Kilt, laine et métal

kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal

Je ne crois pas qu’il ait une goutte de sang écossais dans les veines, mais mon fiston porte le kilt.

Au début, c’était essentiellement pour suivre son papa en concert, où les métalleux enfilent volontiers la jupe et, s’ils ne le font pas, se montrent extrêmement tolérants en matière de look. J’ajoute qu’ils sont aussi très protecteurs envers les bouts de chou, si bien que je n’ai aucune inquiétude (ou presque, une maman n’est jamais 100% zen) à laisser filer ma petite ablette jusqu’à la barrière de sécurité dans un concert d’Airbourne ou de Queensrÿche, sachant qu’il sera pris en charge par de charmantes dames elles-mêmes secondées par des gros costauds, et qu’il a même toutes les chances du monde de rafler des médiators et des baguettes de batterie… voire de monter sur scène…

Bref, le kilt est de mise pour les concerts, mais pas seulement. Par exemple, quand nous allons au pub spinning déguster un super fish & ships, le kilt est de rigueur. Et puis finalement, il s’est décidé à le porter au collège où le physio (hem, le portier) a fortement haussé les sourcils mais n’a pas trouvé dans son cher règlement l’alinéa interdisant à un garçon d’aller étudier en jupe.

Sauf qu’il y a des saisons où porter la jupe, même si on n’a pas de sang de highlander et qu’on met un caleçon, ça fait froid aux papattes.

J’avais depuis longtemps promis une paire de guêtres bien chaudes et assorties à son tartan violet, bleu foncé, noir et blanc signé Heritage of Scotland (ma chère). Avec le confinement, impossible d’arguer que je n’avais pas le temps, il fallait s’atteler au projet.

J’ai commencé par faire un écheveau dans ces tons-là avec un mélange cardé de mérinos et soie colorés que j’avais en stock, mais je devais moi-même avouer qu’on n’y était pas tout à fait et Fiston a beau être très poli, il a la sale habitude d’être honnête. Bref, je devais revoir ma copie et me montrer un peu plus exigeante.

Du coup, je suis passée en mode teinture et, au bout de quelques étapes de surteinture (en matière de couleur, il faut toujours s’approcher à très petits pas de son objectif…), j’ai mis la main exactement sur le violet et le bleu qu’il me fallait. Il ne restait plus qu’à ajouter du noir et de la soie maulbère blanche (re-ma chère), à sortir la planche à rolags, et pouf !

Au moment de faire les rolags, toutefois, un instant de réflexion. Je voulais retrouver le motif du tartan, mais je ne voulais pas de rayures franches non plus. Du coup, j’ai fait la moitié des rolags (pour le premier brin) en alternant franchement les coloris, et l’autre (pour le second) en les mélangeant de manière plus fondue. Je comptais sur un fil qui allait changer de couleur selon les rayures du tartan, mais pas de manière trop tranchée.

kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal
kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal
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L’écheveau était doux et moelleux, mais difficile de dire en le voyant si j’allais obtenir le tricot que j’avais en vue… et en matière de filage, rien n’est sûr avant la toute fin de l’ouvrage. Je me suis donc précipitée sur mes aiguilles pour réaliser les guêtres. Patron facile à imaginer : ce ne sont que deux tubes de tricot circulaire en côtes 2/2.

Je suis satisfaite du résultat, et Fiston est ravi, il paraît qu’elles sont très, très confortables.

kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal
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Mais je n’avais pas terminé ma tâche : pour ses rangers en cuir de concert (indispensable si vous ne voulez pas vous faire écrabouiller les arpions pendant un “wall of death”), qu’il a dénichés l’été dernier sur une brocante… sans lacets, il fallait quelques mètres d’un beau cordon. Justement, je viens de me mettre au kumihimo ! Il me restait un peu de fibres violettes, j’ai donc filé vite fait quelques mètres de violet et autant de noir, et j’ai réalisé cette “tresse creuse” à huit brins. Les bouts en plastique ? Quelques centimètres de gaine d’électricien thermorétractable et un coup de chaud, hop !

