Le retour de l’octaédrier !

calendrier de l'avent octaédrier filage origami

Je suis obligée de l’avouer, c’est devenu une vraie légende dans la famille, mon octaédrier.

Un calendrier de l’avent qui dure non pas 24 jours, mais plusieurs années, avouons que ce n’est pas banal !

Mais ils me connaissent, ils savent que j’ai tendance à inventer mille projets à la seconde et à en démarrer presque tous les jours, et ils avaient bien deviné que je ne pourrais pas tenir les délais – surtout pendant un des mois les plus chargés de l’année, où je m’investis à la fois dans les joyeuses fêtes à fêter en famille, et dans le marché de Noël de ma ville, où je suis à la fois exposante et organisatrice. Bref, d’après eux, je ne suis même pas capable de me tenir au simple fait de manger un chocolat par jour, alors filer une poignée de fibres au fuseau…

Mais revenons au début de l’aventure : dès janvier 2018, je présentais aux lectrices et lecteurs de ce blog mon idée d’un calendrier de l’avent que l’on prépare au début de l’année pour le savourer 12 mois plus tard. Je l’ai baptisé “octaédrier” parce que j’avais glissé des poignées de fibres à filer dans des boîtes en origami en forme d’octaèdres.

Au début, ça s’est bien passé : j’ai confectionné assez rapidement les 24 petites boîtes et je les ai garnies chaque jour d’une poignée de fibres piquées dans mes stocks, ou parfois offertes par des copines fileuses amusées par cette aventure. Et comme prévu, je les ai toutes empilées dans un sac en papier en attendant l’hiver, tel un écureuil ses noisettes. Mais, déjà, je me réservais sans le savoir un piège à moi-même : d’un jour à l’autre, je bourrais mes petites boîtes de plus en plus… ah là là… ma gourmandise, vraiment, me perdra un jour.

En me relisant, je vois que j’avais prévu de faire un post récapitulatif de tous mes “remplissages d’octaèdre” au mois de juin, mais on dirait bien qu’il est “passé à l’as”, comme disait ma grand-mère. Si cela vous amuse, vous pouvez les revoir sur mon compte Instagram avec le hashtag #octaédrier.

Toutefois, fin novembre, j’étais fidèle au poste pour transformer toutes ces petites boîtes en un véritable calendrier de l’avent, en les suspendant à un cadre à tapisserie qui est toujours accroché à l’un des murs de mon atelier. Et le 1er décembre, je vous garantis que j’étais bien à l’heure pour cueillir le premier “fruit” (il suffisait de tirer sur le fil, qui se cassait assez facilement) et commencer à filer.

Comme c’était une très petite quantité de fibres, il me paraissait normal de les filer sur un tout petit fuseau. Mais là, je me tendais sans le savoir un second piège : sur un petit fuseau, j’ai l’habitude de filer plutôt fin. Ça n’en finissait pas. Impossible de tout faire en une journée – que dis-je ? En une soirée. Vous savez, ce petit moment où tout le monde est couché et où on peut enfin s’offrir du temps pour soi, après la journée de travail, les corvées domestiques et les rigolades en famille ou entre copains.

Bref, ça a dérapé assez vite, je ne pouvais pas suivre le rythme. Les jolis “fruits” sont restés suspendus une partie de l’année 2019… J’étais prise par une myriade d’autres projets, tous aussi alléchants… J’ai été inconstante… En juillet 2019 (elle est passée où, cette année 2019 ? aucune idée !!), j’ai décroché ce qui restait – quasiment la moitié, honte ! – et j’ai tout fourré dans un sac pour y travailler pendant mes vacances. Et je n’y ai pas touché. J’avais emmené aussi d’autres choses à filer, qui sont passées devant ! Honte, honte ! (Je ne sais pas résister à une “Rose des vents”…)

En décembre 2019, un peu échaudée, j’ai laissé tomber l’idée du calendrier : j’étais à fond dans ma nouvelle collection d’écharpes, les “Sismogrammes”, j’ai adoré faire ça, c’était presque hypnotique. Et ensuite, j’ai tenu absolument à terminer mes écheveaux du “Thème du mois” du forum Tricotin, sur lesquels j’avais également trouvé le moyen de prendre du retard. Toujours quelque chose à faire, quoi !

