Jeux en famille

plateau de jeu yams yahtzee feutre artisanal diy

En ces temps de confinement, nous avons beaucoup joué, tous les quatre. Les exigences du télétravail et des télé-études faisaient que, dans la journée, nous avions tendance à nous enfermer chacun dans une pièce pour nous concentrer sur nos tâches, et une fois les corvées quotidiennes achevées, rien de tel qu’un apéro ludique pour relâcher la pression.

L’occupation première a été un grand tournoi de canasta (certes, à quatre, les équipes n’étaient pas très variées : les grands contre les petits, les filles contre les garçons ou les jeunes contre les vieux). C’est un jeu assez peu connu en France, mais j’ai des souvenirs émus de soirées familiales très animées partagées avec mes parents, frères et sœurs quand j’étais gamine. Lorsqu’on est assez nombreux, il se joue par équipes et je peux vous dire que les caractères se révèlent très franchement à cette occasion ! 😀

Lorsque j’ai quitté la maison, mes parents ont eu la gentillesse de me donner les deux jeux de cartes avec lesquels nous jouions ; ils ont plus de quarante ans de bons et loyaux services et présentent l’usure idéale pour construire des châteaux de cartes, mais nous continuons à jouer à la canasta avec. C’est l’occasion de vous montrer un petit bricolage qui remonte à quelques années : avec du carton plume, j’avais fabriqué un support pour ranger les cartes ainsi que les petits carnets et crayons indispensables pour noter les scores. Quelques pense-bêtes sur les règles et les points sont venus en décorer les parois.

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Au moment de changer de jeu pour proposer un peu de variété à ma tribu, j’ai découvert que nous avions perdu notre tapis de dés. Il faut le faire ! On va dire qu’il été rangé avec beaucoup d’inventivité et qu’on le découvrira lors d’une réorganisation de placards, voire carrément d’un déménagement… En même temps, cela tombait bien, j’avais sur un de mes bureaux un petit plateau en bois carré que je n’avais pas eu le courage de jeter (je n’aime pas jeter ! vous le savez bien…), reliquat d’un cadeau gourmand genre chocolats ou pâtes de fruits. Il me fallait juste un petit bout de feutre pour le tapisser (le bruit des dés lancés sans relâche m’agace, surtout quand je ne joue pas parce que je suis en train de travailler dans la pièce d’à côté).

C’était l’occasion de renouer avec le feutrage, que j’ai beaucoup négligé ces dernières années. Les journées sont si courtes !

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Pour l’occasion, inutile de couvrir de plastique, comme je le faisais habituellement, la table familiale, et de toute façon, l’occupation des pièces de l’appartement ne me permet pas actuellement de m’étendre trop pour bricoler (deux mois sans tissage ! merci de m’envoyer toute votre compassion…). Un petit bout de plan de travail dans la cuisine a suffi. Il me fallait un carré de feutre d’environ 25 cm de côté. Je crois que le séchage de ce morceau de falkland feutré (quatre couches, quand même) a pris plus longtemps que sa fabrication, son découpage et son collage sur le petit plateau de bois !

Le résultat est parfait, on n’entend pas du tout les dés qui rebondissent de manière réjouissante. J’ai imprimé quelques grilles, je n’ai plus qu’à inviter mes affreux à apprendre à jouer au yams, en anglais yahtzee, un jeu lui aussi tiré de mes souvenirs de jeunesse 🙂

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Kilt, laine et métal

kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal

Je ne crois pas qu’il ait une goutte de sang écossais dans les veines, mais mon fiston porte le kilt.

Au début, c’était essentiellement pour suivre son papa en concert, où les métalleux enfilent volontiers la jupe et, s’ils ne le font pas, se montrent extrêmement tolérants en matière de look. J’ajoute qu’ils sont aussi très protecteurs envers les bouts de chou, si bien que je n’ai aucune inquiétude (ou presque, une maman n’est jamais 100% zen) à laisser filer ma petite ablette jusqu’à la barrière de sécurité dans un concert d’Airbourne ou de Queensrÿche, sachant qu’il sera pris en charge par de charmantes dames elles-mêmes secondées par des gros costauds, et qu’il a même toutes les chances du monde de rafler des médiators et des baguettes de batterie… voire de monter sur scène…

Bref, le kilt est de mise pour les concerts, mais pas seulement. Par exemple, quand nous allons au pub spinning déguster un super fish & ships, le kilt est de rigueur. Et puis finalement, il s’est décidé à le porter au collège où le physio (hem, le portier) a fortement haussé les sourcils mais n’a pas trouvé dans son cher règlement l’alinéa interdisant à un garçon d’aller étudier en jupe.