Il me reste un peu de fil : pour des guêtres assez longues, qu’on peut retrousser, 135 g de fil ont suffi et j’en avais fait 200 par précaution. Je réfléchis à faire de gros pompons en laine pour customiser son casque de concert (indispensable pour protéger ses jeunes tympans), mais je ne sais pas trop si je pourrai aller jusque-là… 😀

kilt concert heavy metal guêtres filé main artisanal

Galapagos

filage artisanal teinture de la laine

En octobre 2019 (oui, on remonte dans le temps !), j’ai proposé comme thème de filage aux fileuses et fileurs du forum Tricotin “Qu’importe le flacon”. En ces termes, je leur proposais de sortir leur flacon de teinture préférée – éventuellement de raconter pourquoi ils aimaient ce coloris, cette marque – et de montrer ce qu’ils en faisaient… peut-être allaient-ils teindre différents types de fibres et comparer les résultats ? Bien sûr, cela valait pour tous les contenants, y compris pots et sachets !

Pour ma part, j’ai bel et bien choisi un flacon : mon coloris préféré de peinture pour soie Dupont, le “Vert mode”, un bleu-vert qui fait rêver aux mers du Sud. Les teintures liquides sont tellement pratiques ! Cela m’intéressait de voir comment différentes fibres allaient accepter les pigments. J’ai donc pioché dans mes stocks quelques poignées de mes fibres préférées. Sur la photo, en partant du haut à gauche et en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre : alpaga, angora, bébé chameau, bourrette de soie, toison de mérinos Maco, bébé mohair et soie tussah.

Dans la teinture, le mouillage est capital, surtout quand on va teindre par trempage. j’ai donc mis mes fibres à tremper la veille, avec quelques gouttes de liquide vaisselle comme “agent mouillant”, en insistant bien sur les fibres à travers lesquelles l’eau voyage le plus mal : l’angora et la soie. La bourrette notamment doit être bien déchirée avec les doigts, sinon elle est trop tassée pour accepter l’eau correctement – et là où l’eau ne va pas, la teinture n’ira pas non plus. Comme ces fibres-là ne feutrent pas, il ne faut pas hésiter à les pétrir pour que l’eau atteigne le cœur des fibres.

Je les ai ensuite teintes séparément dans ma cocotte, en donnant à chacune la même dose de teinture, soit environ 2 ml par tranche de 10 g de fibres. Vers la fin de la teinture, elles ont toutes eu droit à une giclée de vinaigre blanc, et je les ai laissées dans l’eau qui refroidissait tranquillement jusqu’à ce que cette eau soit bien transparente.

Sur la deuxième photo, elles sont disposées dans le même ordre. La qualité n’est pas bonne, mais en fait elles n’ont pas la même intensité. Le bébé chameau est le grand gagnant, c’est lui qui a atteint la teinte la plus foncée (mais il était aussi plus foncé au départ). Contrairement à mes expériences antérieures, l’angora a bien pris la teinture, c’est donc vraiment un problème de “mouillage”. Le mohair aussi a une belle teinte profonde, ainsi que la soie tussah.

filage artisanal teinture de la laine

Après séchage des fibres, bien étalées sur un séchoir à pull, je suis passée au cardage et j’ai obtenu de grosses nappes aériennes comme des nuages que j’ai eu grand plaisir à filer.

filage artisanal teinture de la laine

Pour garder le côté très aéré et mousseux de ces fibres très différentes mélangées intimement, j’ai choisi le filage long draw, puis un  retors à deux brins pour que le fil soit solide tout en étant assez peu tordu pour rester léger, plein d’air (et donc de chaleur quand il sera tricoté ou tissé). Compte tenu de l’effet gonflant du fil, il a fallu sortir la “grosse bobine” de l’Aura, car il n’aurait pas tenu sur une simple bobine jumbo.

Et voilà mon “Galapagos” ! Un beau pépère de 250 g et presque 500 m qui s’apprête à fanfaronner sans vergogne à la Fête de la Laine de Malakoff

filage artisanal teinture de la laine
filage artisanal teinture de la laine

Un bonnet de bain en trois coups de cuiller à pot

DIY bonnet piscine shibori

Le mois de janvier marque traditionnellement la saison des bonnes résolutions ; si vous avez la malchance de lire beaucoup de magazines dits “féminins”, vous avez dû, cette année encore, subir nombre d’injonctions à ce sujet… Pour ma part, il y a longtemps que j’ai cessé de promettre d’être moins gourmande, ou de terminer tous mes encours avant de commencer de nouveaux projets (ce qui équivaut aussi au “péché” de gourmandise). Cela m’est impossible à tenir et cela va tout simplement à l’encontre de ma personnalité. Mieux vaut prendre la résolution d’accepter une bonne fois pour toutes qui je suis !