Puis 2020 est arrivé. Quand les événements que vous savez se sont déroulés et que je suis entrée en confinement avec ma petite famille, j’ai dû mettre de côté la plus grosse partie de mes moments créatifs en matière de tissage et de filage, car mon atelier s’était transformé en bureau pour divers membres de la tribu, dont moi-même. C’était une chance que nous puissions tous continuer nos activités professionnelles et estudiantines, mais c’était quand même aussi un crève-cœur, d’une certaine manière. Et là, j’ai retrouvé ce plaisir de filage si simple, si facile à prendre et à laisser, si peu encombrant : mon petit fuseau, et mes octaèdres pleins de délicieuses fibres préparées par moi-même pour un futur que, en 2018, je n’imaginais pas si sombre.

Avant la fin du confinement, tout était filé, et j’étais en possession de 26 adorables petites “tortues” de fil plutôt fin. Pourquoi 26 et pas 24 ? Parce que dans deux de mes octaèdres, j’avais mis deux poignées de fibres différentes, et au final je n’ai pas eu envie de mélanger les couleurs.

calendrier de l'avent octaédrier filage origami

J’ai été ravie de terminer enfin cet octaédrier. J’adore arriver au bout d’un projet, même si je suis parfois capable de mettre des années à le faire.

Mais, soyons honnête, je n’étais pas vraiment au bout… Donc mon esprit joueur a chaussé à nouveau ses bottes de sept lieues, et j’ai préparé mon octaédrier de Noël 2020.

Je vous défends de rire !

En fait, si, riez tant que vous voudrez, on en a tous bien besoin en ces temps difficiles 🙂

Toutes ces petites “tortues” devaient maintenant être retordues… Je n’utilise que très rarement des fils monobrin… Donc, j’ai préparé un nouvel octaédrier. Je conserve le nom, mais je n’ai pas eu envie de refaire 24 octaèdres, j’aime la nouveauté ! J’ai trouvé sur le blog L’Atelier des gourdes le patron d’une adorable petite boîte en forme d’étoile. J’en ai confectionné 24 en trois tailles différentes (vous vous souvenez ? j’avais de plus en plus de fibres, donc des “tortues” de plus en plus grosses), j’ai glissé mes “tortues” dedans et elles me semblaient si mignonnes que je n’ai pas eu envie d’attendre la fin novembre pour les suspendre à mon mur.

Cette fois, j’ai confectionné les étoiles en papier blanc (un grammage supérieur au papier machine ordinaire, peut-être du 120 g/m2), je les ai suspendues à mon cadre à tapisserie puis j’ai peint les chiffres dessus au pinceau.

Serai-je capable, cet hiver, de respecter les dates et de retordre une “tortue” par jour ? Ma foi, l’avenir nous le dira, je n’ose plus prendre de paris !!! 😀

calendrier de l'avent octaédrier filage origami
calendrier de l'avent octaédrier filage origami

Kilt, laine et métal

kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal

Je ne crois pas qu’il ait une goutte de sang écossais dans les veines, mais mon fiston porte le kilt.

Au début, c’était essentiellement pour suivre son papa en concert, où les métalleux enfilent volontiers la jupe et, s’ils ne le font pas, se montrent extrêmement tolérants en matière de look. J’ajoute qu’ils sont aussi très protecteurs envers les bouts de chou, si bien que je n’ai aucune inquiétude (ou presque, une maman n’est jamais 100% zen) à laisser filer ma petite ablette jusqu’à la barrière de sécurité dans un concert d’Airbourne ou de Queensrÿche, sachant qu’il sera pris en charge par de charmantes dames elles-mêmes secondées par des gros costauds, et qu’il a même toutes les chances du monde de rafler des médiators et des baguettes de batterie… voire de monter sur scène…

Bref, le kilt est de mise pour les concerts, mais pas seulement. Par exemple, quand nous allons au pub spinning déguster un super fish & ships, le kilt est de rigueur. Et puis finalement, il s’est décidé à le porter au collège où le physio (hem, le portier) a fortement haussé les sourcils mais n’a pas trouvé dans son cher règlement l’alinéa interdisant à un garçon d’aller étudier en jupe.

Sauf qu’il y a des saisons où porter la jupe, même si on n’a pas de sang de highlander et qu’on met un caleçon, ça fait froid aux papattes.

J’avais depuis longtemps promis une paire de guêtres bien chaudes et assorties à son tartan violet, bleu foncé, noir et blanc signé Heritage of Scotland (ma chère). Avec le confinement, impossible d’arguer que je n’avais pas le temps, il fallait s’atteler au projet.

