Royale au bar

collection d'écheveaux filés mains artyarn cocktails paddy irish coffee

Hey, le saviez-vous ? C’était la Saint-Patrick, avant-hier ! Et c’est la deuxième que, Covid oblige, nous n’avons pas passée au pub à lever nos pintes (je pense bien sûr au Patrick’s qui accueillait depuis des années nos rencontres “pub spinning” avant que le vilain virus s’acharne sur Paris).

Cela ne nous empêche pas, quand on aime la culture irlandaise, de fêter la Saint-Patrick à la maison, en famille, avec un bon repas. Ce ne sont pas les recettes traditionnelles qui manquent : irish stew, colcannon, bœuf à la Guinness… Le choix est large. Et l’office du tourisme irlandais nous a même concocté une soirée de Saint-Patrick covidienne à distance.

Mais quand on n’a pas le temps de préparer un barmbrack ou un crumble pour le dessert, quoi de plus réconfortant, pour fêter la fin de l’hiver toute proche, qu’un délicieux irish coffee réalisé avec un bon whiskey irlandais, j’ai nommé le Paddy ?

Pour ma part, la meilleure façon de le savourer, c’est en digestif, sans rien dedans (il est interdit de mettre des glaçons dans un whiskey irlandais), mais légèrement rafraîchi grâce à un verre à réserve de froid (vous le savez, depuis le temps, que je suis une geek de gadgets culinaires !!).

Pourtant, le côté sucré et onctueux, parfaitement régressif (si des parents excédés avaient l’habitude de vous mettre une dose de gnôle dans le biberon pour vous faire – enfin – dormir…) de l’irish coffee peut être de mise en ces jours de frustrations. Je l’invite donc avec plaisir dans ma collection de fils d’art “Royale au bar”.

Voici donc une des recettes de l’irish coffee, telle que je l’ai trouvée sur la chaîne YouTube de Jamie Oliver dédiée aux cocktails.

L’Irish Coffee

Réchauffez, avec de l’eau bien chaude, un verre supportant les écarts de température. Traditionnellement, l’irish coffee est servi dans un verre à pied en cristal doté d’une anse… mais je ne bois pas assez d’irish coffee pour en avoir besoin, j’ai donc juste utilisé un verre bien costaud ! French touch !

Placez dans le verre 2 cuillerées à café de sucre brun bien parfumé. Ajoutez 15 cl de café chaud et mélangez. Versez ensuite dans le verre 5 cl de Paddy.

Touche finale, fouettez un peu de crème entière bien froide et nappez-en le dessus du breuvage en la faisant couler sur le dos d’une cuillère à soupe pour éviter qu’elle tombe au fond (je n’y arrive pas et j’utilise un siphon pour fouetter ma crème, chut !).

Ceci fait, mettez votre morceau préféré des Pogues (en ce qui me concerne, ce sera bien évidemment Fairytale of New York, où vous aurez le plaisir de redécouvrir un très jeune Matt Dillon) et dégustez !

Le fil

Facile, Émile : il nous faut du café… et de la crème bien mousseuse ! Pour le café, du mérinos marron très foncé, et pour la crème, de la bourrette de soie. J’ai cardé les deux très rapidement pour que la bourrette forme des petits grumeaux (le mieux est de l’accrocher directement sur le rouleau extérieur, sans la passer à l’intérieur de la cardeuse) et j’ai filé un “single” pas trop fin, que j’ai feutré lors du blocage pour éviter qu’il se délite ou qu’il bouloche une fois qu’il sera tricoté ou tissé.

Non, cette fois-ci, je ne me suis pas inspirée de la bouteille ni de l’étiquette, mais simplement du cocktail. Souvent femme varie…

Le blocage-feutrage

En ce qui concerne la technique du feutrage, commencez par filer plus fin que ce que vous souhaitez obtenir : le fil va “gonfler” lors de l’opération.

Autre chose : inutile de le mesurer maintenant, car il va rétrécir pendant le feutrage. Vous le mesurerez après séchage.

Faites votre écheveau et attachez-le très soigneusement pour éviter qu’il s’emmêle ; pour ma part, je l’attache avec des chutes de fil de couleur contrastante à six endroits différents.

Ensuite, je prépare une petite bassine d’eau très chaude et une autre d’eau bien froide. J’immerge l’écheveau dans l’eau chaude (avec des gants épais), puis je l’en sors et je le laisse tomber une demi-douzaine de fois au fond de ma baignoire, d’environ 1 mètre de haut. Je l’essore et je le plonge dans l’eau froide. Je l’agite bien puis je le laisse à nouveau tomber avant de le passer dans l’eau chaude.

Je répète ces opérations jusqu’à ce que les fils commence à se coller entre eux : ils font un petit “frrrrrrrrrr” quand on les sépare. Ensuite, j’essore le fil et je le mets à sécher. Voilà comment on apporte de la solidité à un “single” !

collection d'écheveaux filés mains artyarn cocktails paddy irish coffee

Royale au bar

collection d'écheveaux filés mains artyarn cocktails menthe-pastille

Le temps file à une allure ! Je ne dois pas oublier de vous présenter le deuxième épisode de ma nouvelle “saga” annuelle Royale au bar.

Comme le mois dernier, j’ai laissé mon cœur pencher du côté du rétro, du “c’était mieux avant”… 😉

J’adore les goûts mentholés, pas vous ? Le côté froid dans la bouche, comme si on croquait dans une boule de neige… Il y a bien le Get27, ou le Get31, me direz-vous, mais je le trouve – bien que la recette en soit très ancienne – so années 80 ! En tout cas la bouteille me séduit beaucoup moins que celle de la Menthe-Pastille, créée par un pharmacien à la fin du XIXe siècle. J’en ai donc commandé une sur un site d’épicerie fine et… j’ai reçu une bouteille collector qui n’avait pas du tout la même étiquette !