Mais apparemment, les nouveaux dirigeants de ma piscine favorite, eux, ont pris la bonne résolution de se conformer aux habitudes générales, et ils ont choisi de rendre l’usage du bonnet de bain obligatoire. Pour ma part, je suis contre : il suffit de demander aux nageurs de s’attacher les cheveux, ce que j’ai toujours fait, pour épargner un peu les filtres. Et j’ai eu le temps de remarquer, au fil des ans, que lorsque les gens sont “dépersonnalisés” – cachés derrière un bonnet et un masque ou de grosses lunettes – leurs compétences sociales s’amenuisent, et la simple courtoisie leur semble hors de propos, quitte à forcer le passage dans la file de nage d’un bon coup d’épaule ou de pied lorsqu’ils l’estiment nécessaire 🙁

Trêve de débat : le bonnet de bain étant devenu obligatoire, il me fallait désormais ce “précieux sésame” pour pouvoir m’offrir une heure de détente dans l’eau. Déjà, pas question d’utiliser l’affreuse capote anglaise en silicone qu’on doit enfiler avec précaution et un tant soit peu d’acharnement (comme le condom qui lui ressemble), tout en s’arrachant une poignée de cheveux au passage – comme si j’en avais trop…

Un bonnet en jersey irait peut-être. J’en ai acheté un sans l’essayer, taille XL, mais quand je l’ai enfilé sur mon pauvre crâne, l’élastique était tellement serré que j’ai eu l’impression d’avoir déménagé au pays (et au siècle) où serrer la tête d’un prévenu dans un étau était une forme de torture efficace. Encore un peu, et j’avouais mon âge et mon poids ! Adieu à ce vilain machin.

Pourtant, mon tour de tête est pile dans la moyenne du crâne féminin. Mettons que je sois trop sensible à la contrainte… 🙂

Il ne me restait plus qu’à renoncer à nager (snif), espérer de trouver une piscine moins conformiste en acceptant de gaspiller en transport des heures que je ne passerais pas à filer, teindre, tisser ou tricoter (liste non exhaustive), ou… faire un bonnet qui conviendrait à mon anatomie trop sensible.

Première cuillerée : le patron

Merci à Internet, j’ai trouvé facilement un patron gratuit et très simple : Noé le bonnet, sur le blog “Étoffe malicieuse”. Seulement trois bouts de tissu et un morceau d’élastique, le programme n’était pas indigeste.

Deuxième cuillerée : la teinture “shibori”

J’aime la couleur, quelles que soient les circonstances, et pas question de confectionner ce bonnet en Lycra noir. La dépersonnalisation, la morosité et l’uniformisation ne passeront pas par moi – j’adore La Servante écarlate, mais à condition qu’elle reste du domaine de la fiction !

Et j’étais pressée : pas envie de chercher un tissu original adapté à la confection d’un bonnet de bain, car ils sont assez rares en magasin et l’achat sur Internet, en pleines grèves (j’attends toujours un courrier international qui a été posté avant Noël…), me promettait quelques semaines sans nager. Vous le savez déjà, la patience n’est pas mon fort 😉

Heureusement, j’avais dans mes tiroirs un coupon de jersey de Nylon blanc acheté il y a belle lurette, à l’époque où j’avais le fantasme – toujours pas réalisé – de me coudre un maillot de bain sur mesure. J’en ai découpé trois rectangles correspondant à la taille des pièces du bonnet, avec une bonne marge, et j’ai commencé par les teindre en bleu turquoise.

Il y a une raison chimique à la chose que j’oublie à chaque fois, mais le Nylon se teint très bien avec des teintures pour fibres protéiniques (j’ai utilisé de la peinture pour soie Dupont), il avale même mieux et plus vite la teinture que la laine ou la soie ! C’est impressionnant !

Une fois ces bouts de Nylon secs, j’ai préparé mon shibori : après avoir plié les pièces en deux, j’ai cousu une série de demi-cercles le long de la bande centrale, et des demi-cercles concentriques au milieu des deux côtés. Je vous offre une petite astuce : ce tissu est très glissant et il est presque impossible de marquer un pli au fer, alors j’ai tout simplement vaporisé un peu de colle repositionnable en bombe sur l’envers avant de le plier. Il a ensuite été très facile de placer mes points de couture et de serrer le motif. Cela fait, j’ai replacé mes morceaux de tissu dans un bain de teinture bleu-violet (l’essentiel de la colle a disparu).