J’ai commencé par faire un écheveau dans ces tons-là avec un mélange cardé de mérinos et soie colorés que j’avais en stock, mais je devais moi-même avouer qu’on n’y était pas tout à fait et Fiston a beau être très poli, il a la sale habitude d’être honnête. Bref, je devais revoir ma copie et me montrer un peu plus exigeante.

Du coup, je suis passée en mode teinture et, au bout de quelques étapes de surteinture (en matière de couleur, il faut toujours s’approcher à très petits pas de son objectif…), j’ai mis la main exactement sur le violet et le bleu qu’il me fallait. Il ne restait plus qu’à ajouter du noir et de la soie maulbère blanche (re-ma chère), à sortir la planche à rolags, et pouf !

Au moment de faire les rolags, toutefois, un instant de réflexion. Je voulais retrouver le motif du tartan, mais je ne voulais pas de rayures franches non plus. Du coup, j’ai fait la moitié des rolags (pour le premier brin) en alternant franchement les coloris, et l’autre (pour le second) en les mélangeant de manière plus fondue. Je comptais sur un fil qui allait changer de couleur selon les rayures du tartan, mais pas de manière trop tranchée.

kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal
kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal
kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal

L’écheveau était doux et moelleux, mais difficile de dire en le voyant si j’allais obtenir le tricot que j’avais en vue… et en matière de filage, rien n’est sûr avant la toute fin de l’ouvrage. Je me suis donc précipitée sur mes aiguilles pour réaliser les guêtres. Patron facile à imaginer : ce ne sont que deux tubes de tricot circulaire en côtes 2/2.

Je suis satisfaite du résultat, et Fiston est ravi, il paraît qu’elles sont très, très confortables.

kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal
kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal

Mais je n’avais pas terminé ma tâche : pour ses rangers en cuir de concert (indispensable si vous ne voulez pas vous faire écrabouiller les arpions pendant un “wall of death”), qu’il a dénichés l’été dernier sur une brocante… sans lacets, il fallait quelques mètres d’un beau cordon. Justement, je viens de me mettre au kumihimo ! Il me restait un peu de fibres violettes, j’ai donc filé vite fait quelques mètres de violet et autant de noir, et j’ai réalisé cette “tresse creuse” à huit brins. Les bouts en plastique ? Quelques centimètres de gaine d’électricien thermorétractable et un coup de chaud, hop !

Il me reste un peu de fil : pour des guêtres assez longues, qu’on peut retrousser, 135 g de fil ont suffi et j’en avais fait 200 par précaution. Je réfléchis à faire de gros pompons en laine pour customiser son casque de concert (indispensable pour protéger ses jeunes tympans), mais je ne sais pas trop si je pourrai aller jusque-là… 😀

kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal

Du cachemire pour le PLAISIR

filage artisanal au rouet cachemire alpacone

Suite au ralentissement des visites, j’ai constaté que le thème du mois que je proposais sur le forum Tricotin n’éveillait plus beaucoup d’intérêt, et j’avoue que cela ne m’a pas motivée moi-même à y participer. J’ai réussi ces derniers mois à montrer mon travail pour les derniers thèmes, mais il est clair qu’il était temps que cela s’arrête. Pas d’inquiétude : je reste sur le forum pour le modérer et surtout pour répondre à vos questions. Mais pour le moment, je ne proposerai plus de thèmes.

Toutefois, je n’aime pas trop les choses en suspens et, avec beaucoup de retard, j’ai décidé de proposer aux fileuses et fileurs du forum un ultime thème de filage pour boucler l’année 2019. Il faut dire que, en cette période de confinement, je suis bien obligée de m’attaquer aux choses qui traînent : je n’ai plus d’excuses pour procrastiner.

Toutefois, toujours à cause de ce confinement, je voulais aussi faire passer ce message : FAITES-VOUS PLAISIR.