Cela dit, les coloris m’ont séduite et je n’ai pas fait la fine bouche. Et puis, on conservait le joli bleu-vert tendre de l’étiquette originelle.

La meilleure façon de déguster cette liqueur, à mon sens, c’est en digestif, bien frappée. Mais la marque propose diverses recettes de cocktails et j’ai testé le Parisian Mojito. Mélanger du jus de pomme et de la menthe, quelle idée ! Comme dirait l’autre : “Bizarre, vous avez dit bizarre ? comme c’est bizarre !” On dirait un peu les cocktails extravagants imaginés par ma chère Juliette !

Certes, le goût est surprenant, mais pas désagréable du tout, et d’une grande fraîcheur. Un peu comme de mordre dans une pomme glacée…

Le Parisian Mojito

Choisir un joli petit verre comme ces adorables gobelets que mon homme m’a offerts pour Noël, en “verre marin glaz” créé par Lucile Viaud, une spécialiste en géoverrerie. Il a découvert son verre “glaz” à base de coquilles d’huîtres à l’atelier de notre cher Thomas, chez qui nous avons expérimenté le soufflage du verre. Mais un verre à cocktail conique fera aussi l’affaire.

Verser dans un shaker 40 ml de Menthe-Pastille, 30 ml de jus de pomme et 20 ml de jus de citron jaune.

Remplir le shaker de glaçons aux deux tiers et agiter énergiquement pendant 7 à 10 secondes.

Filtrer dans un verre sans glace mais préalablement rafraîchi, garnir de feuilles de menthe, et déguster.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

Le fil

J’ai eu envie d’approcher les coloris de l’étiquette par la teinture, cette fois, et je me suis aperçue très vite que parmi la soixantaine de teintures liquides Dupont que j’ai l’habitude d’utiliser, ne n’avais aucun des quatre coloris (bleu-vert tendre, rouille, moutarde, bleu nuit) nécessaires. Je me suis donc installée tranquillement avec un pinceau, du papier, un compte-gouttes et plein de petits pots pour essayer de les obtenir patiemment, en rajoutant une goutte de ci, une goutte de ça… C’est un peu de l’alchimie ! 😊 Mais c’est une activité très agréable qui me relaxe totalement.

Je m’en suis servie pour teindre une mèche mérinos et soie, en conservant un peu de blanc ici et là. Filage simple, retors deux brins… mais le résultat ne m’a pas convaincue : je trouvais les couleurs délavées. J’ai donc recommencé l’opération (heureusement, j’avais noté mes “recettes”) en teignant quatre fois 10 grammes de fibres séparément. J’ai ajouté 10 g de fibres blanches, j’ai déchiré tout cela en petits morceaux que j’ai filés les uns après les autres avant de retordre le fil sur lui-même. Quand on compare les deux écheveaux, la différence ne saute pas aux yeux, mais le second me plaît bien davantage.

collection d'écheveaux filés mains artyarn cocktails menthe-pastille
Notez comme la soie, dans ce mélange, prend la teinture de manière beaucoup plus éclatante que la laine !
collection d'écheveaux filés mains artyarn cocktails menthe-pastille
collection d'écheveaux filés mains artyarn cocktails menthe-pastille
À gauche, le premier écheveau dont la mèche a été teinte en une fois. À droite, le second, réalisé avec plusieurs mèches teintes séparément.
collection d'écheveaux filés mains artyarn cocktails menthe-pastille

Octaédrier : la fin de l’aventure

écharpe tissée main fils fuseau octaédrier

C’est un long projet, non ? Trois ans ! Comme je vous l’ai déjà dit en décembre dernier, je l’ai commencé en 2018… Je l’ai abandonné, oublié, repris… et finalement, en décembre 2020, j’ai pris le temps de retordre chaque jour une ou deux petites “tortues” de fil coloré. Au final, j’ai obtenu plus de 1 000 mètres de fil, mine de rien ! Et 26 coloris différents…

écharpe tissée main fils fuseau octaédrier

Quand j’ai commencé à mettre mes fibres de côté, je l’ai fait complètement au hasard : je n’avais pas d’idée précise en tête. Mais quand j’ai vu s’accumuler mes bébés pelotes, j’ai senti qu’il était impossible de les séparer… trop mignonnes ! Comment les réunir en un seul et même ouvrage ? J’ai pensé tricot, mais le fil était toujours assez fin (je ne sais pas filer gros au fuseau) et je me suis dit que, là encore, ça allait prendre des années, et que je risquais de le laisser de côté souvent. Donc j’ai pensé tissage. En trois jours, c’était plié.

écharpe tissée main fils fuseau octaédrier

Ce qui m’a fait le plus réfléchir était la manière d’organiser mes 26 coloris. Ce tissage allait être bien bariolé ! Mais je ne voulais pas gâcher de fil, il fallait donc bien en utiliser la moitié pour monter la chaîne. Comme les fils n’avaient pas tout à fait la même grosseur, je me suis dit que prendre la moitié des coloris pour la chaîne et l’autre moitié pour la trame était peut-être un peu risqué. Le plus prudent était d’utiliser la moitié de chaque coloris pour la chaîne, et le reste pour la trame. Pour cela, je me suis tout simplement munie d’une balance de précision (la plupart des mini-pelotes ne pesaient pas 10 g).