J’ai toujours du mal à être patiente avant de défaire le shibori, une fois que la teinture a pris. Compte tenu de la facilité du Nylon à gober les pigments, je n’ai pas attendu le séchage ; dès que l’eau a été bien claire et suffisamment refroidie pour m’éviter de me brûler, j’ai cassé le fil et déplié mon shibori. Le motif, très classique, me plaisait beaucoup. Vous verrez les traits de crayon qui ont guidé ma couture sur la photo : ils partiront au prochain lavage.

DIY bonnet piscine shibori
DIY bonnet piscine shibori
DIY bonnet piscine shibori

Troisième cuillerée : la couture

Après séchage, la découpe du tissu et l’assemblage ont été des jeux d’enfant. J’ai choisi un élastique très mou pour la bordure car comme je n’avais pas l’intention de plonger (interdit, ça aussi) ni de nager le crawl (berk 😀 ), ce bonnet n’avait pas besoin d’être serré. Sur la marotte “nue” où je l’ai placé pour la photo, il a l’air lâche et gondole un peu, mais sur ma tête, il va très bien. Toutefois, vous ne verrez jamais de photo du bonnet porté, j’ai encore ma dignité !

Et hop… au bain ! Bonnet testé et approuvé. Je ne suis pas sûre que la teinture résiste longuement au chlore, mais il me reste du tissu et je suis impatiente de tester d’autres motifs de shibori et d’autres couleurs 😉

Au passage, je me félicite que ce bonnet ne m’ait rien coûté, puisque je n’ai eu qu’à puiser dans mes réserves de tissu et de chutes d’élastique. Je ne suis pas près de prendre la bonne résolution de réduire mes stocks en me débarrassant de tout ce dont je ne me suis pas servie dans l’année écoulée… cela marche peut-être pour les geeks de la mode, mais cela va complètement à l’encontre de tout fonctionnement créatif.

DIY bonnet piscine shibori

Pique-épingles laineux

pique-épingles coussin aiguilles perle de laine feutrée gobelet carton

J’ai du mal à me séparer des jolies choses, même lorsqu’on m’assure qu’elles sont jetables ! (En fait, je crois que je n’aime tout simplement pas le principe de “jetable”…) Donc, lorsque Coco m’a offert un café (ce devait être à la dernière Fête de la Laine de Malakoff) dans cette adorable tasse en carton façon Liberty, bien sûr que je n’ai pas pu la jeter. Je l’ai soigneusement rincée et mise de côté.

De la même manière que j’ai recyclé un petit bol à thé en pique-épingles l’année dernière, j’ai eu envie de recommencer en mettant dans ma mini-tasse non pas une boule de tissu, mais une grosse perle de laine feutrée.

À cette occasion, j’ai découvert un excellent tuto sur le site de la feutrière Jane Mercer, que je traduis ici (en utilisant mes propres photos) pour les non-anglophones. J’ai commencé par remplir ma mini-tasse de laine, mais je n’ai pas assez tassé, si bien qu’au final la boule de feutre n’était pas tout à fait assez grosse. N’hésitez pas à en rajouter. J’ai ensuite effiloché les fibres que j’ai sommairement roulées en boule dans mes mains, j’ai fourré ça dans un pot de confiture que j’ai rempli d’eau tiède, sans savon.

pique-épingles coussin aiguilles perle de laine feutrée gobelet carton

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Voici la technique : on ferme bien, on agite dans tous les sens pendant 30 secondes puis on vide l’eau et on recommence en vidant l’eau toutes les 30 secondes, jusqu’à ce que la boule soit formée. Simple, non ?

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Toutefois, j’ai peut-être agité trop fort, ou bien utilisé des fibres trop longues (dans un autre tuto, j’ai lu qu’il fallait couper les fibres avec des ciseaux… à tester… n’hésitez pas à laisser un commentaire si vous avez essayé de couper vos fibres, et si le résultat est très différent !), mais au final j’ai trouvé que ma boule était trop “crevassée”. Du coup, j’ai ajouté une couche de laine par-dessus, bien remouillé, frotté quelques secondes dans les mains puis j’ai repris la routine des 30 secondes. La boule était bien plus lisse… mais trop petite ! Elle tombait au fond de la mini-tasse. Là, j’ai rajouté de la même manière une couche de laine plus épaisse, et je suis arrivée au résultat que j’attendais.

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La boule était bien plus lisse… mais trop petite ! Elle tombait au fond de la mini-tasse. Là, j’ai rajouté de la même manière une couche de laine plus épaisse, et je suis arrivée au résultat que j’attendais.