Au cours de l’année écoulée, j’ai lu beaucoup de messages sur les réseaux sociaux faisant part d’un certain désenchantement vis-à-vis de la professionnalisation de nos beaux arts du filage, de la teinture et du travail des fibres en général. C’est un souci qui ne touche pas que la France : même au-delà des frontières, dans des pays où le filage (tissage, teinture, etc.) est plus répandu, où il existe des associations étendues, des guildes, il est tout de même très, très compliqué d’en vivre. Voire d’espérer en vivre. Cela pose une question qui s’étend bien plus loin que le seul domaine textile : peut-on, et/ou doit-on, demander à notre passion de nous faire vivre ? Elizabeth Gilbert, dans l’ouvrage Comme par magie (ou Big Magic, en anglais), dont Flore, la fondatrice de ce forum, m’a conseillé la lecture il y a quelques années, essaie d’y répondre, et j’ai apprécié son point de vue très humble.

Quels que soient nos enjeux, nous subissons tous des déceptions dans notre parcours d’apprentissage et de création. L’image est éculée, mais je suis tentée de conseiller à chaque personne tombée de bicyclette – ou de rouet – de remonter dessus… et d’essayer de repartir toujours non pas de zéro, mais de l’essentiel : le plaisir.

Car, non, au XXIe siècle, nous ne sommes pas obligés de filer pour vivre ou pour vêtir notre famille ! Nous avons cette grande chance : nous avons le droit le filer pour le plaisir. Donc, je vous en conjure, ne boudez pas votre plaisir, et surtout, ne l’oubliez pas, ce plaisir.

En cette période de crise et de confinement, il est plus temps que jamais de plonger vers ce qui nous réjouit le plus. Pour ma part, cela a été de prendre dans mon tiroir à trésors un sac que j’y avais glissé il y a très peu de temps : du cachemire très doux, d’une couleur naturelle adorable, sorte de caramel bien dilué de crème fleurette, que j’ai acheté lors de la Fête de la Laine de Malakoff 2020 auprès d’exposants italiens fort talentueux, Alpacone. Je vous l’avoue : ce n’était pas donné. Normal, pour du cachemire. Mais quand j’expose sur un marché, j’investis souvent mes bénéfices chez mes voisins de stand, c’est comme ça. Et là, il faisait si beau, j’étais entourée de magnifiques œuvres textiles qui me transportaient de joie… je me suis prise pour une star et je me suis dit que je le valais bien. Que je le valais largement.

filage artisanal au rouet cachemire alpacone

Vraiment, je ne regrette pas mes sous. J’ai pris à filer ces fibres un plaisir incommensurable.

C’est clair, elles “réclamaient” d’être filées en long draw. Vous la connaissez peut-être, cette petite voix des fibres qui vous chantonne avec autorité ce qu’elles veulent qu’on en fasse. Des fibres relativement courtes, extrêmement fines, plutôt glissantes, impossible d’essayer d’en faire autre chose : elles se seraient sans doute vengées 😉

D’habitude, je réserve mon Little Gem aux déplacements, notamment au pub spinning, car je trouve l’Aura plus facile à régler. Mais là, j’avais besoin d’aller vraiment très vite, et le plus petit rapport de la toute petite poulie haute vitesse, c’est ce qu’il me fallait (vu la quantité, je n’avais pas la patience d’utiliser les petits fuseaux de ma charkha, qui aurait sans doute offert le meilleur rapport). Je n’ai d’ailleurs eu aucun souci à régler le frein.

J’ai donc filé en long draw, assez fin, car les fibres glissaient les unes contre les autres et ne demandaient que ça. J’ai fait un retors à deux brins tout simple. Tout de même, j’ai suivi le conseil proposé par Judith Mackenzie dans son ouvrage The Practical Spinner’s Guide : Rare Luxury Fibers : filer avec peu de torsion, retordre avec beaucoup. J’ai obtenu un fil de départ très fin, avec un fil d’arrivée dodu et très moelleux. Pour celles et ceux qui aiment les chiffres : le filage a duré 18 h 30, le retors 7 h ; l’écheveau pèse 225 g et mesurait 950 m après retors, 947 m (soit presque pas de perte !) après blocage et trois ou quatre “claquages” contre un mur.

Ce long moment de long draw a représenté l’opportunité parfaite de perfectionner ce geste parfois difficile à maîtriser. Je le répète, les fibres s’y prêtaient magnifiquement.

