Salade de fruits

écheveau mérinos filé main au rouet artisanal

Je devrais détester l’été parce que je crains la chaleur, et que cette saison gorgée de soleil m’oblige à ranger mes pulls. Oui, mais l’été se fait pardonner avec ses beaux fruits : melons, fraises, cerises, pêches et l’incontournable pastèque dont je pourrais me rendre malade si mon organisme n’y était pas si bien habitué. En automne, c’est autre chose, je me régale surtout les yeux : les arbres du parc se parent de leurs plus belles couleurs et dès que je mets un pied dehors, j’admire de belles écharpes, des châles envoûtants, de jolis pulls… sans compter que je peux ressortir les miens. C’est la saison rêvée pour la laine ! Côtés fruits, en revanche, c’est un peu le désert.

Je compense avec mon dessert préféré, la salade de fruits. Pierre Hermé fournit une recette que j’ai un peu simplifiée (il met trop d’ingrédients à mon goût) et que je trouve délicieuse. Il y a de l’orange, du pamplemousse et du citron vert (seulement les suprêmes, hein ! ça prend du temps à préparer mais ça vaut le coup), ainsi que des petits cubes de mangue, le tout nappé d’un sirop parfumé au gingembre, à la vanille, à la badiane et au poivre, avec quelques zestes d’agrumes. Essayez, vous m’en direz des nouvelles.

Sur le forum Tricotin, section “Thème du mois”, j’ai demandé aux fileuses et fileurs si, à leur rouet ou leur fuseau préféré, ils en offraient, de la salade de fruits : “Oui, je vous parle de filage, là. Je parie que vous aviez oublié qu’on n’est pas sur un forum gastronomique… non non non, Supertoinette, c’est à côté, les gars !”

Pour filer une “salade de fruits”, je pioche des couleurs de saison – soit celles que m’inspire la saison, soit celles qui me plaisent le plus à ce moment-là – en diverses matières dans mon stock, et je sépare les mèches ou la toison en petits morceaux, à peine plus gros que la longueur de la fibre. Je balance tout ça dans un gros saladier et je brasse pour bien mélanger. Ensuite, j’en fourre de pleines poignées dans ma cardeuse, en tournant un peu trop vite pour qu’elle n’ait pas le temps de bien étirer les fibres. Cela va s’emmêler et faire des paquets : parfait, cela permet d’obtenir de superbes effets de texture.

Si on n’a pas de cardeuse, on peut tout de même bénéficier du côté “salade de fruits” en filant simplement les fibres telles qu’on les pêche – attention, sans regarder ! sinon on ne peut pas s’empêcher de choisir – dans le saladier. Après, la façon de filer, c’est au choix, mais je trouve que cela rend bien en core-spinning.

écheveau mérinos filé main au rouet artisanal

Pour ma part, finalement, je n’ai pas choisi le core-spinning : après avoir sélectionné une douzaine de coloris de mérinos dans des tons fruités et les avoir déchirés en petits morceaux, j’ai renoncé au cardage et je les ai attrapés au hasard – sans regarder… – dans le saladier pour les filer tout simplement les uns après les autres. J’ai fait un retors navajo pour conserver les portions de couleur dont les contrastes vitaminés me plaisaient plus qu’un mélange de tons. Il faisait si gris ! Le temps était si maussade, et les étals du marché aussi ! Je voulais mes fruits en morceaux plutôt qu’en compote… 🙂

Un déluge de couleurs, un vrai bonheur

filage artisanal teinture fractale rue de la laine

En perspective de la Fête de la Laine de Malakoff, j’ai retrouvé mes cocottes, mes seringues, mes poudres et mes flacons de teinture… vous en avez déjà vu le résultat avec le travail sur le bleu des mers du Sud que je vous ai montré il y a peu.

Mais ce n’était pas tout ! Au programme, il y avait aussi toute un panier d’écheveaux pour ma collection “Fractals” et aussi des mèches de BFL et soie teintes avec une nouvelle technique que je suis en train d’expérimenter.

Cela faisait un moment que je n’avais pas pu jouer du pinceau et de la palette : en général, les mois d’automne se passent surtout devant mon métier à tisser, à concocter de nouvelles créations pour Noël. En plus, cette année, de nombreuses personnes ont décidé d’offrir à des proches un stage de tissage chez Rue de la Laine, ce qui a été l’occasion de précieuses et plaisantes rencontres.