écharpe tissée main fils fuseau octaédrier

En plus, je préférais que chaque coloris se trouve à la fois en chaîne et en trame pour qu’ils se croisent : cela permettait de voir chaque coloris “pur” en carré individuel, ici et là, tandis que des centaines d’autres coloris (je vous laisse faire le calcul) allaient naître des croisements de fils de coloris différents. Vous me suivez toujours ? 😉

écharpe tissée main fils fuseau octaédrier

Bon, mais l’ordre des coloris ? Là, je n’ai pas eu trop envie de me casser la tête. Je ne voulais pas un arc-en-ciel fondu, mais bien des contrastes francs. J’ai donc commencé par classer mes pelotes… en arc-en-ciel. Vous le savez, que j’ai l’esprit de contradiction !

écharpe tissée main fils fuseau octaédrier

Ensuite, j’ai placé le noir au milieu et j’ai échangé les places d’une pelote sur deux : une verte contre une rose, etc. Il n’y avait plus qu’à monter la chaîne. J’ai commencé par le milieu pour pouvoir m’autoriser à faire d’autres échanges si l’ouvrage n’était pas bien centré sur le peigne, mais au final, je n’en ai pas eu besoin. Le processus était long mais simple : je plaçais la pelote sur la balance et je tirais mes longues boucles de fil, je coupais le fil et l’attachais à la baguette d’ensouple arrière quand j’approchais de la moitié du poids.

écharpe tissée main fils fuseau octaédrier

J’enroulais ensuite le reste du fil sur une navette – heureusement que j’en ai beaucoup ! Mais je n’en possède tout de même pas 26 et j’ai dû mettre deux coloris sur chaque navette, ce qui est parfois un peu casse-pieds au moment du tissage. Et bien sûr, j’ai rangé les navettes dans le bon ordre pour reproduire, sur la trame, les rayures de couleur de la chaîne. Un exercice méditatif très agréable.

écharpe tissée main fils fuseau octaédrier

La neige est arrivée, le froid aussi, j’ai donc pu porter mon écharpe sitôt après le blocage ! Je l’ai même un peu prêtée… hum, juste pour la photographier. J’y tiens jalousement ! Car, comme vous pouvez vous en douter, elle va avec absolument TOUS mes vêtements et mes chapeaux ! 😊

Edit : Pour répondre aux questions que l’on m’a posées ici et là, l’écharpe mesure 2 mètres de long (sans les franges) et 50 centimètres de large. Il me reste 34 grammes de fil. Je peux être satisfaite de mes calculs visant à optimiser au maximum ma matière première !

écharpe tissée main fils fuseau octaédrier

Royale au bar

collection d'écheveaux filés mains artyarn cocktails spritz st-germain

L’année dernière, j’ai dû abandonner bon nombre de projets créatifs ; ç’a été une année difficile pour bon nombre d’entre nous, et en ce qui me concerne, ce sont les loisirs qui ont “souffert”.

Je ne suis pas certaine que 2021 sera meilleure, mais je ne me sens pas capable de renoncer encore une fois à explorer le filage sous toutes ses formes : j’en ai besoin, tout simplement ! J’ai donc décidé de commencer une nouvelle “collection”.

En 2020, de nombreux Français coincés chez eux par le confinement ont découvert le plaisir de faire du pain. Comme j’avais déjà exploré ce chemin, je me suis amusée avec d’autres découvertes culinaires, et pourquoi pas la mixologie ? Des cocktails bien frais et légers pour les fameux apéros du week-end avec ou sans copains en vidéoconférence, avec ou sans applaudissements… mais souvent avec des bulles 😉

C’est très facile, pour un commerçant alimentaire, de me pousser à glisser une nouvelle liqueur parfumée dans mon Caddie : il suffit de faire une jolie étiquette, un beau flacon, et hop ! Je ne peux pas résister. Quand j’ai vu ce coffret de liqueur St-Germain, avec ses deux superbes verres, je n’ai pas pu résister. Je savais que ma tribu allait se moquer de moi, ils me connaissent comme s’ils m’avaient tricotée et je me fais souvent traiter de “tête de gondole”.

Bon, mais une fois achetée, il fallait la goûter, cette liqueur aux fleurs de sureau. Heureusement, la marque propose toutes sortes de recettes de cocktails sur son site, la plus emblématique étant le spritz.

Bizarrement, le site de cette marque française mélange textes en anglais et en français, et je n’ai trouvé nulle part de bouton pour choisir sa langue. Peut-être un défaut d’affichage sur mon navigateur ?

Je vous ai en tout cas traduit la recette ci-dessous.

Le St-Germain Spritz

Remplir de glaçons un verre highball (aussi nommé tumbler ou long drink).

Ajouter 40 cl de liqueur St-Germain, 60 cl de blanc pétillant (type prosecco, saumur, ou pourquoi pas du champagne) et 60 cl d’eau gazeuse.

Bonne dégustation !

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

Le fil

Bon, quittons le comptoir (virtuel) et intéressons-nous un peu à cette nouvelle collection exploratoire : “Royale au bar”. Elle consiste à s’inspirer de la bouteille, de son contenu, du cocktail réalisé, ou bien des trois à la fois. Ici, j’ai voulu copier la couleur de la liqueur elle-même, en ajoutant une touche de doré évoquant l’encadrement de l’étiquette, et travailler sur la structure du fil pour obtenir un effet de bulles.

Question couleur, j’ai eu la flemme de sortir mon matériel de teinture (elle commence bien, cette reprise… 😀 ), et je me suis dit que ce serait sympa de mélanger plusieurs coloris de mérinos déjà teint par cardage. Cela donne un fil chiné et j’adore tout ce qui est chiné, pas vous ?