J’envisage une moelleuse étole crochetée en star stitch (point marguerite). Et je m’engage solennellement à venir partager une photo dès que j’aurai fait mon échantillon 😉

filage artisanal au rouet cachemire alpacone

Salade de fruits

écheveau mérinos filé main au rouet artisanal

Je devrais détester l’été parce que je crains la chaleur, et que cette saison gorgée de soleil m’oblige à ranger mes pulls. Oui, mais l’été se fait pardonner avec ses beaux fruits : melons, fraises, cerises, pêches et l’incontournable pastèque dont je pourrais me rendre malade si mon organisme n’y était pas si bien habitué. En automne, c’est autre chose, je me régale surtout les yeux : les arbres du parc se parent de leurs plus belles couleurs et dès que je mets un pied dehors, j’admire de belles écharpes, des châles envoûtants, de jolis pulls… sans compter que je peux ressortir les miens. C’est la saison rêvée pour la laine ! Côtés fruits, en revanche, c’est un peu le désert.

Je compense avec mon dessert préféré, la salade de fruits. Pierre Hermé fournit une recette que j’ai un peu simplifiée (il met trop d’ingrédients à mon goût) et que je trouve délicieuse. Il y a de l’orange, du pamplemousse et du citron vert (seulement les suprêmes, hein ! ça prend du temps à préparer mais ça vaut le coup), ainsi que des petits cubes de mangue, le tout nappé d’un sirop parfumé au gingembre, à la vanille, à la badiane et au poivre, avec quelques zestes d’agrumes. Essayez, vous m’en direz des nouvelles.

Sur le forum Tricotin, section “Thème du mois”, j’ai demandé aux fileuses et fileurs si, à leur rouet ou leur fuseau préféré, ils en offraient, de la salade de fruits : “Oui, je vous parle de filage, là. Je parie que vous aviez oublié qu’on n’est pas sur un forum gastronomique… non non non, Supertoinette, c’est à côté, les gars !”

Pour filer une “salade de fruits”, je pioche des couleurs de saison – soit celles que m’inspire la saison, soit celles qui me plaisent le plus à ce moment-là – en diverses matières dans mon stock, et je sépare les mèches ou la toison en petits morceaux, à peine plus gros que la longueur de la fibre. Je balance tout ça dans un gros saladier et je brasse pour bien mélanger. Ensuite, j’en fourre de pleines poignées dans ma cardeuse, en tournant un peu trop vite pour qu’elle n’ait pas le temps de bien étirer les fibres. Cela va s’emmêler et faire des paquets : parfait, cela permet d’obtenir de superbes effets de texture.

Si on n’a pas de cardeuse, on peut tout de même bénéficier du côté “salade de fruits” en filant simplement les fibres telles qu’on les pêche – attention, sans regarder ! sinon on ne peut pas s’empêcher de choisir – dans le saladier. Après, la façon de filer, c’est au choix, mais je trouve que cela rend bien en core-spinning.

écheveau mérinos filé main au rouet artisanal

Pour ma part, finalement, je n’ai pas choisi le core-spinning : après avoir sélectionné une douzaine de coloris de mérinos dans des tons fruités et les avoir déchirés en petits morceaux, j’ai renoncé au cardage et je les ai attrapés au hasard – sans regarder… – dans le saladier pour les filer tout simplement les uns après les autres. J’ai fait un retors navajo pour conserver les portions de couleur dont les contrastes vitaminés me plaisaient plus qu’un mélange de tons. Il faisait si gris ! Le temps était si maussade, et les étals du marché aussi ! Je voulais mes fruits en morceaux plutôt qu’en compote… 🙂

Galapagos

filage artisanal teinture de la laine

En octobre 2019 (oui, on remonte dans le temps !), j’ai proposé comme thème de filage aux fileuses et fileurs du forum Tricotin “Qu’importe le flacon”. En ces termes, je leur proposais de sortir leur flacon de teinture préférée – éventuellement de raconter pourquoi ils aimaient ce coloris, cette marque – et de montrer ce qu’ils en faisaient… peut-être allaient-ils teindre différents types de fibres et comparer les résultats ? Bien sûr, cela valait pour tous les contenants, y compris pots et sachets !

Pour ma part, j’ai bel et bien choisi un flacon : mon coloris préféré de peinture pour soie Dupont, le “Vert mode”, un bleu-vert qui fait rêver aux mers du Sud. Les teintures liquides sont tellement pratiques ! Cela m’intéressait de voir comment différentes fibres allaient accepter les pigments. J’ai donc pioché dans mes stocks quelques poignées de mes fibres préférées. Sur la photo, en partant du haut à gauche et en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre : alpaga, angora, bébé chameau, bourrette de soie, toison de mérinos Maco, bébé mohair et soie tussah.

