“Ma boîte préférée”

écheveau d'art dans une boîte

En décembre dernier, j’ai proposé aux fileuses et fileurs du forum Tricotin un thème de filage un peu ludique.

J’ai commencé par leur rappeler une observation que l’on fait souvent en période de fêtes : pour les enfants d’un certain âge (mettons de deux à quatre ou cinq ans environ), inutile de trop se casser la tête à la recherche du cadeau parfait, car ils vont surtout s’amuser avec l’emballage. Eh oui, on en a vu des tableaux d’éveil laissés de côté pour un temps pendant que le petit s’amusait avec le beau papier qui fait tellement de bruit quand on le froisse ou qu’on le déchire… sans oublier, bien sûr, les bolducs dorés ou frisottés d’un habile coup de ciseaux.

Sans aller jusque-là, moi, je suis très sensible aux emballages, au packaging et surtout aux jolies boîtes. Si vous voulez me vendre des biscuits à la cannelle alors que j’ai horreur de ça, placez-les dans une jolie boîte en fer-blanc rétro et je sors mon porte-monnaie !

Comme c’était l’époque des boîtes de toutes les couleurs et de toutes les tailles amoncelées sous le sapin, je leur ai suggéré de se pencher sur ce thème pour filer un écheveau qui tiendrait tout juste dans la boîte dont il serait inspiré : “Vous n’avez pas le temps ? Choisissez une boîte de pastilles ! Vous avez prévu de vous tricoter un pull avec ? Prenez carrément un carton à chapeaux… Il y a forcément chez vous une jolie petite boîte qui vous plaît, boîte de bonbons ou de chocolats, boîte à gâteaux ou à thé, luxueux emballage de parfum ou même écrin à bijoux. Cherchez à reproduire ses couleurs, sa texture, ses motifs, que sais-je. Évaluez la juste quantité de fibres – attention, les fibres foisonnent : l’écheveau terminé occupera moins de place que les fibres qui le composent quand elles volent en liberté. Puis filez, retordez si c’est prévu, rangez l’écheveau dans la boîte et prenez une jolie photo !”

Pour ma part, j’ai joué sur le côté festif des fêtes de fin d’année en essayant de faire des compromis avec un planning chargé et j’ai donc choisi une toute petite boîte… Mais l’exercice était tellement amusant que j’ai eu envie de m’y prêter à nouveau et d’en faire la base d’une nouvelle collection d’écheveaux.

“Mon livre de chevet”

filage d'art Stephen King

J’ai pris beaucoup de plaisir, tout au long de 2016, à travailler sur ma collection d’écheveaux “Mon livre de chevet”. J’adore les livres. Pas seulement parce qu’ils sont la base de mon premier job : j’adore lire, tout simplement.

Je me souviens du premier livre que j’ai lu toute seule d’une façon incroyablement précise, qui m’étonnera toujours compte tenu du peu de souvenirs que je garde de ma petite enfance. Ce jour-là, j’étais vraiment malade au point de ne pas pouvoir me lever et je m’ennuyais terriblement ; ma mère s’est prise de pitié et bien que je sache à peine lire, elle est allée à la bibliothèque et m’en a ramené un livre de la Bibliothèque rose, un “Oui-Oui” (!). Je l’ai dévoré dans la journée et elle a dû faire quelques allers-retours à la bibliothèque dans les jours qui ont suivi… Je me souviens bien de cette chambre un peu calfeutrée, des rideaux à moitié tirés, des draps froissés, et de ce plaisir incroyable de voyager dans le temps, dans l’espace et dans la réalité à travers le bruissement des pages tournées. De cette faculté qu’ont les livres de nous extraire des mauvais jours, ou tout au moins des heures que l’on aimerait voir passer plus vite. Je ne l’oublierai jamais. Mais il y a pas mal d’années que je ne feuillette plus d’aventures de Oui-Oui…

En revanche, j’ai toujours adoré lire Stephen King, et ce n’est qu’une coïncidence qu’une série très prometteuse créée à partir d’un de ses excellents romans soit diffusée à la télévision aujourd’hui : je ne pouvais finir ma collection sans avoir choisi une de ses œuvres. Le fil est prêt depuis longtemps, j’attendais juste que le soleil revienne nous visiter pour pouvoir enfin le photographier (non, je n’aime pas prendre des clichés en lumière artificielle et, oui, je sais que je ne serai jamais une pro dans ce domaine, mais je dors quand même très bien la nuit… même après avoir lu du King ! ;-).

Pourquoi 22/11/63 ? Si je vous disais que j’ai choisi les couleurs de la couverture, ce ne serait pas 100% une boutade superficielle. Je ne pourrai jamais dire quel est mon King préféré car ça change tout le temps, selon l’époque de ma vie, selon mon humeur du jour. Aucune de ses œuvres ne mérite d’être reniée, même si je ne relis plus certaines d’entre elles qui appartiennent plutôt à ma période adolescente/jeune adulte (dit la fille qui a décidé de tout relire l’année dernière pour je ne sais quelle raison…). Je raffole par exemple d’un roman dont on a très peu parlé, Duma Key : il a déclenché en moi une formidable pulsion créatrice.

Quand j’ose dire que j’adore Stephen King, je vois beaucoup de gens prendre un air pincé, genre “Oh-ça-si-c’est-pas-de-la-sous-culture-pire-que-le-Mc-Do…” Facile de repérer ceux qui n’ont jamais eu l’occasion de lire un très bon Stephen King – ou qui n’en ont jamais lu du tout – et qui commettent l’erreur de juger autrui sur ses goûts culturels, ou ce qu’ils croient en connaître. Fut un temps où (j’avais du temps à perdre et) je montais au créneau pour sauver mon auteur favori, suggérant de lire “au moins Misery !” (on sait jamais, s’ils ont vu le film, cela leur fera peut-être plaisir de découvrir l’autre moitié de l’histoire)… Mais aujourd’hui je suis une vieille dame égoïste et je hausse les épaules en pensant : “Hé hé, vous avez raison, n’y touchez pas, ça en fera plus pour moi.”