Avant de passer un mélange en cardeuse, si je cherche à obtenir une couleur particulière, je fais de tous petits échantillons pour savoir quels coloris mélanger, et dans quelles proportions. Pour cela, l’idéal est une paire de peignes. Là, j’ai dû faire cinq essais avant d’arriver à un coloris qui me convienne, et j’ai utilisé quatre coloris différents, deux en grande quantité, et deux en petite touche. Car, dans cette liqueur dorée, il y a une pointe de vert…

Pour rendre les “bulles”, j’ai décidé de faire un fil câblé et “coilé”. Ces fils sont souvent assez gros, mais rien n’empêche de les faire plus fins, il faut pour cela que le premier filage soit bien fin. Il faut aussi que le fil “d’âme” des coils soit fin, mais résistant aussi. J’ai utilisé un fil métallisé Gunold, qui s’est super bien prêté à l’exercice des coils.

Si vous ne savez pas faire des coils, c’est assez simple : on retord le fil de mérinos et le fil métallisé en tenant le premier à 90° du second pour qu’il s’enroule autour en spirale bien serrée. Ensuite, nouveau retors (je vous ai dit que ce serait un câblé !) : j’ai mis le fil en pelote à l’aide de ma pelotonneuse, j’ai attrapé les deux extrémités et je l’ai tout simplement retordu sur lui-même. Les coils se sont imbriqués les uns dans les autres en produisant l’effet de bulles recherché.

Ah, je ne vous ai pas dit si le St-Germain Spritz était bon : oui, c’est très agréable, sucré comme un bonbon, léger en alcool car il y a beaucoup d’eau et de glaçons.

collection d'écheveaux filés mains artyarn cocktails spritz st-germain
collection d'écheveaux filés mains artyarn cocktails spritz st-germain

Octaédrier… je persiste et signe !

calendrier de l'avent octaédrier filage artisanal

Même si je me laisse parfois déborder, je ne suis pas du genre à lâcher le morceau (surtout quand il est appétissant). Au cours de ce mois de décembre, j’ai donc encore travaillé sur mon “octaédrier”, commencé en 2018 (pour mettre les fibres de côté), continué en 2019 (pour les filer au fuseau) et terminé ou presque en 2020 (pour les retordre). Pas tout à fait terminé, car il me reste à en faire quelque chose, de ces petites “tortues” enfin retordues !

Voici le résultat : un bel écheveau de plus de 1 000 mètres pour environ 255 grammes. J’ai attaché tous les fils ensemble pour les bloquer, puis je les ai séparés pour obtenir une pleine corbeille de petites pelotes prêtes à être utilisées. Je pense les tisser toutes ensemble ; je m’attends à une écharpe très bariolée, mais sera-t-elle à mon goût, moi qui hésite toujours à mélanger trop de couleurs ? L’avenir me le dira. En tout cas, si elle me plaît, nul doute que je pourrai la porter tous les jours, car elle devrait s’assortir d’une manière ou d’une autre à tous mes vêtements (et mes chapeaux) ! 😀

calendrier de l'avent octaédrier filage artisanal

J’ai hâte de pouvoir sortir mon métier à tisser et vous montrer le résultat. Après avoir été privée de tissage pendant si longtemps, j’espère vraiment m’y mettre le plus tôt possible (appel aux bonnes volontés familiales… car je vais devoir mobiliser la grande table pendant quelques heures, le montage de la chaîne ne va pas être simple).

J’ai longtemps réfléchi à ce projet, même – et surtout ! – quand je ne pouvais pas y consacrer de temps. Tisser tous ces fils, les marier dans un seul et même projet me paraît indispensable. Je n’ai pas le cœur à achever ce projet en fourrant ces adorables petites pelotes dans un sac ou un panier avec l’idée d’y recourir quand j’aurai besoin de telle ou telle couleur pour une autre création : comment pourrais-je les séparer ? Du fond de leur corbeille (faite main !), on dirait une couvée de poussins multicolores… et on ne sépare pas une fratrie.

Mais je ne vais pas oublier mon fiasco de 2019 : je n’ai pas réussi à filer tous les octaèdres de fibres en temps et en heure. Pas étonnant, car je filais au fuseau et surtout, je filais beaucoup trop fin (au fuseau, je ne peux pas m’en empêcher). Et surtout, j’ajoutais cela à toutes sortes d’autres projets, et en période de fêtes et de marché de Noël, c’est justement là que j’ai le moins de temps libre.

Pas question de renoncer à ce calendrier de l’avent qui me plaît beaucoup pour autant. Simplement, j’ai tiré les leçons de ce retard. Si je veux réussir mon octaédrier 2021, il faut que je mette toutes les chances de mon côté : il faut que le projet soit réaliste, et il faut que j’aie, cette fois, un vrai projet en tête, pas juste un plaisir gourmand lancé en l’air. Et il ne faut pas que je travaille à quoi que ce soit d’autre pendant cette période, en tout cas en matière de fibres.

Mon projet pour 2021 et 2022 est de réaliser quelque chose de plus ambitieux. Si je peux m’attendre à au moins 24 coloris différents, pourquoi pas un plaid au crochet ? C’est un exercice que j’aime beaucoup, je me suis régalée en réalisant le plaid “Nuts About Squares”. Je suis tentée par le Mystical Lanterns Blanket de Jane Crowfoot, mais je me doute que d’ici deux ans, je risque d’être alléchée par bien d’autres choses… par exemple, je pourrais avoir envie de m’attaquer à un travail de tricot type entrelacs. Pourquoi pas.