Sauf qu’il y a des saisons où porter la jupe, même si on n’a pas de sang de highlander et qu’on met un caleçon, ça fait froid aux papattes.

J’avais depuis longtemps promis une paire de guêtres bien chaudes et assorties à son tartan violet, bleu foncé, noir et blanc signé Heritage of Scotland (ma chère). Avec le confinement, impossible d’arguer que je n’avais pas le temps, il fallait s’atteler au projet.

J’ai commencé par faire un écheveau dans ces tons-là avec un mélange cardé de mérinos et soie colorés que j’avais en stock, mais je devais moi-même avouer qu’on n’y était pas tout à fait et Fiston a beau être très poli, il a la sale habitude d’être honnête. Bref, je devais revoir ma copie et me montrer un peu plus exigeante.

Du coup, je suis passée en mode teinture et, au bout de quelques étapes de surteinture (en matière de couleur, il faut toujours s’approcher à très petits pas de son objectif…), j’ai mis la main exactement sur le violet et le bleu qu’il me fallait. Il ne restait plus qu’à ajouter du noir et de la soie maulbère blanche (re-ma chère), à sortir la planche à rolags, et pouf !

Au moment de faire les rolags, toutefois, un instant de réflexion. Je voulais retrouver le motif du tartan, mais je ne voulais pas de rayures franches non plus. Du coup, j’ai fait la moitié des rolags (pour le premier brin) en alternant franchement les coloris, et l’autre (pour le second) en les mélangeant de manière plus fondue. Je comptais sur un fil qui allait changer de couleur selon les rayures du tartan, mais pas de manière trop tranchée.

kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal
kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal
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L’écheveau était doux et moelleux, mais difficile de dire en le voyant si j’allais obtenir le tricot que j’avais en vue… et en matière de filage, rien n’est sûr avant la toute fin de l’ouvrage. Je me suis donc précipitée sur mes aiguilles pour réaliser les guêtres. Patron facile à imaginer : ce ne sont que deux tubes de tricot circulaire en côtes 2/2.

Je suis satisfaite du résultat, et Fiston est ravi, il paraît qu’elles sont très, très confortables.

kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal
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Mais je n’avais pas terminé ma tâche : pour ses rangers en cuir de concert (indispensable si vous ne voulez pas vous faire écrabouiller les arpions pendant un “wall of death”), qu’il a dénichés l’été dernier sur une brocante… sans lacets, il fallait quelques mètres d’un beau cordon. Justement, je viens de me mettre au kumihimo ! Il me restait un peu de fibres violettes, j’ai donc filé vite fait quelques mètres de violet et autant de noir, et j’ai réalisé cette “tresse creuse” à huit brins. Les bouts en plastique ? Quelques centimètres de gaine d’électricien thermorétractable et un coup de chaud, hop !

Il me reste un peu de fil : pour des guêtres assez longues, qu’on peut retrousser, 135 g de fil ont suffi et j’en avais fait 200 par précaution. Je réfléchis à faire de gros pompons en laine pour customiser son casque de concert (indispensable pour protéger ses jeunes tympans), mais je ne sais pas trop si je pourrai aller jusque-là… 😀

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Salade de fruits

écheveau mérinos filé main au rouet artisanal

Je devrais détester l’été parce que je crains la chaleur, et que cette saison gorgée de soleil m’oblige à ranger mes pulls. Oui, mais l’été se fait pardonner avec ses beaux fruits : melons, fraises, cerises, pêches et l’incontournable pastèque dont je pourrais me rendre malade si mon organisme n’y était pas si bien habitué. En automne, c’est autre chose, je me régale surtout les yeux : les arbres du parc se parent de leurs plus belles couleurs et dès que je mets un pied dehors, j’admire de belles écharpes, des châles envoûtants, de jolis pulls… sans compter que je peux ressortir les miens. C’est la saison rêvée pour la laine ! Côtés fruits, en revanche, c’est un peu le désert.