Du coup, j’ai retrouvé ma cuisine-laboratoire avec un œil neuf, un appétit accru et des envies de mélanges de couleurs plus originaux. Je me suis régalée !

N’hésitez pas à passer les découvrir sur mon stand à la Fête de la Laine, demain et dimanche, à partir de 10 h, à la salle des fêtes Jean-Jaurès de Malakoff. C’est une belle salle spacieuse et claire où j’ai eu grand plaisir à exposer l’année dernière… et mon plaisir est particulièrement intense quand mes élèves passent me voir pour me montrer les merveilles qu’ils ont réalisées après leur stage. Surtout, ne soyez pas timides ! À bientôt !

mèches de laine et soie teintes à la main pièces uniques Rue de la Laine

Galapagos

filage artisanal teinture de la laine

En octobre 2019 (oui, on remonte dans le temps !), j’ai proposé comme thème de filage aux fileuses et fileurs du forum Tricotin “Qu’importe le flacon”. En ces termes, je leur proposais de sortir leur flacon de teinture préférée – éventuellement de raconter pourquoi ils aimaient ce coloris, cette marque – et de montrer ce qu’ils en faisaient… peut-être allaient-ils teindre différents types de fibres et comparer les résultats ? Bien sûr, cela valait pour tous les contenants, y compris pots et sachets !

Pour ma part, j’ai bel et bien choisi un flacon : mon coloris préféré de peinture pour soie Dupont, le “Vert mode”, un bleu-vert qui fait rêver aux mers du Sud. Les teintures liquides sont tellement pratiques ! Cela m’intéressait de voir comment différentes fibres allaient accepter les pigments. J’ai donc pioché dans mes stocks quelques poignées de mes fibres préférées. Sur la photo, en partant du haut à gauche et en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre : alpaga, angora, bébé chameau, bourrette de soie, toison de mérinos Maco, bébé mohair et soie tussah.

Dans la teinture, le mouillage est capital, surtout quand on va teindre par trempage. j’ai donc mis mes fibres à tremper la veille, avec quelques gouttes de liquide vaisselle comme “agent mouillant”, en insistant bien sur les fibres à travers lesquelles l’eau voyage le plus mal : l’angora et la soie. La bourrette notamment doit être bien déchirée avec les doigts, sinon elle est trop tassée pour accepter l’eau correctement – et là où l’eau ne va pas, la teinture n’ira pas non plus. Comme ces fibres-là ne feutrent pas, il ne faut pas hésiter à les pétrir pour que l’eau atteigne le cœur des fibres.

Je les ai ensuite teintes séparément dans ma cocotte, en donnant à chacune la même dose de teinture, soit environ 2 ml par tranche de 10 g de fibres. Vers la fin de la teinture, elles ont toutes eu droit à une giclée de vinaigre blanc, et je les ai laissées dans l’eau qui refroidissait tranquillement jusqu’à ce que cette eau soit bien transparente.

Sur la deuxième photo, elles sont disposées dans le même ordre. La qualité n’est pas bonne, mais en fait elles n’ont pas la même intensité. Le bébé chameau est le grand gagnant, c’est lui qui a atteint la teinte la plus foncée (mais il était aussi plus foncé au départ). Contrairement à mes expériences antérieures, l’angora a bien pris la teinture, c’est donc vraiment un problème de “mouillage”. Le mohair aussi a une belle teinte profonde, ainsi que la soie tussah.

filage artisanal teinture de la laine

Après séchage des fibres, bien étalées sur un séchoir à pull, je suis passée au cardage et j’ai obtenu de grosses nappes aériennes comme des nuages que j’ai eu grand plaisir à filer.

filage artisanal teinture de la laine

Pour garder le côté très aéré et mousseux de ces fibres très différentes mélangées intimement, j’ai choisi le filage long draw, puis un  retors à deux brins pour que le fil soit solide tout en étant assez peu tordu pour rester léger, plein d’air (et donc de chaleur quand il sera tricoté ou tissé). Compte tenu de l’effet gonflant du fil, il a fallu sortir la “grosse bobine” de l’Aura, car il n’aurait pas tenu sur une simple bobine jumbo.

