“Mon livre de chevet”

La copie déclenche souvent la colère dans le petit monde de la création. Sur de nombreux forums, des créateurs et créatrices ont la dent dure pour se plaindre de personnes ayant copié leur style, ou même reproduit une œuvre à 100 % pour la revendre. Et je les comprends !

Pourtant, la copie a deux aspects positifs. D’abord, elle permet d’apprendre. Si vous avez l’habitude de vous promener dans les musées, vous devez de temps en temps y voir des étudiants des Beaux-Arts occupés à reproduire des tableaux célèbres, par exemple. Ensuite, la copie, c’est aussi un hommage, quand elle n’est pas réalisée dans un but mercantile.

filage fantaisie inspiré de jacey boggs

Ce mois-ci, j’ai proposé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin, en guise de thème du mois sous le titre “Copie et plagiat”, de se balader sur la Toile, de visiter les blogs des fileuses et fileurs qu’ils admiraient, de fureter sur Pinterest ou même sur les sites de filatures industrielles, pourquoi pas ? Il s’agissait de choisir la photo d’un fil et d’essayer de le reproduire. Midian nous a carrément épatés en reproduisant à la perfection un fil très fou signé Jacey Boggs, et puis aussi un des miens, mon écheveau “Alien” (trop fière d’avoir été copiée !!!!).

Comme elle, je me suis aussi inspirée du travail de Jacey Boggs. C’est vraiment quelqu’un que j’admire et son livre Spin Art est une vraie petite merveille. Tout est très bien expliqué et le DVD joint est un régal vraiment rock’n’roll !

Vous me direz : “Oui mais, c’est de la triche, Jacey détaille de A à Z toute la procédure à suivre pour réussir le fil ! C’est trop facile…” Et je suis bien obligée de vous donner raison. Sauf que, figurez-vous que ce n’est pas si simple que ça, on pourrait même dire que ce n’est franchement pas de la tarte, et voilà pourquoi mon fil n’est pas vraiment réussi. C’est clair, les “beehives” ne sont pas aussi beaux et réguliers que les siens. Il faut vraiment que je continue à m’entraîner ! !

Une fois que j’ai eu fait la photo, je me suis aperçue que je l’avais présentée exactement comme les écheveaux de ma collection “Mon livre de chevet”. Du coup, mon hommage à Jacey Boggs en fait désormais partie.

filage fantaisie inspiré de jacey boggs

A Spider From Mars

fil dentelle filé à la main

Faites-vous partie des personnes qui prennent de “bonnes résolutions”, en début d’année ?

Moi, non ! C’est du temps perdu, je me connais, je suis incapable de les tenir… La plus tentante : “Finir tous mes en-cours et arrêter de démarrer quinze cent dix mille projets à la fois.” Déjà, j’entends celles et ceux qui me connaissent un peu rire à gorge déployée…

Donc, les fileurs et fileuses du forum Tricotin ont échappé à ce thème un peu vache, “Bonne résolution”. En échange, je leur ai proposé un petit challenge. Il s’agissait de penser à une technique, une matière, une couleur avec laquelle ils avaient des difficultés, ou dont ils sentaient bien que, pour une raison ou une autre, ils ne l’avaient pas explorée à fond. Et de voir jusqu’où ils pouvaient aller.

Et puisque nous commencions l’année sur une nouvelle série de thèmes, je leur ai rappelé, en m’inspirant des commandements (ou droits) du lecteur de mon cher Pennac, une petite série de conseils concernant nos “thèmes”…