Je compense avec mon dessert préféré, la salade de fruits. Pierre Hermé fournit une recette que j’ai un peu simplifiée (il met trop d’ingrédients à mon goût) et que je trouve délicieuse. Il y a de l’orange, du pamplemousse et du citron vert (seulement les suprêmes, hein ! ça prend du temps à préparer mais ça vaut le coup), ainsi que des petits cubes de mangue, le tout nappé d’un sirop parfumé au gingembre, à la vanille, à la badiane et au poivre, avec quelques zestes d’agrumes. Essayez, vous m’en direz des nouvelles.

Sur le forum Tricotin, section “Thème du mois”, j’ai demandé aux fileuses et fileurs si, à leur rouet ou leur fuseau préféré, ils en offraient, de la salade de fruits : “Oui, je vous parle de filage, là. Je parie que vous aviez oublié qu’on n’est pas sur un forum gastronomique… non non non, Supertoinette, c’est à côté, les gars !”

Pour filer une “salade de fruits”, je pioche des couleurs de saison – soit celles que m’inspire la saison, soit celles qui me plaisent le plus à ce moment-là – en diverses matières dans mon stock, et je sépare les mèches ou la toison en petits morceaux, à peine plus gros que la longueur de la fibre. Je balance tout ça dans un gros saladier et je brasse pour bien mélanger. Ensuite, j’en fourre de pleines poignées dans ma cardeuse, en tournant un peu trop vite pour qu’elle n’ait pas le temps de bien étirer les fibres. Cela va s’emmêler et faire des paquets : parfait, cela permet d’obtenir de superbes effets de texture.

Si on n’a pas de cardeuse, on peut tout de même bénéficier du côté “salade de fruits” en filant simplement les fibres telles qu’on les pêche – attention, sans regarder ! sinon on ne peut pas s’empêcher de choisir – dans le saladier. Après, la façon de filer, c’est au choix, mais je trouve que cela rend bien en core-spinning.

écheveau mérinos filé main au rouet artisanal

Pour ma part, finalement, je n’ai pas choisi le core-spinning : après avoir sélectionné une douzaine de coloris de mérinos dans des tons fruités et les avoir déchirés en petits morceaux, j’ai renoncé au cardage et je les ai attrapés au hasard – sans regarder… – dans le saladier pour les filer tout simplement les uns après les autres. J’ai fait un retors navajo pour conserver les portions de couleur dont les contrastes vitaminés me plaisaient plus qu’un mélange de tons. Il faisait si gris ! Le temps était si maussade, et les étals du marché aussi ! Je voulais mes fruits en morceaux plutôt qu’en compote… 🙂

Baby Surprise Jacket

BSJ baby surprise jacket filage fractal rouet

Cela faisait longtemps que j’avais envie de tricoter le Baby Surprise Jacket d’Elizabeth Zimmermann ! J’étais sûre que c’était un modèle parfaitement adapté à la singularité des fils filés à la main… Je n’attendais plus que l’occasion, qui m’a été fournie par une petite June récemment débarquée sur Terre.

J’ai aussitôt teint 100 g de mérinos superwash (oui ! je le sais que ce n’est pas la fibre idéale ! mais les jeunes mamans non fileuses ont le droit de préférer les vêtements qui se lavent plus facilement… Enrico, ne me fais pas les gros yeux, je t’en prie) avec des couleurs un peu acidulées, et j’ai filé cette mèche en “fractal”, un peu plus fin que les écheveaux que je réalise d’habitude selon cette méthode.

BSJ baby surprise jacket filage fractal rouet
BSJ baby surprise jacket filage fractal rouet
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J’ai pris un énorme plaisir à tricoter cette petite brassière toute d’une pièce. Le modèle est facile et amusant, le style d’Elizabeth Zimmermann et savoureux et, comme je m’en doutais, celui que l’on appelle familièrement le BSJ met très bien en valeur les changements de teinte des fils réalisés à partir de mèches teintes. Oui, je me suis régalée ! J’espère qu’il plaira tout autant à la petite June et à ses parents.