Et voilà mon “Galapagos” ! Un beau pépère de 250 g et presque 500 m qui s’apprête à fanfaronner sans vergogne à la Fête de la Laine de Malakoff

filage artisanal teinture de la laine
filage artisanal teinture de la laine

Un bonnet de bain en trois coups de cuiller à pot

DIY bonnet piscine shibori

Le mois de janvier marque traditionnellement la saison des bonnes résolutions ; si vous avez la malchance de lire beaucoup de magazines dits “féminins”, vous avez dû, cette année encore, subir nombre d’injonctions à ce sujet… Pour ma part, il y a longtemps que j’ai cessé de promettre d’être moins gourmande, ou de terminer tous mes encours avant de commencer de nouveaux projets (ce qui équivaut aussi au “péché” de gourmandise). Cela m’est impossible à tenir et cela va tout simplement à l’encontre de ma personnalité. Mieux vaut prendre la résolution d’accepter une bonne fois pour toutes qui je suis !

Mais apparemment, les nouveaux dirigeants de ma piscine favorite, eux, ont pris la bonne résolution de se conformer aux habitudes générales, et ils ont choisi de rendre l’usage du bonnet de bain obligatoire. Pour ma part, je suis contre : il suffit de demander aux nageurs de s’attacher les cheveux, ce que j’ai toujours fait, pour épargner un peu les filtres. Et j’ai eu le temps de remarquer, au fil des ans, que lorsque les gens sont “dépersonnalisés” – cachés derrière un bonnet et un masque ou de grosses lunettes – leurs compétences sociales s’amenuisent, et la simple courtoisie leur semble hors de propos, quitte à forcer le passage dans la file de nage d’un bon coup d’épaule ou de pied lorsqu’ils l’estiment nécessaire 🙁

Trêve de débat : le bonnet de bain étant devenu obligatoire, il me fallait désormais ce “précieux sésame” pour pouvoir m’offrir une heure de détente dans l’eau. Déjà, pas question d’utiliser l’affreuse capote anglaise en silicone qu’on doit enfiler avec précaution et un tant soit peu d’acharnement (comme le condom qui lui ressemble), tout en s’arrachant une poignée de cheveux au passage – comme si j’en avais trop…

Un bonnet en jersey irait peut-être. J’en ai acheté un sans l’essayer, taille XL, mais quand je l’ai enfilé sur mon pauvre crâne, l’élastique était tellement serré que j’ai eu l’impression d’avoir déménagé au pays (et au siècle) où serrer la tête d’un prévenu dans un étau était une forme de torture efficace. Encore un peu, et j’avouais mon âge et mon poids ! Adieu à ce vilain machin.

Pourtant, mon tour de tête est pile dans la moyenne du crâne féminin. Mettons que je sois trop sensible à la contrainte… 🙂

Il ne me restait plus qu’à renoncer à nager (snif), espérer de trouver une piscine moins conformiste en acceptant de gaspiller en transport des heures que je ne passerais pas à filer, teindre, tisser ou tricoter (liste non exhaustive), ou… faire un bonnet qui conviendrait à mon anatomie trop sensible.

Première cuillerée : le patron

Merci à Internet, j’ai trouvé facilement un patron gratuit et très simple : Noé le bonnet, sur le blog “Étoffe malicieuse”. Seulement trois bouts de tissu et un morceau d’élastique, le programme n’était pas indigeste.

Deuxième cuillerée : la teinture “shibori”

J’aime la couleur, quelles que soient les circonstances, et pas question de confectionner ce bonnet en Lycra noir. La dépersonnalisation, la morosité et l’uniformisation ne passeront pas par moi – j’adore La Servante écarlate, mais à condition qu’elle reste du domaine de la fiction !

Et j’étais pressée : pas envie de chercher un tissu original adapté à la confection d’un bonnet de bain, car ils sont assez rares en magasin et l’achat sur Internet, en pleines grèves (j’attends toujours un courrier international qui a été posté avant Noël…), me promettait quelques semaines sans nager. Vous le savez déjà, la patience n’est pas mon fort 😉

Heureusement, j’avais dans mes tiroirs un coupon de jersey de Nylon blanc acheté il y a belle lurette, à l’époque où j’avais le fantasme – toujours pas réalisé – de me coudre un maillot de bain sur mesure. J’en ai découpé trois rectangles correspondant à la taille des pièces du bonnet, avec une bonne marge, et j’ai commencé par les teindre en bleu turquoise.