  1. Nul n’est obligé de participer.
  2. Il n’est pas indispensable de montrer quoi que ce soit avant la fin du mois, le mois suivant ou même l’année prochaine : on peut “jouer” quand on veut (d’autant qu’il n’y a rien à gagner à part votre plaisir personnel). On a parfaitement le droit de ranimer un vieux post que personne n’a touché depuis des siècles.
  3. On peut faire un écheveau de la taille et du poids qu’on veut. Oui, même 10 grammes si vous êtes pressé(e).
  4. On a le droit de prendre le thème par le bout qu’on veut et d’en donner l’interprétation qui nous chante.
  5. On a le droit d’utiliser n’importe quelle matière et de la traiter aussi mal qu’on veut. Même de couper des fibres de soie avec des ciseaux, si ! si !
  6. Personne ne devrait avoir honte de demander de l’aide, de poser des questions, de dire qu’on n’a pas compris ou même qu’on est dé-goû-tée par le thème proposé (vous vous reconnaîtrez, mesdames, hi hi hi).
  7. Les garçons ont le droit de participer ! Je cesserai de parler au féminin quand l’un de vous se décidera, messieurs !

Je n’ai pu montrer mon propre écheveau qu’à la dernière minute, voilà des jours et des jours que je guette le soleil en vain… Ce matin, j’ai dû me contenter de ce que j’avais, c’est-à-dire des nuages 😉

Ce mois-ci, Midian, la papesse du fil dentelle, se lançait le défi de faire de la fantaisie, et moi je faisais du très fin ! Enfin, du plus fin que d’habitude. Je me suis bien rendu compte que mon matériel me permettait de filer encore plus fin, mais qu’aurais-je fait avec du fil à coudre ? Là, au moins, je peux quand même tenter une shawlette dentelle…

J’avais décidé de ne pas tricher en prenant de la soie, j’ai même choisi une fibre plutôt gonflante : du Maco mérinos, une laine très fine et très moelleuse. La préparation en mèche impeccable de ce Maco le rendait très facile à diviser en très fines “méchettes”. Et, pour une fois, je me suis servie du kit dentelle adapté à mon Little Gem de Majacraft. J’ai vraiment, vraiment apprécié la légèreté des bobines “fat core”, et avec le plus petit ratio de la poulie haute vitesse, l’épinglier tournait bien vite sans que j’aie l’impression de faire un effort de pédalage.

Quelques chiffres : pour 50 grammes, le fil mesurait 600 mètres avant blocage, 575 mètres après (je pense que ces métrages sont assez exacts car je fais mes écheveaux sur un écheveaudoir et non sur un niddy-noddy, qui peut facilement augmenter le métrage de 10 % parce que le fil est plus tendu). Pour les personnes qui utilisent cette unité, cela représente à peu près 5 700 YPP (yards per pound). Et il m’a fallu une vingtaine d’heures de filage pour en venir à bout.

fil dentelle filé à la main

“Ma tasse de thé”

filage

Qu’ai-je bu tout au long du mois de septembre ? Du thé, bien sûr ! Et pas seulement pour trouver l’inspiration de ma collection inspirée des arts de la table… L’automne est arrivé très rapidement, j’ai à regret abandonné les glaces pour retrouver le réconfort d’une bonne tasse de thé. Cet écheveau 100% polwarth joue sur l’alternance de portions très fines et d’autres bien dodues pour mimer les courbes gracieuses de cette tasse en porcelaine “NewWave” que j’adore. Dedans, une vraie gourmandise : du thé japonais “genmaicha”, parfumé au riz grillé.

“Ma tasse de thé”

filage laine

C’est vrai, août tire à sa fin, mais Dieu qu’il fait chaud aujourd’hui ! Pour me rafraîchir, j’oublie le thé malgré le nom que j’ai donné à mes écheveaux inspirés des arts de la table : mieux vaut un granité façon mojito, mêlant citron vert et menthe, dans ce joli petit bol offert par Chantal. Car il semble bien que j’aie fait une bêtise en commençant cette collection… maintenant, mes amies me lancent des défis !

“Ma tasse de thé”

filage artisanal

Juillet s’enfuit mais l’été est bien là… Pendant les vacances, je peux prendre le temps de savourer un café avec mon dessert en regardant les enfants jouer. L’écheveau du mois, dans le cadre de ma collection inspirée des arts de la table, cherche donc à imiter les grains de café, avec des petits cocons noués et un fil de mérinos brun très foncé.