En tout cas, il me faudra plus de fil, sans doute d’un plus gros calibre. Et si je veux plus de fil, il faut que je file au rouet, sinon je n’y arriverai jamais. J’ai déjà évalué que j’avais passé plus de cent heures à filer cet octaédrier au fuseau ! Il faudra aussi que je travaille avec un échantillon de base pour que la grosseur des fils soit homogène.

J’adore les coloris chinés et j’ai été trop longtemps éloignée de ma chère cardeuse, bien que j’aie pu filer au moins une “Rose des vents” cette année. Peut-être que ce serait l’occasion de me régaler de mélange chinés… Si tout va bien, je pourrais donc passer mon mois de janvier à créer des couleurs inédites – au moins 50 grammes chacune, si je veux avoir de quoi obtenir un plaid assez grand pour bouquiner au chaud un soir d’hiver ! – et à les stocker pour Noël 2021. Et vous, vous n’êtes pas tenté(e) par l’aventure ?

Une nouvelle “Rose des vents”

filage artisanal écheveaux dégradés rose des vents rue de la laine

Je retrouve doucement le chemin de mon (hum, mes !) rouet(s), quel bonheur ! La section des “Roses des vents” de la boutique était vide depuis le printemps, c’était très dommage, car je prends beaucoup de plaisir à les imaginer, à les filer et à les présenter. Voici donc une petite nouvelle : Artémis ! Elle propose des tons directement hivernaux… car je ne suis pas sûre d’avoir le temps d’en faire une avant Noël, mais qui sait ?

filage artisanal écheveaux dégradés rose des vents rue de la laine
filage artisanal écheveaux dégradés rose des vents rue de la laine

Le retour de l’octaédrier !

calendrier de l'avent octaédrier filage origami

Je suis obligée de l’avouer, c’est devenu une vraie légende dans la famille, mon octaédrier.

Un calendrier de l’avent qui dure non pas 24 jours, mais plusieurs années, avouons que ce n’est pas banal !

Mais ils me connaissent, ils savent que j’ai tendance à inventer mille projets à la seconde et à en démarrer presque tous les jours, et ils avaient bien deviné que je ne pourrais pas tenir les délais – surtout pendant un des mois les plus chargés de l’année, où je m’investis à la fois dans les joyeuses fêtes à fêter en famille, et dans le marché de Noël de ma ville, où je suis à la fois exposante et organisatrice. Bref, d’après eux, je ne suis même pas capable de me tenir au simple fait de manger un chocolat par jour, alors filer une poignée de fibres au fuseau…

Mais revenons au début de l’aventure : dès janvier 2018, je présentais aux lectrices et lecteurs de ce blog mon idée d’un calendrier de l’avent que l’on prépare au début de l’année pour le savourer 12 mois plus tard. Je l’ai baptisé “octaédrier” parce que j’avais glissé des poignées de fibres à filer dans des boîtes en origami en forme d’octaèdres.

Au début, ça s’est bien passé : j’ai confectionné assez rapidement les 24 petites boîtes et je les ai garnies chaque jour d’une poignée de fibres piquées dans mes stocks, ou parfois offertes par des copines fileuses amusées par cette aventure. Et comme prévu, je les ai toutes empilées dans un sac en papier en attendant l’hiver, tel un écureuil ses noisettes. Mais, déjà, je me réservais sans le savoir un piège à moi-même : d’un jour à l’autre, je bourrais mes petites boîtes de plus en plus… ah là là… ma gourmandise, vraiment, me perdra un jour.

En me relisant, je vois que j’avais prévu de faire un post récapitulatif de tous mes “remplissages d’octaèdre” au mois de juin, mais on dirait bien qu’il est “passé à l’as”, comme disait ma grand-mère. Si cela vous amuse, vous pouvez les revoir sur mon compte Instagram avec le hashtag #octaédrier.

Toutefois, fin novembre, j’étais fidèle au poste pour transformer toutes ces petites boîtes en un véritable calendrier de l’avent, en les suspendant à un cadre à tapisserie qui est toujours accroché à l’un des murs de mon atelier. Et le 1er décembre, je vous garantis que j’étais bien à l’heure pour cueillir le premier “fruit” (il suffisait de tirer sur le fil, qui se cassait assez facilement) et commencer à filer.

Comme c’était une très petite quantité de fibres, il me paraissait normal de les filer sur un tout petit fuseau. Mais là, je me tendais sans le savoir un second piège : sur un petit fuseau, j’ai l’habitude de filer plutôt fin. Ça n’en finissait pas. Impossible de tout faire en une journée – que dis-je ? En une soirée. Vous savez, ce petit moment où tout le monde est couché et où on peut enfin s’offrir du temps pour soi, après la journée de travail, les corvées domestiques et les rigolades en famille ou entre copains.

Bref, ça a dérapé assez vite, je ne pouvais pas suivre le rythme. Les jolis “fruits” sont restés suspendus une partie de l’année 2019… J’étais prise par une myriade d’autres projets, tous aussi alléchants… J’ai été inconstante… En juillet 2019 (elle est passée où, cette année 2019 ? aucune idée !!), j’ai décroché ce qui restait – quasiment la moitié, honte ! – et j’ai tout fourré dans un sac pour y travailler pendant mes vacances. Et je n’y ai pas touché. J’avais emmené aussi d’autres choses à filer, qui sont passées devant ! Honte, honte ! (Je ne sais pas résister à une “Rose des vents”…)

En décembre 2019, un peu échaudée, j’ai laissé tomber l’idée du calendrier : j’étais à fond dans ma nouvelle collection d’écharpes, les “Sismogrammes”, j’ai adoré faire ça, c’était presque hypnotique. Et ensuite, j’ai tenu absolument à terminer mes écheveaux du “Thème du mois” du forum Tricotin, sur lesquels j’avais également trouvé le moyen de prendre du retard. Toujours quelque chose à faire, quoi !