Il y a une raison chimique à la chose que j’oublie à chaque fois, mais le Nylon se teint très bien avec des teintures pour fibres protéiniques (j’ai utilisé de la peinture pour soie Dupont), il avale même mieux et plus vite la teinture que la laine ou la soie ! C’est impressionnant !

Une fois ces bouts de Nylon secs, j’ai préparé mon shibori : après avoir plié les pièces en deux, j’ai cousu une série de demi-cercles le long de la bande centrale, et des demi-cercles concentriques au milieu des deux côtés. Je vous offre une petite astuce : ce tissu est très glissant et il est presque impossible de marquer un pli au fer, alors j’ai tout simplement vaporisé un peu de colle repositionnable en bombe sur l’envers avant de le plier. Il a ensuite été très facile de placer mes points de couture et de serrer le motif. Cela fait, j’ai replacé mes morceaux de tissu dans un bain de teinture bleu-violet (l’essentiel de la colle a disparu).

J’ai toujours du mal à être patiente avant de défaire le shibori, une fois que la teinture a pris. Compte tenu de la facilité du Nylon à gober les pigments, je n’ai pas attendu le séchage ; dès que l’eau a été bien claire et suffisamment refroidie pour m’éviter de me brûler, j’ai cassé le fil et déplié mon shibori. Le motif, très classique, me plaisait beaucoup. Vous verrez les traits de crayon qui ont guidé ma couture sur la photo : ils partiront au prochain lavage.

DIY bonnet piscine shibori
DIY bonnet piscine shibori
DIY bonnet piscine shibori

Troisième cuillerée : la couture

Après séchage, la découpe du tissu et l’assemblage ont été des jeux d’enfant. J’ai choisi un élastique très mou pour la bordure car comme je n’avais pas l’intention de plonger (interdit, ça aussi) ni de nager le crawl (berk 😀 ), ce bonnet n’avait pas besoin d’être serré. Sur la marotte “nue” où je l’ai placé pour la photo, il a l’air lâche et gondole un peu, mais sur ma tête, il va très bien. Toutefois, vous ne verrez jamais de photo du bonnet porté, j’ai encore ma dignité !

Et hop… au bain ! Bonnet testé et approuvé. Je ne suis pas sûre que la teinture résiste longuement au chlore, mais il me reste du tissu et je suis impatiente de tester d’autres motifs de shibori et d’autres couleurs 😉

Au passage, je me félicite que ce bonnet ne m’ait rien coûté, puisque je n’ai eu qu’à puiser dans mes réserves de tissu et de chutes d’élastique. Je ne suis pas près de prendre la bonne résolution de réduire mes stocks en me débarrassant de tout ce dont je ne me suis pas servie dans l’année écoulée… cela marche peut-être pour les geeks de la mode, mais cela va complètement à l’encontre de tout fonctionnement créatif.

DIY bonnet piscine shibori

Un panier faussement rustique… et très très chic !

panier rustique vannerie artisanale saulaie

D’après mon cher Larousse, l’adjectif “rustique” désigne quelque chose “qui appartient ou se rapporte à la campagne, aux gens ou aux choses du milieu rural”, ou “qui a les caractères simples et naturels de la campagne”, ou encore carrément “qui est fruste, sans façons, sans raffinements”. Sans raffinement, mon joli panier ? Peuh !

Pourtant, quand ce modèle de panier a été créé, sous le Second Empire, il était réservé aux riches bourgeoises qui l’utilisaient comme sac à main (ce que j’ai moi-même bien l’intention de faire !). Normal : le rotin employé est très fin et sa “galerie” élégante (c’est ainsi qu’on appelle le motif qui l’entoure) ressemble à une broderie délicate et chic. C’est plus tard et progressivement que ce panier s’est invité dans les campagnes, d’abord comme cadeau raffiné, puis en changeant de gabarit pour transporter des victuailles ou de petits animaux.

Oublions donc le terme “rustique”… Ce type de panier n’est pas seulement ravissant, il est aussi long et compliqué à faire. Croyez-moi sur parole ! J’en ai découvert tous les méandres à Saulée (encore une fois… mais j’adore les stages de Pascale, pourquoi lui ferais-je des infidélités ?). Nous étions quatre vannières très concentrées (merci à Agnès, Corinne et Pat : l’ambiance était formidable, les filles, j’ai passé de si bons moments en votre compagnie ! on a beaucoup ri et ces pique-niques pantagruéliques on chatouillé ma légendaire gourmandise…) et il nous a fallu pas moins de quatre jours pour venir à bout de ses subtilités.