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Des vacances, ou des vacances ?

écheveau filé main artisanal rouet dégradé

Beaucoup de Français prennent quelques jours ou semaines de pause en juillet et août… et voici la question que j’ai posée en juillet aux fileuses et fileurs du forum Tricotin : pour vous, s’agira-t-il de vacances par rapport au filage que vous oublierez un temps au profit d’autres distractions – par exemple si vous n’aimez pas que la laine vous colle aux doigts – ou, au contraire, avez-vous la ferme intention de profiter de vos loisirs pour filer le plus possible ? Avez-vous un programme défini genre Tour de Fleece ou pensez-vous filer au petit bonheur la chance ? Si vous ne prévoyez aucun répit côté boulot, allez-vous considérer quelques moments de filage chipés en douce comme des mini-congés ? Fibresques ou pas, venez raconter vos projets de vacances !

C’est la fin des vacances, il est temps d’en parler avec nostalgie…

Mes vacances à moi ont commencé avec un peu de frustration : pas question de participer au Tour de Fleece, comme j’avais pu le faire au cours des années précédentes, parce que j’avais trop à faire pour me préparer un projet couvrant trois semaines de pédalage. Mais je savais très bien que trois sublimes nappes dégradées signées Midian m’attendaient dans mon tiroir à trésors. Je les gardais de côté pour un projet de tissage spécial, et là, j’avais bon espoir (mais tout le monde sait que “si tu veux faire sourire Dieu, fais un projet… et si tu veux le faire rire, fais-en deux”) de pouvoir enfin lancer cette nouvelle collection d’écharpes pour l’hiver 2019. Donc je les ai emballées avec soin, j’ai calculé le nombre de bobines nécessaires, j’ai ajouté le rouet indispensable à l’équation et mon Prince Charmant n’avait plus qu’à caser tout ça dans la voiture familiale pour le départ vers un gîte accueillant de vacances, c’est-à-dire un endroit où je n’aie pas l’impression, à chaque fois que je pose les yeux sur le moindre objet, qu’il faut ranger-laver-réparer-remplacer-optimiser ou autre. Oui, c’est ça, des vacances : se poser avec son rouet et filer des nappes de Midian, soigneusement déchirées en bandes fines pour bien respecter le dégradé.

écheveau filé main artisanal rouet dégradé

Une fois de retour à la maison, j’aurais adoré mettre tout de suite ces écheveaux sur le métier, mais les impératifs de rentrée en avaient décidé autrement ! Je ronge mon frein en attendant de pouvoir enfin m’y mettre…

Fêtons la Laine ensemble !

Je ne pouvais pas faire l’impasse sur une manifestation aussi proche de moi, à la fois sur le plan géographique et sur le plan créatif, que la Fête de la Laine organisée ce week-end à Malakoff, en proche banlieue parisienne.
Des exposants talentueux, des ateliers passionnants, un défilé de mode, des petits jeux-concours avec des lots laineux à gagner (comme le ballon que je vous ai montré hier)… Ne résistez pas : si vous êtes dans le coin ce week-end, venez y faire un tour.

Cliquez ici pour connaître :

fête de la laine malakoff 2019

Mouton !

écheveau laine bouclée filée au rouet

C’est toujours symbolique de commencer une nouvelle année, et on peut prendre ce symbolisme de bien des manières. En 2018, en tant que fileuse, je me suis posé des questions sur mes buts, mes désirs, je suis revenue sur mes accomplissements, je me suis interrogée sur les projets que je souhaiterais mener à bien cette année, sur les nouvelles choses que je voudrais apprendre. Je suis bien consciente que, pour progresser, pour être capable de réaliser exactement le type de fil que l’on souhaite, il faut toujours revenir aux bases. Et pour moi, la base du filage, c’est la laine, donc le mouton.

Bien sûr, j’adore filer la soie, l’alpaga, le mohair et bien d’autres matières, mais tout de même, je reviens toujours à la laine. Et comme je lave très peu de toisons – car cela n’est pas facile dans un petit appartement – j’oublie parfois que la laine, c’est le mouton. Donc, en janvier, j’ai proposé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin de revenir au mouton avec un écheveau qui symbolise particulièrement cet animal. Que faire ? Laver une toison ? S’intéresser aux coloris naturels des moutons ? Aux particularités d’une certaine variété de mouton ?