Dans la teinture, le mouillage est capital, surtout quand on va teindre par trempage. j’ai donc mis mes fibres à tremper la veille, avec quelques gouttes de liquide vaisselle comme “agent mouillant”, en insistant bien sur les fibres à travers lesquelles l’eau voyage le plus mal : l’angora et la soie. La bourrette notamment doit être bien déchirée avec les doigts, sinon elle est trop tassée pour accepter l’eau correctement – et là où l’eau ne va pas, la teinture n’ira pas non plus. Comme ces fibres-là ne feutrent pas, il ne faut pas hésiter à les pétrir pour que l’eau atteigne le cœur des fibres.

Je les ai ensuite teintes séparément dans ma cocotte, en donnant à chacune la même dose de teinture, soit environ 2 ml par tranche de 10 g de fibres. Vers la fin de la teinture, elles ont toutes eu droit à une giclée de vinaigre blanc, et je les ai laissées dans l’eau qui refroidissait tranquillement jusqu’à ce que cette eau soit bien transparente.

Sur la deuxième photo, elles sont disposées dans le même ordre. La qualité n’est pas bonne, mais en fait elles n’ont pas la même intensité. Le bébé chameau est le grand gagnant, c’est lui qui a atteint la teinte la plus foncée (mais il était aussi plus foncé au départ). Contrairement à mes expériences antérieures, l’angora a bien pris la teinture, c’est donc vraiment un problème de “mouillage”. Le mohair aussi a une belle teinte profonde, ainsi que la soie tussah.

filage artisanal teinture de la laine

Après séchage des fibres, bien étalées sur un séchoir à pull, je suis passée au cardage et j’ai obtenu de grosses nappes aériennes comme des nuages que j’ai eu grand plaisir à filer.

filage artisanal teinture de la laine

Pour garder le côté très aéré et mousseux de ces fibres très différentes mélangées intimement, j’ai choisi le filage long draw, puis un  retors à deux brins pour que le fil soit solide tout en étant assez peu tordu pour rester léger, plein d’air (et donc de chaleur quand il sera tricoté ou tissé). Compte tenu de l’effet gonflant du fil, il a fallu sortir la “grosse bobine” de l’Aura, car il n’aurait pas tenu sur une simple bobine jumbo.

Et voilà mon “Galapagos” ! Un beau pépère de 250 g et presque 500 m qui s’apprête à fanfaronner sans vergogne à la Fête de la Laine de Malakoff

filage artisanal teinture de la laine
filage artisanal teinture de la laine

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu

swaledale filé rouet filage artisanal

C’est la prédiction que j’ai faite début septembre aux fileuses et fileurs du forum Tricotin : “Dans ma boule de cristal, je vois… je vois… que vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu !” Beau programme, n’est-ce pas ? On peut voir ou revoir sans hésiter ce film de Woody Allen servi par une très bonne distribution, tranquillement installé(e) devant un rouet, pour filer… eh bien, ce fameux inconnu ! L’exercice que je leur proposais le mois dernier était en effet tout simple : découvrir une fibre qu’ils n’avaient encore jamais filée. Peut-être une fibre végétale inhabituelle, ou tout simplement une variété de mouton à laquelle on ne s’était encore jamais frotté : il y en a tellement !

La nouveauté n’a hélas pas beaucoup inspiré les participants au “Thème du mois”… Moi si. Je me suis dit qu’il était temps de sortir des sentiers battus. Et puis, on ne tisse pas que des écharpes dans la vie.

Il était dans mes tiroirs depuis quelques mois, ce petit sachet de swaledale. Ce mouton rustique des montagnes du Yorkshire a une bouille rigolote et le gris délicat des fibres m’a séduite. Mais il ne faut pas se mentir : même si la mode est au rustique, pas question de confectionner des vêtements avec ce type de fil qui pique quelle que soit la manière dont on le file (j’ai peu tordu mes fibres pour éviter que le fil soit trop rêche, mais il n’y a pas de miracle). La grosseur moyenne des fibres est tout de même de 35 à 45 microns… Et en Angleterre, on l’utilise plutôt pour des tapis, l’intérêt des swaledale étant surtout leur viande. Je pense que mon écheveau, trop gros pour un tapis (quoique ?), deviendra un sac solide à emmener partout… à suivre !

swaledale filé rouet filage artisanal

Baby Surprise Jacket

BSJ baby surprise jacket filage fractal rouet

Cela faisait longtemps que j’avais envie de tricoter le Baby Surprise Jacket d’Elizabeth Zimmermann ! J’étais sûre que c’était un modèle parfaitement adapté à la singularité des fils filés à la main… Je n’attendais plus que l’occasion, qui m’a été fournie par une petite June récemment débarquée sur Terre.