Alors, déjà, moi, je n’avais jamais travaillé le rotin. Lors de mon premier stage chez Pascale, j’ai réalisé une corbeille et un panier rond, tous les deux en osier. Cela m’a donné envie de revenir pour me confectionner une immense panière à linge également en osier, que j’aime tendrement. Et c’est à cette occasion que j’ai repéré le fameux panier rustique dans son atelier. J’en suis immédiatement tombée amoureuse. Certes, il n’avait pas la force brute et naturelle de l’osier, mais sa sophistication était un vrai défi, et elle nécessitait la régularité du rotin. J’ai donc fait une infidélité à l’osier…

panier rustique vannerie artisanale saulaie

Autre spécificité, ce panier est tressé autour d’un moule, chose que je n’avais jamais faite non plus. C’est un peu plus difficile car du coup, l’ouvrage que l’on tient en équilibre sur les genoux est plus lourd et moins facile à manipuler. Mais cela permet une régularité de forme dont j’avais été incapable jusqu’à présent.

panier rustique vannerie artisanale saulaie

Ensuite, il y a le piège du couvercle, qui doit s’emboîter parfaitement sur le haut du panier, et même avec un moule, ce n’est pas de la petite bière. Enfin, il y a de nombreux détails à ajouter : pied tressé, charnières, anses, fermeture… Tout cela m’a permis de découvrir plein de petites techniques passionnantes. Je suis toujours aussi séduite par la vannerie, et j’adore mon nouveau panier. J’ai bien l’intention de jouer les belles du Second Empire et de le trimballer partout avec moi. Je peux y glisser facilement tout ce qui m’est nécessaire quand je me déplace, avec en plus un petit ouvrage de tricot ou… un fuseau et une poignée de rolags, bien sûr 😉

panier rustique vannerie artisanale saulaie

Voici nos diverses réalisations, avec notre instructrice de choc, Pascale !

panier rustique vannerie artisanale saulaie
panier rustique vannerie artisanale saulaie
panier rustique vannerie artisanale saulaie
panier rustique vannerie artisanale saulaie

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu

swaledale filé rouet filage artisanal

C’est la prédiction que j’ai faite début septembre aux fileuses et fileurs du forum Tricotin : “Dans ma boule de cristal, je vois… je vois… que vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu !” Beau programme, n’est-ce pas ? On peut voir ou revoir sans hésiter ce film de Woody Allen servi par une très bonne distribution, tranquillement installé(e) devant un rouet, pour filer… eh bien, ce fameux inconnu ! L’exercice que je leur proposais le mois dernier était en effet tout simple : découvrir une fibre qu’ils n’avaient encore jamais filée. Peut-être une fibre végétale inhabituelle, ou tout simplement une variété de mouton à laquelle on ne s’était encore jamais frotté : il y en a tellement !

La nouveauté n’a hélas pas beaucoup inspiré les participants au “Thème du mois”… Moi si. Je me suis dit qu’il était temps de sortir des sentiers battus. Et puis, on ne tisse pas que des écharpes dans la vie.

Il était dans mes tiroirs depuis quelques mois, ce petit sachet de swaledale. Ce mouton rustique des montagnes du Yorkshire a une bouille rigolote et le gris délicat des fibres m’a séduite. Mais il ne faut pas se mentir : même si la mode est au rustique, pas question de confectionner des vêtements avec ce type de fil qui pique quelle que soit la manière dont on le file (j’ai peu tordu mes fibres pour éviter que le fil soit trop rêche, mais il n’y a pas de miracle). La grosseur moyenne des fibres est tout de même de 35 à 45 microns… Et en Angleterre, on l’utilise plutôt pour des tapis, l’intérêt des swaledale étant surtout leur viande. Je pense que mon écheveau, trop gros pour un tapis (quoique ?), deviendra un sac solide à emmener partout… à suivre !

swaledale filé rouet filage artisanal

Baby Surprise Jacket

BSJ baby surprise jacket filage fractal rouet

Cela faisait longtemps que j’avais envie de tricoter le Baby Surprise Jacket d’Elizabeth Zimmermann ! J’étais sûre que c’était un modèle parfaitement adapté à la singularité des fils filés à la main… Je n’attendais plus que l’occasion, qui m’a été fournie par une petite June récemment débarquée sur Terre.