Pour ce qui est du principe “pique-aiguilles”, je me suis dit que la mini-tasse et la laine étaient bien trop légères, et qu’elles risquaient de basculer à chaque fois qu’on allait vouloir tirer une aiguille. J’ai donc lesté le fond de la tasse avec du sable, et j’ai enfoncé un disque découpé dans une chute de carton pour éviter que le sable se répande en cas de basculement. Et voilà, presto ! Qu’en penses-tu, Coco ? 😉

Recyclage

filage artisanal rouet corespinning

Certaines ou certains d’entre vous ont peut-être chez eux une boîte à compost, parce que jeter des épluchures de légumes pleines de nutriments et d’eau leur fait mal au cœur. D’autres mettent peut-être de côté tous les petits bouts de tissu, de fils issus de leurs ouvrages, accumulés au fil du temps. Nous sommes nombreux, en cette ère de gaspillages programmés, à avoir du mal à jeter. J’ai remarqué, au fil des conversations que je peux avoir avec les créatrices et créateurs que je croise, que plus on est touche-à-tout, moins on a le courage de jeter. “Ce petit brimborion pourrait toujours servir… un de ces jours !”

J’ai donc demandé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin s’ils avaient ce défaut ou cette qualité, comment ces objets et matières collectés réapparaissent dans leurs filages, quelle était la part de recyclage dans leurs écheveaux…

Pour ma part, je conserve soigneusement tous mes résidus de peignage et de cardage. Utiliser un hackle est un excellent moyen d’obtenir des mèches de fibres bien alignées tout en supprimant les fibres les plus courtes ou les fibres emmêlées. C’est parfait pour filer un fil très fin et régulier sans aucun risque de bouloche.

J’avais préparé des “nids” de fibres pour mon opération “Dix ans, dix cadeaux” et pas mal de petits tas de fibres étaient restés coincés dans les dents du hackle. Je les avais mis dans un pot de confiture (c’est toujours décoratif…) et je viens de les récupérer pour les carder avec de la mèche de mérinos gris naturel pour une sorte d’effet tweedé surdimensionné.

filage artisanal rouet corespinning
filage artisanal rouet corespinning

J’ai filé les nappes en corespinning autour d’une “âme” de coton, obtenant un fil vraiment très aérien et dodu qui sera aussi chaud que doux. En effet, bien que je n’aie filé que 100 g de fibres (l’écheveau fait au final 110 g pour 340 m), j’ai bien cru que le fil n’allait pas tenir en totalité sur cette bobine jumbo, pourtant conçue pour contenir environ 200 g de fibres filées !

filage artisanal rouet corespinning
filage artisanal rouet corespinning

Promenade sur une plage bretonne

tissage filage artisanal plage mer

Il y a quelque temps, j’ai dû retourner tous mes stocks de fibres car je ne trouvais plus le bébé chameau (imprudemment rangé avec la soie) que je voulais mettre dans mon écheveau long draw “Nuage d’hiver”. J’en ai mangé, de la poussière ! Or non seulement j’ai retrouvé mon bébé chameau (dans le dernier sac, bien sûr, c’est toujours comme ça…), mais j’ai aussi retrouvé plein de belles choses oubliées. Et je me suis dit que je devrais procéder plus souvent à ce genre de chambardement. Du coup, j’ai proposé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin de mettre le nez dans leurs stocks et d’en sortir un “trésor oublié” puis de le filer et de nous montrer le résultat…

C’était en décembre, mais j’ai un peu tardé à terminer les finitions et à prendre mes photos !

Le “trésor oublié” que j’ai exhumé de mon sac à merveilles (celui où je range ma soie et mon duvet de bébé chameau le plus fin…) est un petit sac de fibres offert par Chantal en 2016 (quand je vous dis que je les garde longtemps, mes plus belles fibres !). Je savais que c’étaient des fibres particulières car elle les avait cardées au tout début de la découverte de sa cardeuse, et leur avait assigné un thème bien particulier : “Promenade sur la plage”.