“Ma tasse de thé”

tasse

C’est une expression toute faite qui me va comme un gant, moi qui bois des litres de thé ! Forcément, je craque volontiers, de temps en temps, sur un bol original, une belle théière… Il faut dire qu’il n’y a pas que les fibres qui m’affolent (ce serait trop facile), j’aime les arts de la table. Faïence élégante, cristal taillé, verre recyclé, coupelles de toute sorte, j’adore ! Cette année, j’ai décidé de m’inspirer de mes pièces préférées ou au contraire des plus quotidiennes pour créer une série d’écheveaux.

Je commence par la tasse dans laquelle je bois mon premier thé de la journée. Pour les couleurs de la photo, et parce que la météo s’y prête davantage aujourd’hui, c’est du chocolat qu’elle contient ! L’écheveau est très simple, un seul brin en 100% mérinos, cardé dans les tons veloutés de cette faïence portugaise aux faux airs cérusés.

Un petit coup de tombola ?

filage artisanal

J’ai eu envie de tester un retors très multiple : sept brins ! Juste pour voir si ça marchait… Pour ça, j’ai peigné des mélanges de mérinos bleu, gris et violet ; je les ai filés fin et transférés sur des canettes de tissage puis j’ai improvisé un cantre septuple avec un panier et des brochettes en bambou (vous le saviez que j’adore bricoler…). Le retors s’est très bien passé, je n’ai même pas eu l’impression qu’il me manquait des doigts ! L’écheveau est amusant, avec une texture intéressante. Aimeriez-vous le recevoir chez vous ? Je vous l’offre !

L’heureux gagnant ou heureuse gagnante sera tiré(e) au sort parmi les abonnés à la newsletter de la nouvelle boutique que je viens d’ouvrir. Ça vous tente ? Envoyez votre adresse via le formulaire Contact pour vous abonner aussi. Vos coordonnées ne seront transmises à personne (croix de bois, croix de fer) et vous ne recevrez de courriers que de la part de Rue de la Laine. Vous avez jusqu’au 31 décembre pour vous inscrire, l’écheveau sera tiré au sort le 1er janvier et expédié le 2 janvier. Tentez votre chance !

filage artisanal filage artisanal filage artisanal

Un trésor

filage artisanal

Difficile d’y échapper : novembre, c’est le mois de la grisaille. On a fini de payer les impôts et autres taxes locales, la rentrée des enfants avec son lot d’achats n’est pas encore oubliée, on n’a plus de sous, et pourtant on pense déjà aux fêtes… sans compter que certain(e)s se sont fait piller leur stock de sucreries consolatrices pendant la nuit de Halloween. Bref, une pointe de morosité traînaille en novembre, voilà tout. Pour lutter contre la dépression saisonnière due à la baisse de luminosité, certains croquent des vitamines, avalent des oligo-éléments, suçotent des comprimés de magnésium ou autre… J’ai mieux.

Pour le thème de filage du mois de novembre du forum Tricotin, j’ai donc proposé de plonger sous simplement dans nos tiroirs, nos placards, nos cachettes les plus secrètes pour y trouver un trésor. Vous savez, le genre de fibres qu’on met pieusement de côté, parfois pendant des mois (je suis capable d’en garder des années), sans oser y toucher. C’est peut-être une fibre coûteuse, de la soie, du cachemire, de la vigogne… Ce sont peut-être les dernières boucles du mohair de Papy Maxime, celui qu’on sait qu’on ne retrouvera plus jamais (ouiiiiiiiiiiiiiinnnnnn !). C’est peut-être une très belle nappe offerte par une amie, ou une tresse teinte dans des tons magnifiques… On a tous et toutes au moins un trésor quelque part, bien caché.