J’ai aussitôt teint 100 g de mérinos superwash (oui ! je le sais que ce n’est pas la fibre idéale ! mais les jeunes mamans non fileuses ont le droit de préférer les vêtements qui se lavent plus facilement… Enrico, ne me fais pas les gros yeux, je t’en prie) avec des couleurs un peu acidulées, et j’ai filé cette mèche en “fractal”, un peu plus fin que les écheveaux que je réalise d’habitude selon cette méthode.

BSJ baby surprise jacket filage fractal rouet
BSJ baby surprise jacket filage fractal rouet
BSJ baby surprise jacket filage fractal rouet

J’ai pris un énorme plaisir à tricoter cette petite brassière toute d’une pièce. Le modèle est facile et amusant, le style d’Elizabeth Zimmermann et savoureux et, comme je m’en doutais, celui que l’on appelle familièrement le BSJ met très bien en valeur les changements de teinte des fils réalisés à partir de mèches teintes. Oui, je me suis régalée ! J’espère qu’il plaira tout autant à la petite June et à ses parents.

BSJ baby surprise jacket filage fractal rouet

Des vacances, ou des vacances ?

écheveau filé main artisanal rouet dégradé

Beaucoup de Français prennent quelques jours ou semaines de pause en juillet et août… et voici la question que j’ai posée en juillet aux fileuses et fileurs du forum Tricotin : pour vous, s’agira-t-il de vacances par rapport au filage que vous oublierez un temps au profit d’autres distractions – par exemple si vous n’aimez pas que la laine vous colle aux doigts – ou, au contraire, avez-vous la ferme intention de profiter de vos loisirs pour filer le plus possible ? Avez-vous un programme défini genre Tour de Fleece ou pensez-vous filer au petit bonheur la chance ? Si vous ne prévoyez aucun répit côté boulot, allez-vous considérer quelques moments de filage chipés en douce comme des mini-congés ? Fibresques ou pas, venez raconter vos projets de vacances !

C’est la fin des vacances, il est temps d’en parler avec nostalgie…

Mes vacances à moi ont commencé avec un peu de frustration : pas question de participer au Tour de Fleece, comme j’avais pu le faire au cours des années précédentes, parce que j’avais trop à faire pour me préparer un projet couvrant trois semaines de pédalage. Mais je savais très bien que trois sublimes nappes dégradées signées Midian m’attendaient dans mon tiroir à trésors. Je les gardais de côté pour un projet de tissage spécial, et là, j’avais bon espoir (mais tout le monde sait que “si tu veux faire sourire Dieu, fais un projet… et si tu veux le faire rire, fais-en deux”) de pouvoir enfin lancer cette nouvelle collection d’écharpes pour l’hiver 2019. Donc je les ai emballées avec soin, j’ai calculé le nombre de bobines nécessaires, j’ai ajouté le rouet indispensable à l’équation et mon Prince Charmant n’avait plus qu’à caser tout ça dans la voiture familiale pour le départ vers un gîte accueillant de vacances, c’est-à-dire un endroit où je n’aie pas l’impression, à chaque fois que je pose les yeux sur le moindre objet, qu’il faut ranger-laver-réparer-remplacer-optimiser ou autre. Oui, c’est ça, des vacances : se poser avec son rouet et filer des nappes de Midian, soigneusement déchirées en bandes fines pour bien respecter le dégradé.

écheveau filé main artisanal rouet dégradé

Une fois de retour à la maison, j’aurais adoré mettre tout de suite ces écheveaux sur le métier, mais les impératifs de rentrée en avaient décidé autrement ! Je ronge mon frein en attendant de pouvoir enfin m’y mettre…

Sous couverture

couverture tissée à la main fil filé au rouet

En matière de tissage comme de filage ou de tricot, j’aime varier les plaisirs, et surtout l’investissement que nécessitent les ouvrages. Par exemple, je ne passe pas autant de temps sur une paire de mitaines ou de chaussettes en fil teint à la main que sur un pull entièrement réalisé en filé main. De la même manière, s’il m’arrive parfois de terminer une petite besace tissée en une journée, il m’a fallu des mois pour achever cette couverture.