Pour ma part, j’ai eu envie de rendre la texture d’une toison ; je voulais qu’elle soit aussi bouclée et aérienne que le “manteau” fraîchement coupé qu’on lance en l’air pour le déployer et le faire retomber bien à plat sur la table ajourée où les fibres seront triées. Il me fallait donc commencer par travailler avec des jolies boucles… C’était l’occasion de faire connaissance avec une nouvelle race de mouton, et j’ai acquis une centaine de grammes de leicester longwool. Des “locks” déjà lavées et écharpillées (ouf !), mais pas cardées. Ce n’est pas une fibre extrêmement douce, mais elle se prête magnifiquement aux effets de texture !

écheveau laine bouclée filée au rouet écheveau laine bouclée filée au rouet

Bilan d’un marché parisien

filage manuel

Me voici de retour du marché des créateurs des Champs-Élysées, dont j’ai eu parfois l’impression qu’il n’avait de “créateur” que le nom… En effet, le petit “village des créateurs” était noyé dans une grande fête foraine où les gens venaient manger des churros, boire du vin chaud et filmer leurs enfants sur les manèges. Une atmosphère certes “festive”, mais qui ne poussait pas à admirer les créations minutieusement réalisées par les quelques artisans qui n’étaient pas en fait des revendeurs de bricoles.

Parmi ces derniers, j’ai tout de même eu le plaisir de faire la connaissance du sculpteur céramiste Benoist Lagarde (et aussi de faire quelques emplettes, hum ! je ne sais pas résister à un bel émail rouge…).

Et, si parmi les milliers de personnes venues du monde entier qui sont passées devant mon stand durant cette semaine, la plupart n’avaient certainement pas l’esprit à l’artisanat ou à la création, je ne saurais compter combien ont été étonnées ou émues par mon petit rouet qui a pédalé sans relâche, dix heures par jour ou presque. J’ai fait beaucoup de très belles rencontres et je ne saurais remercier assez tous ceux qui m’ont confié une bribe de leur histoire personnelle, évoqué un membre de leur famille, les pratiques d’antan de leur village ou de leur région. Ils m’ont touchée autant qu’ils l’ont été.

Merci donc aux ados qui ont sauté en l’air en jurant que c’était “trop stylé”. Merci aux vieilles dames qui m’ont raconté leurs longues heures de tissage, petite fille, dans un atelier portugais, ou qui ont évoqué la difficulté à redécouvrir le filage par nécessité, pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu’elles étaient adolescentes. Merci à ce monsieur moldave d’une suprême élégance qui a expliqué la fabrication des tapis dans son village, et la fierté avec laquelle les dames qui en étaient chargées acceptaient ou non de vendre leurs créations à telle ou telle personne. Merci à tous ces jeunes hommes fascinés par les roues et les courroies, que leurs amies essayaient d’entraîner à la force de leurs petits poignets vers les stands de bijouterie. Merci au garçon de café qui a mimé pour moi les gestes de sa grand-mère : le cardage et le filage au fuseau. Merci à tous ceux qui ont demandé mon autorisation avant de prendre des photos…

Pendant toutes ces rencontres enrichissantes, si mon cerveau était aux prises avec un anglais un poil rouillé à l’oral et des notions d’espagnol franchement décaties, mes mains et mes pieds, eux, ne chômaient pas ! Voici, en chiffres, les quatre écheveaux filés au cours de ces belles journées (j’ai réalisé les retors chez moi, en rentrant, et je vous donne là le temps total passé sur chaque écheveau) :

– laine et soie : 478 m pour 126 g, 12 heures de filage ;

– mawatas de soie : 1 408 m pour 123 g, 37 heures de filage ;

– laine et soie : 587 m pour 128 g, 16 heures de filage ;

– mérinos superwash : 160 m pour 102 g, 4 heures de filage.