Puis 2020 est arrivé. Quand les événements que vous savez se sont déroulés et que je suis entrée en confinement avec ma petite famille, j’ai dû mettre de côté la plus grosse partie de mes moments créatifs en matière de tissage et de filage, car mon atelier s’était transformé en bureau pour divers membres de la tribu, dont moi-même. C’était une chance que nous puissions tous continuer nos activités professionnelles et estudiantines, mais c’était quand même aussi un crève-cœur, d’une certaine manière. Et là, j’ai retrouvé ce plaisir de filage si simple, si facile à prendre et à laisser, si peu encombrant : mon petit fuseau, et mes octaèdres pleins de délicieuses fibres préparées par moi-même pour un futur que, en 2018, je n’imaginais pas si sombre.

Avant la fin du confinement, tout était filé, et j’étais en possession de 26 adorables petites “tortues” de fil plutôt fin. Pourquoi 26 et pas 24 ? Parce que dans deux de mes octaèdres, j’avais mis deux poignées de fibres différentes, et au final je n’ai pas eu envie de mélanger les couleurs.

calendrier de l'avent octaédrier filage origami

J’ai été ravie de terminer enfin cet octaédrier. J’adore arriver au bout d’un projet, même si je suis parfois capable de mettre des années à le faire.

Mais, soyons honnête, je n’étais pas vraiment au bout… Donc mon esprit joueur a chaussé à nouveau ses bottes de sept lieues, et j’ai préparé mon octaédrier de Noël 2020.

Je vous défends de rire !

En fait, si, riez tant que vous voudrez, on en a tous bien besoin en ces temps difficiles 🙂

Toutes ces petites “tortues” devaient maintenant être retordues… Je n’utilise que très rarement des fils monobrin… Donc, j’ai préparé un nouvel octaédrier. Je conserve le nom, mais je n’ai pas eu envie de refaire 24 octaèdres, j’aime la nouveauté ! J’ai trouvé sur le blog L’Atelier des gourdes le patron d’une adorable petite boîte en forme d’étoile. J’en ai confectionné 24 en trois tailles différentes (vous vous souvenez ? j’avais de plus en plus de fibres, donc des “tortues” de plus en plus grosses), j’ai glissé mes “tortues” dedans et elles me semblaient si mignonnes que je n’ai pas eu envie d’attendre la fin novembre pour les suspendre à mon mur.

Cette fois, j’ai confectionné les étoiles en papier blanc (un grammage supérieur au papier machine ordinaire, peut-être du 120 g/m2), je les ai suspendues à mon cadre à tapisserie puis j’ai peint les chiffres dessus au pinceau.

Serai-je capable, cet hiver, de respecter les dates et de retordre une “tortue” par jour ? Ma foi, l’avenir nous le dira, je n’ose plus prendre de paris !!! 😀

calendrier de l'avent octaédrier filage origami
calendrier de l'avent octaédrier filage origami

Kilt, laine et métal

kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal

Je ne crois pas qu’il ait une goutte de sang écossais dans les veines, mais mon fiston porte le kilt.

Au début, c’était essentiellement pour suivre son papa en concert, où les métalleux enfilent volontiers la jupe et, s’ils ne le font pas, se montrent extrêmement tolérants en matière de look. J’ajoute qu’ils sont aussi très protecteurs envers les bouts de chou, si bien que je n’ai aucune inquiétude (ou presque, une maman n’est jamais 100% zen) à laisser filer ma petite ablette jusqu’à la barrière de sécurité dans un concert d’Airbourne ou de Queensrÿche, sachant qu’il sera pris en charge par de charmantes dames elles-mêmes secondées par des gros costauds, et qu’il a même toutes les chances du monde de rafler des médiators et des baguettes de batterie… voire de monter sur scène…

Bref, le kilt est de mise pour les concerts, mais pas seulement. Par exemple, quand nous allons au pub spinning déguster un super fish & ships, le kilt est de rigueur. Et puis finalement, il s’est décidé à le porter au collège où le physio (hem, le portier) a fortement haussé les sourcils mais n’a pas trouvé dans son cher règlement l’alinéa interdisant à un garçon d’aller étudier en jupe.

Sauf qu’il y a des saisons où porter la jupe, même si on n’a pas de sang de highlander et qu’on met un caleçon, ça fait froid aux papattes.

J’avais depuis longtemps promis une paire de guêtres bien chaudes et assorties à son tartan violet, bleu foncé, noir et blanc signé Heritage of Scotland (ma chère). Avec le confinement, impossible d’arguer que je n’avais pas le temps, il fallait s’atteler au projet.

J’ai commencé par faire un écheveau dans ces tons-là avec un mélange cardé de mérinos et soie colorés que j’avais en stock, mais je devais moi-même avouer qu’on n’y était pas tout à fait et Fiston a beau être très poli, il a la sale habitude d’être honnête. Bref, je devais revoir ma copie et me montrer un peu plus exigeante.

Du coup, je suis passée en mode teinture et, au bout de quelques étapes de surteinture (en matière de couleur, il faut toujours s’approcher à très petits pas de son objectif…), j’ai mis la main exactement sur le violet et le bleu qu’il me fallait. Il ne restait plus qu’à ajouter du noir et de la soie maulbère blanche (re-ma chère), à sortir la planche à rolags, et pouf !