J’ai aussitôt teint 100 g de mérinos superwash (oui ! je le sais que ce n’est pas la fibre idéale ! mais les jeunes mamans non fileuses ont le droit de préférer les vêtements qui se lavent plus facilement… Enrico, ne me fais pas les gros yeux, je t’en prie) avec des couleurs un peu acidulées, et j’ai filé cette mèche en “fractal”, un peu plus fin que les écheveaux que je réalise d’habitude selon cette méthode.

BSJ baby surprise jacket filage fractal rouet
BSJ baby surprise jacket filage fractal rouet
BSJ baby surprise jacket filage fractal rouet

J’ai pris un énorme plaisir à tricoter cette petite brassière toute d’une pièce. Le modèle est facile et amusant, le style d’Elizabeth Zimmermann et savoureux et, comme je m’en doutais, celui que l’on appelle familièrement le BSJ met très bien en valeur les changements de teinte des fils réalisés à partir de mèches teintes. Oui, je me suis régalée ! J’espère qu’il plaira tout autant à la petite June et à ses parents.

BSJ baby surprise jacket filage fractal rouet

Des vacances, ou des vacances ?

écheveau filé main artisanal rouet dégradé

Beaucoup de Français prennent quelques jours ou semaines de pause en juillet et août… et voici la question que j’ai posée en juillet aux fileuses et fileurs du forum Tricotin : pour vous, s’agira-t-il de vacances par rapport au filage que vous oublierez un temps au profit d’autres distractions – par exemple si vous n’aimez pas que la laine vous colle aux doigts – ou, au contraire, avez-vous la ferme intention de profiter de vos loisirs pour filer le plus possible ? Avez-vous un programme défini genre Tour de Fleece ou pensez-vous filer au petit bonheur la chance ? Si vous ne prévoyez aucun répit côté boulot, allez-vous considérer quelques moments de filage chipés en douce comme des mini-congés ? Fibresques ou pas, venez raconter vos projets de vacances !

C’est la fin des vacances, il est temps d’en parler avec nostalgie…

Mes vacances à moi ont commencé avec un peu de frustration : pas question de participer au Tour de Fleece, comme j’avais pu le faire au cours des années précédentes, parce que j’avais trop à faire pour me préparer un projet couvrant trois semaines de pédalage. Mais je savais très bien que trois sublimes nappes dégradées signées Midian m’attendaient dans mon tiroir à trésors. Je les gardais de côté pour un projet de tissage spécial, et là, j’avais bon espoir (mais tout le monde sait que “si tu veux faire sourire Dieu, fais un projet… et si tu veux le faire rire, fais-en deux”) de pouvoir enfin lancer cette nouvelle collection d’écharpes pour l’hiver 2019. Donc je les ai emballées avec soin, j’ai calculé le nombre de bobines nécessaires, j’ai ajouté le rouet indispensable à l’équation et mon Prince Charmant n’avait plus qu’à caser tout ça dans la voiture familiale pour le départ vers un gîte accueillant de vacances, c’est-à-dire un endroit où je n’aie pas l’impression, à chaque fois que je pose les yeux sur le moindre objet, qu’il faut ranger-laver-réparer-remplacer-optimiser ou autre. Oui, c’est ça, des vacances : se poser avec son rouet et filer des nappes de Midian, soigneusement déchirées en bandes fines pour bien respecter le dégradé.