Pour ma part, voilà bien des mois que Zouzou m’a offert cette magnifique tresse de mérinos, soie et lin teinte dans des tons doux mais pleins de pêche. L’harmonie de couleurs m’a tout de suite séduite. Je me suis enfin autorisée à la filer, après avoir longuement atermoyé sur ce que j’allais en faire pour profiter au maximum de sa beauté… Finalement, j’ai décidé de rester simple et de laisser les fibres dicter leur loi ! C’est parfois la meilleure voie, ne dit-on pas que “le mieux est l’ennemi du bien” ? Je n’allais quand même pas garder cette splendeur sous le coude jusqu’à ce que les mites s’y mettent !!

filage artisanal filage artisanal

Sur la route

filage

Cet été, de nombreux vacanciers ont pris et prendront la route avec insouciance, en se fiant à leur GPS pour ne pas se perdre dans le dédale de petites départementales qui sillonnent la France. Il est presque fini, loin dans le rétroviseur, le temps où l’on n’avait pas la place dans l’habitacle de déplier la grande carte colorée – paniquant déjà à l’idée de devoir la replier sans se tromper (il paraît que seuls les mutants y arrivent…) !

Pour le thème du mois d’août de Tricotin, j’ai réalisé un écheveau en forme d’hommage aux cartes de notre enfance, au-dessus desquelles papa et maman tenaient des conciliabules abscons et pas toujours aimables (hum). Sur la carte dont je me suis inspirée, le fond est blanc, avec du vert pâle pour les forêts et du beige pour les reliefs montagneux ; ce sont les couleurs des fibres de mérinos que j’ai cardées pour faire mon premier brin. Les routes sont rouge vif ou jaunes, ou blanc et noir : ce sont les tons de soie que j’ai employés pour faire le second.

Que deviendront toutes ces cartes délaissées ? Une astuce : le cartonnage. Dès que je m’installe quelque part avec crayons, ciseaux, cutter, colle, carton et papier, je retrouve l’intense plaisir de mes premières créations enfantines – construire des trucs avec ce qui me tombait sous la main. J’ai un peu progressé depuis… Rien de mieux qu’une carte routière pour recouvrir les carnets de rando de mon cycliste préféré !

Les tanneurs de Fès

filage fantaisie

Pour le thème du mois de juillet du forum Tricotin, j’ai proposé de filer un écheveau inspiré d’une photo, de préférence une photo un peu exotique.

En ce qui me concerne, un endroit a stimulé particulièrement mon instinct créatif, car en ce moment j’aime particulièrement travailler sur les palettes de couleurs. Or, en presque vingt ans vécus au Maroc, je n’ai jamais eu l’occasion de visiter le quartier des tanneurs de la ville de Fès ! (Mon nez sensible préfère peut-être se contenter d’en admirer des photos 😉 Pourtant, tous les clichés que j’ai pu en voir m’ont évoqué une seule et même chose : une palette de peinture… Les tons fondus des pigments naturels utilisés pour colorer les peaux évoquent les ocres du paysage environnant. Une palette naturelle, celle du créateur de ces lieux ?

Trêve de lyrisme, voici une prise de vue pour vous rendre compte par vous-même (une fois n’est pas coutume, je suis allée la faucher sur Internet, mais je cite la source, cela permettra à son auteur, j’espère, de se manifester s’il ne veut pas la voir apparaître ici). Qu’en pensez-vous ?

tanneurs de fez
http://www.trekearth.com/gallery/Africa/Morocco/North/Fes/Fes/photo1295067.htm

Et un peu de musique sur ce thème pour accompagner votre lecture !

Je me suis inspirée à la fois des couleurs et de la forme des bacs de trempage pour cet écheveau baptisé “Les tanneurs de Fès” (notez l’inventivité). Pour faire le fond blanc-gris-jaune des bâtiments au badigeon quelque peu décrépi, j’ai simplement cardé une nappe. Au filage, j’ai créé de nombreux petits cocons dans des nuances de rouge et de brun mélangées aux peignes (très pratique pour obtenir un grand nombre de nuances subtiles en petites quantités). Au retors, je les ai pliés pour leur donner une forme arrondie. J’ai terriblement hâte de tricoter cet écheveau !

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