, j’ai tout bonnement ôté la courroie et après cela, c’était impeccable.

Compte tenu de la quantité de fibres préparées (170 grammes), le filage a été très long : 23 heures !!! J’espérais avoir de quoi tisser une confortable étole, bien moelleuse et chaude, il me fallait donc du métrage.

Au moment du retors, j’ai hésité longtemps. J’avais oublié qu’en long draw, je n’arrive pas à filer moyen… Mon fil était donc très fin (d’où les 23 heures). Fallait-il le retordre tout de même à deux brins, comme je l’avais prévu, ou tenter un navajo pour obtenir un fil un peu plus gros ? Je me suis tâtée et retâtée, et puis j’ai décidé de parier sur le gonflant du fil woolen et je suis restée sur mon idée de départ. Attention, le retors doit aussi se faire en woolen, c’est-à-dire en résistant à la tentation de lisser le fil.

Au final, je ne l’ai pas regretté : lors du blocage, mon fil a bien gonflé, transformant cet écheveau en vrai petit nuage. Par contre il a aussi raccourci. Comme je vous le disais, il faut feutrer un peu les fils woolen pour leur donner plus de solidité et limiter leur tendance au boulochage. Eh bien, par curiosité, j’ai mesuré l’écheveau deux fois : il faisait 840 mètres avant le blocage et seulement 814 mètres après !!!

Au total, j’ai travaillé 37 heures pour obtenir ce fil léger et gonflant que j’adore. Cela me prendra certainement moins de temps de le tisser, ce que j’ai vraiment hâte de faire.

filage rouet long draw woolen