écheveau filé main artisanal rouet dégradé

Une fois de retour à la maison, j’aurais adoré mettre tout de suite ces écheveaux sur le métier, mais les impératifs de rentrée en avaient décidé autrement ! Je ronge mon frein en attendant de pouvoir enfin m’y mettre…

Sous couverture

couverture tissée à la main fil filé au rouet

En matière de tissage comme de filage ou de tricot, j’aime varier les plaisirs, et surtout l’investissement que nécessitent les ouvrages. Par exemple, je ne passe pas autant de temps sur une paire de mitaines ou de chaussettes en fil teint à la main que sur un pull entièrement réalisé en filé main. De la même manière, s’il m’arrive parfois de terminer une petite besace tissée en une journée, il m’a fallu des mois pour achever cette couverture.

couverture tissée à la main fil filé au rouet

D’abord, le filage : je sais que certains amis que j’aime tendrement vont hurler, mais j’ai choisi le mérinos superwash. Comme je dors généralement peu habillée, je ne voulais pas qu’elle gratte. Et je n’envisageais pas de laver à la main un objet en laine de plus de 2 kilos. Savez-vous que la laine, une fois gorgée d’eau, pèse 10 fois son poids ? Eh bien, manipuler 20 kilos de laine mouillée dans ma baignoire, le dos cassé, très peu pour moi.

couverture tissée à la main fil filé au rouet

J’ai filé et tissé au fur et à mesure pour que l’expérience ne soit pas trop monotone. En effet, il me fallait près de 2,50 mètres en largeur comme en longueur et je ne pouvais pas faire cela tout d’une pièce, surtout pas sur mon métier à peigne envergeur de 70 centimètres de large ! Cette couverture est donc un excellent exemple de ce que l’on peut obtenir en assemblant plusieurs pièces tissées. En tout, j’ai tissé quatre bandes d’environ 2,50 mètres de long ; je commençais par filer 3 écheveaux de 200 grammes (heureusement, le fil était assez gros : environ 1 500 m/kg), je tissais une bande (avec un peigne de 20/10 : je ne voulais absolument pas que le tissu soit tassé), puis je me remettais à filer, etc.

couverture tissée à la main fil filé au rouet
couverture tissée à la main fil filé au rouet
couverture tissée à la main fil filé au rouet

Voici quelques chiffres pour vous donner une idée du parcours qui m’a menée au résultat final…

  • En tout, j’ai filé 11 écheveaux d’environ 200 g chacun, plus un petit rab pour achever l’assemblage. Cela m’a pris plus de 75 heures !
  • J’ai tissé pendant environ 25 heures.
  • L’assemblage des morceaux, réalisé au crochet, a pris environ 5 heures.
  • Au final, cette couverture pèse à peu près 2,2 kilos.
couverture tissée à la main fil filé au rouet
couverture tissée à la main fil filé au rouet

Nous l’utilisons depuis plusieurs semaines et c’est un vrai bonheur. J’ai voulu un tissage très aéré, elle est donc malgré tout légère, et chaude juste ce qu’il faut. Elle est assez élastique, ce qui n’est pas désagréable quand on la partage. Enfin, elle est extrêmement douce, une vraie caresse, et elle dégage un très discret parfum de laine que j’adore (et je ne suis pas la seule).

Si vous êtes tenté de vous lancer dans l’aventure, je crois que vous avez toutes les données nécessaires 🙂

Qu’est-ce qu’une “Filette” ?

Filette pour filer avec une machine à coudre

Mais non, pas une “fillette”… une Filette !

Filette pour filer avec une machine à coudre

Hier mon amie Chantal a partagé sur Facebook la photo d’une jolie machine à coudre Singer ancienne que ses enfants lui ont offerte, et qu’elle est en train de remettre en état.

Coïncidence, je m’apprêtais justement à vous montrer un accessoire de filage que j’ai déniché dans une brocante, lors de mes vacances, et que mon petit mari a voulu m’offrir, bien que je ne possède plus de machine du genre de la Singer de Chantal pour pouvoir l’utiliser. Le vendeur ne savait pas trop à quoi servait cette Filette, il savait seulement que c’était destiné à être utilisé par le biais de la pédale d’une machine à coudre.

Filette pour filer avec une machine à coudre
Filette pour filer avec une machine à coudre

Que ce soit sur les forums ou sur Facebook, j’ai vu passer beaucoup de bricolages destinés à entraîner un outil à filer en utilisant le système d’entraînement d’une machine à coudre ou d’un autre type d’outil. Alors quand j’ai découvert cette Filette, je me suis dit que des photos détaillées inspireraient peut-être des personnes à la recherche de ce type d’adaptation.

Filette pour filer avec une machine à coudre
Filette pour filer avec une machine à coudre
Filette pour filer avec une machine à coudre

Cette Filette a dû être tendrement aimée par sa ou son propriétaire, en témoigne ce minuscule cœur dessiné à l’encre rouge sur l’épinglier…

Filette pour filer avec une machine à coudre