Au moment de faire les rolags, toutefois, un instant de réflexion. Je voulais retrouver le motif du tartan, mais je ne voulais pas de rayures franches non plus. Du coup, j’ai fait la moitié des rolags (pour le premier brin) en alternant franchement les coloris, et l’autre (pour le second) en les mélangeant de manière plus fondue. Je comptais sur un fil qui allait changer de couleur selon les rayures du tartan, mais pas de manière trop tranchée.

kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal
kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal
kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal

L’écheveau était doux et moelleux, mais difficile de dire en le voyant si j’allais obtenir le tricot que j’avais en vue… et en matière de filage, rien n’est sûr avant la toute fin de l’ouvrage. Je me suis donc précipitée sur mes aiguilles pour réaliser les guêtres. Patron facile à imaginer : ce ne sont que deux tubes de tricot circulaire en côtes 2/2.

Je suis satisfaite du résultat, et Fiston est ravi, il paraît qu’elles sont très, très confortables.

kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal
kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal

Mais je n’avais pas terminé ma tâche : pour ses rangers en cuir de concert (indispensable si vous ne voulez pas vous faire écrabouiller les arpions pendant un “wall of death”), qu’il a dénichés l’été dernier sur une brocante… sans lacets, il fallait quelques mètres d’un beau cordon. Justement, je viens de me mettre au kumihimo ! Il me restait un peu de fibres violettes, j’ai donc filé vite fait quelques mètres de violet et autant de noir, et j’ai réalisé cette “tresse creuse” à huit brins. Les bouts en plastique ? Quelques centimètres de gaine d’électricien thermorétractable et un coup de chaud, hop !

Il me reste un peu de fil : pour des guêtres assez longues, qu’on peut retrousser, 135 g de fil ont suffi et j’en avais fait 200 par précaution. Je réfléchis à faire de gros pompons en laine pour customiser son casque de concert (indispensable pour protéger ses jeunes tympans), mais je ne sais pas trop si je pourrai aller jusque-là… 😀

kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal

Du cachemire pour le PLAISIR

filage artisanal au rouet cachemire alpacone

Suite au ralentissement des visites, j’ai constaté que le thème du mois que je proposais sur le forum Tricotin n’éveillait plus beaucoup d’intérêt, et j’avoue que cela ne m’a pas motivée moi-même à y participer. J’ai réussi ces derniers mois à montrer mon travail pour les derniers thèmes, mais il est clair qu’il était temps que cela s’arrête. Pas d’inquiétude : je reste sur le forum pour le modérer et surtout pour répondre à vos questions. Mais pour le moment, je ne proposerai plus de thèmes.

Toutefois, je n’aime pas trop les choses en suspens et, avec beaucoup de retard, j’ai décidé de proposer aux fileuses et fileurs du forum un ultime thème de filage pour boucler l’année 2019. Il faut dire que, en cette période de confinement, je suis bien obligée de m’attaquer aux choses qui traînent : je n’ai plus d’excuses pour procrastiner.

Toutefois, toujours à cause de ce confinement, je voulais aussi faire passer ce message : FAITES-VOUS PLAISIR.

Au cours de l’année écoulée, j’ai lu beaucoup de messages sur les réseaux sociaux faisant part d’un certain désenchantement vis-à-vis de la professionnalisation de nos beaux arts du filage, de la teinture et du travail des fibres en général. C’est un souci qui ne touche pas que la France : même au-delà des frontières, dans des pays où le filage (tissage, teinture, etc.) est plus répandu, où il existe des associations étendues, des guildes, il est tout de même très, très compliqué d’en vivre. Voire d’espérer en vivre. Cela pose une question qui s’étend bien plus loin que le seul domaine textile : peut-on, et/ou doit-on, demander à notre passion de nous faire vivre ? Elizabeth Gilbert, dans l’ouvrage Comme par magie (ou Big Magic, en anglais), dont Flore, la fondatrice de ce forum, m’a conseillé la lecture il y a quelques années, essaie d’y répondre, et j’ai apprécié son point de vue très humble.

Quels que soient nos enjeux, nous subissons tous des déceptions dans notre parcours d’apprentissage et de création. L’image est éculée, mais je suis tentée de conseiller à chaque personne tombée de bicyclette – ou de rouet – de remonter dessus… et d’essayer de repartir toujours non pas de zéro, mais de l’essentiel : le plaisir.

Car, non, au XXIe siècle, nous ne sommes pas obligés de filer pour vivre ou pour vêtir notre famille ! Nous avons cette grande chance : nous avons le droit le filer pour le plaisir. Donc, je vous en conjure, ne boudez pas votre plaisir, et surtout, ne l’oubliez pas, ce plaisir.

En cette période de crise et de confinement, il est plus temps que jamais de plonger vers ce qui nous réjouit le plus. Pour ma part, cela a été de prendre dans mon tiroir à trésors un sac que j’y avais glissé il y a très peu de temps : du cachemire très doux, d’une couleur naturelle adorable, sorte de caramel bien dilué de crème fleurette, que j’ai acheté lors de la Fête de la Laine de Malakoff 2020 auprès d’exposants italiens fort talentueux, Alpacone. Je vous l’avoue : ce n’était pas donné. Normal, pour du cachemire. Mais quand j’expose sur un marché, j’investis souvent mes bénéfices chez mes voisins de stand, c’est comme ça. Et là, il faisait si beau, j’étais entourée de magnifiques œuvres textiles qui me transportaient de joie… je me suis prise pour une star et je me suis dit que je le valais bien. Que je le valais largement.

filage artisanal au rouet cachemire alpacone

Vraiment, je ne regrette pas mes sous. J’ai pris à filer ces fibres un plaisir incommensurable.