Une fois défait le joli paquet doré, j’ai trouvé quatre petites nappes assorties, soigneusement roulées sur elles-mêmes, et une carte qui disait ceci :

À marée basse, la mer vient doucement recouvrir le sable

À l’horizon, la mer et l’écume des vagues

Dans le ciel, les nuages gris et blancs vont et viennent

Enfin apparaît un rayon de soleil.

tissage filage artisanal plage mer

Et, en effet, j’ai reconnu les teintes de cette plage bretonne où l’on me proposait de me promener ! Et j’adore aller à la plage l’hiver. Il y a peu de monde, on a la mer pour soi avec ses odeurs et ses embruns, on n’a pas trop chaud, on peut s’enrouler de laine…

J’ai décidé de filer quatre écheveaux différents et dès mes premiers coups de pédale, l’inspiration m’a submergée, ces nappes poétiques devenues fils devaient être tissées pour réaliser une tenture représentant cette plage bretonne.

tissage filage artisanal plage mer

J’ai commencé par filer toutes les nappes en core spinning. Avec la deuxième, il y avait des belles poignées de boucles de mohair bleues et blanches, que j’ai intégrées au filage. La troisième présentait un joli dégradé du gris au bleu que j’ai essayé de conserver.

J’ai décidé de laisser les deux écheveaux représentant le ciel en un seul brin et de retordre les deux représentant la mer pour avoir la texture des vagues et des rides du vent. Dans la première, qui évoque la mer caressant la plage, j’ai intégré au retors une bonne poignée de coquillages.

coquillages tissage filage artisanal plage mer
tissage filage artisanal plage mer

Le temps d’évaluer à vue de nez quelles seraient les dimensions de mon ouvrage et j’ai sorti mon métier à tisser à peigne envergeur. J’ai monté une chaîne avec le fil bleu ciel très fin qui m’avait déjà servi pour le core-spinning et le retors, mais en utilisant un peigne plus gros que nécessaire pour que les fils de chaîne disparaissent un peu dans le tissage au profit des fils de trame filés à la main.

coquillages tissage filage artisanal plage mer

Puis il a suffi de tisser les fils dans le bon ordre, tout simplement, pour que la plage apparaisse : d’abord l’eau caressant le sable avec les coquillages, puis les vagues moutonnantes avec leurs paquets de bouclettes. Pour passer du premier au deuxième fil, j’ai alterné quelques duites pour créer une transition douce, comme un dégradé. Ensuite, je suis passée directement au troisième écheveau, celui du ciel nuageux, pour bien marquer la ligne d’horizon. À ce stade, j’ai inséré dans le tissage quelques plumes blanches sur la gauche, mais il est difficile de dire si elles figurent un vol de mouettes ou un groupe de nuages. Pour passer au quatrième écheveau, le ciel rempli d’un beau soleil, j’ai commencé par un petit insert sur la droite, qui rappelle les miroitements du soleil levant sur les nuages d’altitude, puis j’ai terminé le troisième écheveau et j’ai tissé seulement avec le dernier. Et, vers la fin, j’ai ajouté quelques fils d’or, car le soleil dans le ciel, sous certains angles, peut apparaître comme de l’or liquide.

coquillages tissage filage artisanal plage mer
tissage filage artisanal plage mer
coquillages tissage filage artisanal plage mer

L’octaédrier, mon calendrier de l’avent pour fileuse

calendrier de l'avent diy octaédrier filage

J’ai enfin ressorti les 24 petites boîtes de mon octaédrier… Quoi-t-est-ce ? Il s’agit du calendrier de l’avent surprise que je me suis offert à moi-même en début d’année. De début janvier à fin juin, j’ai garni des petites boîtes en papier de fibres, une par semaine environ. Puis j’ai tout rangé dans un placard, je temps d’oublier ce que j’y avais mis. Et comme nous sommes au dernier jour de novembre, je les ai toutes suspendues sur un support (vous avez peut-être reconnu un cadre à tapisserie Ashford…).

Et voilà, il n’y a plus qu’à tendre la main et décrocher un joli fruit, une poignée de fibres à donner à mon petit fuseau préféré !

Si vous vous êtes laissé tenter par ma proposition et sa petite fiche gratuite, n’oubliez pas que décembre commence demain, et sortez votre octaédrier. Si vous êtes très bricoleur, il est encore temps d’en confectionner un. D’ailleurs l’idée n’est pas réservée aux fileuses ou fileurs : vous pouvez y glisser quelques mètres de fil à tricoter pour confectionner de chouettes chaussettes à rayures ou une écharpe, pourquoi pas ?