J’ai tout filé en blanc car c’est plus visible lorsqu’on fait une démonstration, mais rien ne m’empêchera de me livrer à quelques exercices de teinture… L’écheveau de mawatas est déjà en cours de tissage, argh, le peigne 60/10 fraîchement reçu d’Ashford est encore trop gros ! Cela donne toutefois un effet “gaze” qui pourrait être très réussi. Mais j’aurais dû retordre ce fil trop fin en navajo, il aurait eu une plus jolie texture. À refaire…

Exercices de teinture

écheveaux filés et teints à la main

Pour le mois d’août, j’ai proposé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin de faire de la teinture – pour celles et ceux qui n’en faisaient pas, c’était peut-être l’occasion de se lancer… Après tout, on me le répète assez souvent que je suis un démon tentateur 😉

Dans le milieu du filage, on a généralement l’habitude de teindre de la mèche avant de la filer, comme par exemple pour réaliser un écheveau “fractal”, ainsi que je l’avais proposé en avril. Ce mois-ci, il s’agissait de faire le contraire : filer un écheveau (à base de fibres naturelles, blanches ou autres), puis le teindre.

La première question qu’on peut légitimement se poser avant de décider de teindre après le filage, c’est forcément : pourquoi ?

Eh bien, pour plein de raisons.

Par exemple, une mèche nature est toujours plus facile à filer qu’une mèche teinte. Je lis beaucoup de plaintes sur le forum et ailleurs au sujet de mèches feutrées pendant la teinture qui deviennent impossibles à étirer… qu’il faut pré-étirer, ce qui fond parfois un peu trop les couleurs, etc. Si on teint après le filage, on n’a pas ce problème.

Ensuite, je trouve qu’un fil teint en uni comme celui-ci a toujours plus de relief et de nuances qu’un fil réalisé à partir d’une mèche uniforme. Il n’y a clairement pas photo en ce qui me concerne, même si cela ne rend pas forcément en photo, justement (mais je trouve ces images assez fidèles). En plus, je suis amoureuse de ce coloris, le “Lichen” de chez Landscapes.

La seule chose que j’ai remarquée sur mes deux écheveaux, c’est que le retors m’a semblé un peu moins rond une fois les écheveaux teints, rincés et essorés. Du coup je les ai rapidement repassés au rouet, pendant qu’ils étaient encore humides, et je leur ai donné un coup de vapeur par acquit de conscience.

écheveaux filés et teints à la main écheveaux filés et teints à la main

Autre excellente raison de teindre après coup : parce qu’on peut obtenir des effets impossibles à réaliser autrement, comme par exemple cet effet moucheté.

Je me suis inspirée d’une palette de Design Seeds et j’ai mis mon écheveau bien, bien à plat, puis j’ai disposé mes couleurs par petites touches.

J’ai cherché à obtenir des séquences de couleur très courtes, et on voit sur l’échantillon qu’il n’y a que quelques mailles successives de la même couleur, jamais plus de cinq.

Quand on tricote avec un point un peu plus texturé, l’effet est encore plus drôle !

Bricolages…

filage fantaisie au rouet

Au mois de mai, j’ai proposé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin de réfléchir à un thème un peu cryptique : un filage lié au concept de “bricolage”… qu’il s’agisse de bricoler en filant (par exemple pour enfiler des perles ou réaliser un fil très fantaisie) ou d’avoir recours à une bidouille quelconque pour préparer les fibres ou modifier un rouet.

Pour ma part, j’avais déjà une petite idée en tête. En effet, quand j’ai lu Hand Spun de Lexi Boeger, alias Pluckyfluff, j’ai été amusée par sa suggestion d’ajouter de la texture à un fil en le crochetant au cours du filage. Dit comme ça, cela paraît ardu et on imagine qu’une troisième main serait bien utile, pourtant on attrape vite le coup, finalement !

Concrètement, je me suis servie d’une petite carte Sajou pour enrouler un mètre ou deux du fil que je venais de filer. Puis j’ai fait une boucle coulissante dans le fil pour réaliser ma première maille en l’air, et j’ai crocheté les petits motifs qui me passaient par la tête. Pour arrêter le motif, il faut faire passer le fil restant dans la dernière maille en l’air et serrer le nœud, puis on peut reprendre le filage. Tout simple, n’est-ce pas ?

filage fantaisie au rouet filage fantaisie au rouet filage fantaisie au rouet