C’est clair, elles “réclamaient” d’être filées en long draw. Vous la connaissez peut-être, cette petite voix des fibres qui vous chantonne avec autorité ce qu’elles veulent qu’on en fasse. Des fibres relativement courtes, extrêmement fines, plutôt glissantes, impossible d’essayer d’en faire autre chose : elles se seraient sans doute vengées 😉

D’habitude, je réserve mon Little Gem aux déplacements, notamment au pub spinning, car je trouve l’Aura plus facile à régler. Mais là, j’avais besoin d’aller vraiment très vite, et le plus petit rapport de la toute petite poulie haute vitesse, c’est ce qu’il me fallait (vu la quantité, je n’avais pas la patience d’utiliser les petits fuseaux de ma charkha, qui aurait sans doute offert le meilleur rapport). Je n’ai d’ailleurs eu aucun souci à régler le frein.

J’ai donc filé en long draw, assez fin, car les fibres glissaient les unes contre les autres et ne demandaient que ça. J’ai fait un retors à deux brins tout simple. Tout de même, j’ai suivi le conseil proposé par Judith Mackenzie dans son ouvrage The Practical Spinner’s Guide : Rare Luxury Fibers : filer avec peu de torsion, retordre avec beaucoup. J’ai obtenu un fil de départ très fin, avec un fil d’arrivée dodu et très moelleux. Pour celles et ceux qui aiment les chiffres : le filage a duré 18 h 30, le retors 7 h ; l’écheveau pèse 225 g et mesurait 950 m après retors, 947 m (soit presque pas de perte !) après blocage et trois ou quatre “claquages” contre un mur.

Ce long moment de long draw a représenté l’opportunité parfaite de perfectionner ce geste parfois difficile à maîtriser. Je le répète, les fibres s’y prêtaient magnifiquement.

J’envisage une moelleuse étole crochetée en star stitch (point marguerite). Et je m’engage solennellement à venir partager une photo dès que j’aurai fait mon échantillon 😉

filage artisanal au rouet cachemire alpacone

Salade de fruits

écheveau mérinos filé main au rouet artisanal

Je devrais détester l’été parce que je crains la chaleur, et que cette saison gorgée de soleil m’oblige à ranger mes pulls. Oui, mais l’été se fait pardonner avec ses beaux fruits : melons, fraises, cerises, pêches et l’incontournable pastèque dont je pourrais me rendre malade si mon organisme n’y était pas si bien habitué. En automne, c’est autre chose, je me régale surtout les yeux : les arbres du parc se parent de leurs plus belles couleurs et dès que je mets un pied dehors, j’admire de belles écharpes, des châles envoûtants, de jolis pulls… sans compter que je peux ressortir les miens. C’est la saison rêvée pour la laine ! Côtés fruits, en revanche, c’est un peu le désert.

Je compense avec mon dessert préféré, la salade de fruits. Pierre Hermé fournit une recette que j’ai un peu simplifiée (il met trop d’ingrédients à mon goût) et que je trouve délicieuse. Il y a de l’orange, du pamplemousse et du citron vert (seulement les suprêmes, hein ! ça prend du temps à préparer mais ça vaut le coup), ainsi que des petits cubes de mangue, le tout nappé d’un sirop parfumé au gingembre, à la vanille, à la badiane et au poivre, avec quelques zestes d’agrumes. Essayez, vous m’en direz des nouvelles.

Sur le forum Tricotin, section “Thème du mois”, j’ai demandé aux fileuses et fileurs si, à leur rouet ou leur fuseau préféré, ils en offraient, de la salade de fruits : “Oui, je vous parle de filage, là. Je parie que vous aviez oublié qu’on n’est pas sur un forum gastronomique… non non non, Supertoinette, c’est à côté, les gars !”

Pour filer une “salade de fruits”, je pioche des couleurs de saison – soit celles que m’inspire la saison, soit celles qui me plaisent le plus à ce moment-là – en diverses matières dans mon stock, et je sépare les mèches ou la toison en petits morceaux, à peine plus gros que la longueur de la fibre. Je balance tout ça dans un gros saladier et je brasse pour bien mélanger. Ensuite, j’en fourre de pleines poignées dans ma cardeuse, en tournant un peu trop vite pour qu’elle n’ait pas le temps de bien étirer les fibres. Cela va s’emmêler et faire des paquets : parfait, cela permet d’obtenir de superbes effets de texture.

Si on n’a pas de cardeuse, on peut tout de même bénéficier du côté “salade de fruits” en filant simplement les fibres telles qu’on les pêche – attention, sans regarder ! sinon on ne peut pas s’empêcher de choisir – dans le saladier. Après, la façon de filer, c’est au choix, mais je trouve que cela rend bien en core-spinning.

écheveau mérinos filé main au rouet artisanal

Pour ma part, finalement, je n’ai pas choisi le core-spinning : après avoir sélectionné une douzaine de coloris de mérinos dans des tons fruités et les avoir déchirés en petits morceaux, j’ai renoncé au cardage et je les ai attrapés au hasard – sans regarder… – dans le saladier pour les filer tout simplement les uns après les autres. J’ai fait un retors navajo pour conserver les portions de couleur dont les contrastes vitaminés me plaisaient plus qu’un mélange de tons. Il faisait si gris ! Le temps était si maussade, et les étals du marché aussi ! Je voulais mes fruits en morceaux plutôt qu’en compote… 🙂