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Un compteur de passages pour ma cardeuse

pyramide origami

J’aime les fils chinés, et c’est un plaisir d’inventer de nouveaux coloris en mariant intimement des fibres de couleur unie. En général, pour que le coloris soit presque homogène avec juste ce qu’il faut d’effet chiné, je passe mon mélange à la cardeuse trois fois. Oui mais, comme vous le savez peut-être si vous me fréquentez, je suis une vraie tête de linotte et j’ai tendance à faire dix choses en même temps… Il m’arrive donc souvent de me demander si j’en suis à mon deuxième ou troisième passage.

Du coup, je me suis confectionné un petit pense-bête !

D’abord, il faut réaliser une pyramide en origami. Pour ma part, j’ai utilisé un quart de feuille A4, mais on peut faire plus petit.

Ensuite, j’ai tracé les chiffres au crayon et j’ai déplié la pyramide pour pouvoir les colorier plus confortablement au feutre, puis je l’ai repliée.

Enfin, j’ai glissé un aimant dans la pyramide et j’ai fixé la fermeture avec un bout de ruban adhésif pour que l’aimant ne s’enfuie pas au fur et à mesure que je tourne ma pyramide.

Tout ça ne m’a pris que quelques minutes, et voilà ! Maintenant je sais toujours à quel passage j’en suis 😉

pyramide origami

Moins de papier dans ma poubelle

sacs réutilisables

Il s’agit de ma poubelle de recyclage, mais quand même. Je jette trop d’emballages en papier. Et, d’un autre côté, je n’arrive pas à jeter le moindre bout de tissu, donc je me noie dans les chutes diverses ou les vêtements usagés. Les torchons troués, par exemple, ou comportant trop de “taches propres”… Du coup, j’ai sorti ciseaux et machine et j’ai confectionné des sacs réutilisables pour le marché. Dans ma ligne de mire ce mois-ci : le pain, les fruits et les légumes. Si vous avez envie d’en faire autant, c’est par ici !

Mesurer les sacs en papier d’origine pour réaliser les mêmes en tissu, ce n’est pas bien sorcier ; il fallait quand même que je m’amuse un peu… alors j’ai sorti mes crayons et ma gomme, puis ma découpeuse Silhouette pour réaliser des décos en flex thermocollant. Si vous avez le même type de machine, n’hésitez pas à télécharger les fichiers ad hoc ; si vous n’avez pas de flex sous la main, vous pouvez découper des pochoirs dans du papier un peu épais et réaliser les motifs avec de la peinture textile et une brosse à pochoir ou un petit bout d’éponge.

Astuces
  • Si vous choisissez le flex, n’oubliez pas d’inverser le motif avant de le découper et d’écheniller (photo ci-dessous).
  • Si en revanche vous préférez l’option pochoir, offrez-vous une bombe de colle repositionnable pour en pulvériser le dos, vous verrez, ça sert à plein de choses en couture comme en bricolages divers.
  • Et enfin, si vous n’avez pas de découpeuse, rien ne vous empêche de télécharger les fichiers PDF et de transférer le motif sur le tissu avant de le peindre au pinceau.

sacs réutilisables

Pour mon sac à pain, j’ai recyclé un vieux torchon ; les dimensions finales sont de 36 × 17 cm et il accueille deux ou trois baguettes. Mon boulanger a très vite pris le pli et je ne suis pas la seule cliente à ne plus utiliser les petits sachets en papiers “obligatoires”. Aucun problème du type qu’a connu l’auteur de “Mon potager carré” !

Si le dessin vous plaît, téléchargez le fichier pour découpeuse Silhouette ici ou bien le fichier PDF ici.

sacs réutilisables

Pour les sacs de fruits et légumes, je me suis calquée sur les dimensions des sacs en papier fournis par mon maraîcher (que j’avais de toute manière pris l’habitude de lui rapporter, ainsi que plusieurs autres de ses clients), soit environ 26 × 22 cm, mais ça me paraît un peu petit (par exemple, pour mettre plus de 5 pêches). N’hésitez pas à faire plus grand si la question du poids ne vous embête pas. Car, oui, le sac est pesé avec les fruits (ou légumes) et la balance est tarée pour un sac en papier de 5 g ! Si vos sacs font 10 à 15 g (j’ai quand même utilisé du voile de coton, plus léger), vous vous retrouvez à payer autant de fruits en plus… mais franchement, compte tenu du budget que leur consommation représente déjà pour une famille de 4, c’est une goutte d’eau dans la mer.