couverture tissée à la main fil filé au rouet

D’abord, le filage : je sais que certains amis que j’aime tendrement vont hurler, mais j’ai choisi le mérinos superwash. Comme je dors généralement peu habillée, je ne voulais pas qu’elle gratte. Et je n’envisageais pas de laver à la main un objet en laine de plus de 2 kilos. Savez-vous que la laine, une fois gorgée d’eau, pèse 10 fois son poids ? Eh bien, manipuler 20 kilos de laine mouillée dans ma baignoire, le dos cassé, très peu pour moi.

couverture tissée à la main fil filé au rouet

J’ai filé et tissé au fur et à mesure pour que l’expérience ne soit pas trop monotone. En effet, il me fallait près de 2,50 mètres en largeur comme en longueur et je ne pouvais pas faire cela tout d’une pièce, surtout pas sur mon métier à peigne envergeur de 70 centimètres de large ! Cette couverture est donc un excellent exemple de ce que l’on peut obtenir en assemblant plusieurs pièces tissées. En tout, j’ai tissé quatre bandes d’environ 2,50 mètres de long ; je commençais par filer 3 écheveaux de 200 grammes (heureusement, le fil était assez gros : environ 1 500 m/kg), je tissais une bande (avec un peigne de 20/10 : je ne voulais absolument pas que le tissu soit tassé), puis je me remettais à filer, etc.

couverture tissée à la main fil filé au rouet
couverture tissée à la main fil filé au rouet
couverture tissée à la main fil filé au rouet

Voici quelques chiffres pour vous donner une idée du parcours qui m’a menée au résultat final…

  • En tout, j’ai filé 11 écheveaux d’environ 200 g chacun, plus un petit rab pour achever l’assemblage. Cela m’a pris plus de 75 heures !
  • J’ai tissé pendant environ 25 heures.
  • L’assemblage des morceaux, réalisé au crochet, a pris environ 5 heures.
  • Au final, cette couverture pèse à peu près 2,2 kilos.
couverture tissée à la main fil filé au rouet
couverture tissée à la main fil filé au rouet

Nous l’utilisons depuis plusieurs semaines et c’est un vrai bonheur. J’ai voulu un tissage très aéré, elle est donc malgré tout légère, et chaude juste ce qu’il faut. Elle est assez élastique, ce qui n’est pas désagréable quand on la partage. Enfin, elle est extrêmement douce, une vraie caresse, et elle dégage un très discret parfum de laine que j’adore (et je ne suis pas la seule).

Si vous êtes tenté de vous lancer dans l’aventure, je crois que vous avez toutes les données nécessaires 🙂

Qu’est-ce qu’une “Filette” ?

Filette pour filer avec une machine à coudre

Mais non, pas une “fillette”… une Filette !

Filette pour filer avec une machine à coudre

Hier mon amie Chantal a partagé sur Facebook la photo d’une jolie machine à coudre Singer ancienne que ses enfants lui ont offerte, et qu’elle est en train de remettre en état.

Coïncidence, je m’apprêtais justement à vous montrer un accessoire de filage que j’ai déniché dans une brocante, lors de mes vacances, et que mon petit mari a voulu m’offrir, bien que je ne possède plus de machine du genre de la Singer de Chantal pour pouvoir l’utiliser. Le vendeur ne savait pas trop à quoi servait cette Filette, il savait seulement que c’était destiné à être utilisé par le biais de la pédale d’une machine à coudre.

Filette pour filer avec une machine à coudre
Filette pour filer avec une machine à coudre

Que ce soit sur les forums ou sur Facebook, j’ai vu passer beaucoup de bricolages destinés à entraîner un outil à filer en utilisant le système d’entraînement d’une machine à coudre ou d’un autre type d’outil. Alors quand j’ai découvert cette Filette, je me suis dit que des photos détaillées inspireraient peut-être des personnes à la recherche de ce type d’adaptation.

Filette pour filer avec une machine à coudre
Filette pour filer avec une machine à coudre
Filette pour filer avec une machine à coudre

Cette Filette a dû être tendrement aimée par sa ou son propriétaire, en témoigne ce minuscule cœur dessiné à l’encre rouge sur l’épinglier…

Filette pour filer avec une machine à coudre