Question couleurs, on peut jouer les contrastes pétants ou le ton sur ton très chic…

Si le dessin vous plaît, téléchargez le fichier pour découpeuse Silhouette ici ou bien le fichier PDF ici.

sacs réutilisables sacs réutilisables sacs réutilisables

J’ai aussi fait des sacs pour mes patates, car – chaque famille a ses petites particularités – nous mettons les patates pour frites à part. Là, je ne me soucie pas du poids car mon vendeur de patates les pèse dans un seau et les verse dans nos cabas (ou nos sacs réutilisables…) donc j’ai fait une version plus volumineuse, avec une coulisse, en recyclant d’autres vieux torchons.

Qu’est-ce qui lui prend de faire une razzia dans ses torchons comme ça ? vous demandez-vous… Chhhht ! J’ai un autre projet en vue, bien sûr ! Hop hop, trois torchons de moins dans mon placard, à remplacer par des torchons tissés main… Quand j’aurai le temps 😉

Réalisation extrêmement facile : j’ai coupé à ras les ourlets des côtés long des torchons, pliés ces derniers en deux et piqué les côtés, rabattu l’ourlet pour faire la coulisse et j’ai utilisé un des ourlets découpés pour le lien à passer dans la coulisse en question. Rien ne se perd.

Si les dessins vous plaisent, téléchargez les fichiers pour découpeuse Silhouette ici et ici ou bien les fichiers PDF ici et ici.

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Qui s’y frotte s’y pique !

pique-aiguilles

Après deux mois de repos bien mérités, me voici de retour au rayon bricolage… Cet été, j’ai fait pas mal de couture, et je ne manque pas de chutes de lin pour toutes sortes de petites bidouilles ludiques et vite faites.

Si vous me lisez depuis longtemps, vous aurez peut-être reconnu sur cette photo l’adorable petit bol à thé que Chantal m’a offert en 2015. Il s’agissait de me fournir un peu d’inspiration pour ma toute première collection, intitulée “Ma tasse de thé”, et ça n’a pas raté. Il y a pile trois ans, je publiais donc la photo de l’écheveau que ce petit bol m’avait inspiré. Canicules d’août obligent, je l’avais alors rempli non de thé, mais de granité au citron vert, miam !

Le petit bol a ensuite bien sûr contenu du thé, mais parmi les nombreux verres, bols et tasses à thé qui ornent mes étagères, la concurrence était rude. Sans compter que – je n’aurais jamais pensé écrire cela un jour, à croire que je vieillis… – il y a des limites au nombre de thés qu’une fille peut ingurgiter quotidiennement.

Bref, le petit bol ne me servait pas souvent ; pourtant j’en aime beaucoup et le dessin, et les couleurs. J’ai eu envie de lui proposer une autre fonction, qui lui permettrait de trôner à longueur d’année sur mon bureau. Et je me suis dit que ce bricolage pourrait vous donner des idées pour tirer vous aussi de l’oubli, qui sait, une tasse ébréchée mais bien-aimée en attente d’une seconde jeunesse.

Pour transformer mon bol en pique-aiguilles, il me suffisait d’une chute de lin, d’un brin de fil à coudre trèèès solide et d’une poignée de laine décidément trop rêche pour être filée.

pique-aiguilles

Pour déterminer le rayon de votre rond de tissu, comptez la hauteur du bol ou de la tasse + la moitié du diamètre. Cela sera peut-être un peu trop grand, mais j’aime procéder par essais-erreurs : j’ai fait un premier test qui était un peu trop grand, puis j’ai recoupé une bande de 2 cm tout autour du rond et le second test fut concluant.

Attention, vous allez devoir serrer fort pour rassembler tout le tissu et transformer votre rond en petite bourse, alors je vous conseille de choisir un fil très résistant et de l’utiliser en double. Cousez à grands points droits à environ 1 cm du bord et tirez sur le fil progressivement pour former vos fronces de manière régulière.

pique-aiguilles pique-aiguilles pique-aiguilles

Bourrez le tissu de vieilles fibres, de kapok ou de rembourrage polyester et serrez votre fil au maximum avant de nouer. Enfoncez ce coussinet dans la tasse ou le verre – vous n’avez plus qu’à y piquer vos aiguilles ! Si vous le souhaitez, vous pouvez fixer le coussin dans la tasse avec quelques points de colle. Pour ma part, la taille et le degré de rembourrage étaient impeccables et il est bien coincé, donc je n’ai pas eu à le faire : ainsi, je peux toujours boire du thé dans mon petit bol si j’en ai envie.