En tout cas, chaque matin de fête des Mères, je savoure ma première tasse de thé dans mon lit en attendant impatiemment le bisou de mes chéris et leur cadeau – un King tout beau, tout neuf, acheté avec leurs petites économies (à moins qu’ils aient tout bâfré à la pâtisserie et braqué leur pâte tendre de père) que je vais peut-être dévorer tout de suite, que je vais peut-être héroïquement mettre de côté pour le savourer au bord d’une piscine (si possible), pendant les vacances.

Je ne vais donc pas essayer de vous persuader de lire Stephen King, surtout pas si vous faites partie de ceux qui le prennent pour un fanatique de morts-vivants ou d’extraterrestres destructeurs. Je ne vais pas vous expliquer qu’il ne parle que d’humanité, que c’est un des meilleurs créateurs (oh, il n’aimerait pas ce mot !) de personnages1 qui soient, etc. Mais si vous voulez, vous pouvez ignorer son talent et tricoter un fil en laine douce… parsemée d’un peu de rouge ici et là.

  1. Et pourtant, quel affreux jojo, il a le chic pour vous entraîner dans la vie d’un personnage et vous sortir soudainement une phrase du genre : “Elle retira la cigarette à demi consumée du porte-cigarettes, ses doigts déformés faisant preuve d’une étonnante dextérité […] Je me suis demandé depuis – je sais, c’est morbide, mais je me le suis demandé – si elle l’aurait fumée jusqu’au bout, sachant que ce serait la dernière.” Un petit plaisir sadique dont ma fille et moi raffolons honteusement. Je vous jure que je suis incapable d’expliquer pourquoi. Il est bien loin, Oui-Oui !

J’ai fait ce qu’il me demandait, avec le sentiment d’être le plus grand corniaud de la terre. Un pas… en baissant la tête pour éviter de frotter contre le plafond en aluminium… deux pas… les genoux fléchis maintenant. Encore quelques pas et je devrais me mettre à genoux. Ce que je n’avais aucune intention de faire, requête de mourant ou pas.

— Al, c’est ridicule. Sauf si tu veux que je te rapporte un carton de fruits au sirop ou un de ces petits paquets de gelée, je ne vois pas ce que je viens faire i…

C’est là que j’ai senti mon pied s’enfoncer, exactement comme quand on descend une marche sans s’y attendre. Sauf que mon pied était toujours posé à plat sur le sol en linoléum gris foncé. Je le voyais.

— Tu y es, a dit Al.

Sa voix n’était plus rocailleuse, du mois temporairement ; elle était veloutée de satisfaction.

— Tu l’as trouvé, copain.

Mais j’avais trouvé quoi ? J’étais en train d’expérimenter quoi exactement ?

22/11/63, Stephen King

filage d'art Stephen King

“Mon livre de chevet”

écheveau filé main avec perles

D’accord, d’accord, il n’est pas vraiment sur ma table de chevet. Il est sur mon bureau. Et je m’en sers très souvent, car il a réponse à tout ou presque… même s’il est parfois horripilant quand je mets un temps fou à trouver dans laquelle de ses 1 600 pages il traite du sujet qui m’intéresse – par exemple si on accorde ou pas tel passé composé dans un emploi bien spécifique – et qu’il me dit que “on peut écrire les deux”. Argh ! 😉 Certes, une consultation du Grevisse (ce n’est pas son titre, c’est vrai, mais c’est comme ça qu’on l’appelle entre nous), ce n’est jamais rapide, et en plus il pèse son poids (plus de deux kilos et demi, si vous vous posiez la question). Pourtant, avouez qu’en plus de représenter une faramineuse somme de connaissances sur la langue française, c’est un bel objet !

Je ne pouvais passer à côté de ce cher bouquin pour ma collection “Mon livre de chevet”. J’ai donc réalisé un écheveau jouant sur le blanc et le noir pour évoquer sa couverture, orné d’une cinquantaine de perles alphabet (sainte patience).

écheveau filé main avec perles

“Mon livre de chevet”

filage

Que certains hommes préfèrent les hommes aux femmes en matière de relations amoureuses, ils ont ma bénédiction pour ça. Mais d’autres hommes détestent les femmes, les méprisent, bref en un mot leur veulent du mal, pourquoi ? C’est dépeint de manière fascinante dans le premier volet de la trilogie de Stieg Larsson, Millenium. À sa parution, je me suis plongée goulûment dans les aventures de Lisbeth, comme des millions de personnes. Aujourd’hui, je l’inclus dans ma collection “Mon livre de chevet” parce qu’en plus, la couverture me plaît beaucoup avec son clin d’œil à Mercredi Addams.

Lisbeth Salander tourna son visage sur le côté et essaya de se lever, mais il la tenait d’une main ferme. D’un point de vue force pure, elle ne pouvait pas se mesurer avec lui ; elle pesait 42 kilos contre ses 95. Il lui prit la tête à deux mains et tourna son visage de façon à la voir droit dans les yeux.

— Si tu es gentille avec moi, je serai gentil avec toi, répéta-t-il. Tu m’embêtes, et je peux te faire interner avec les fous pour le restant de ta vie. Ça te ferait plaisir ?

Elle ne répondit pas.

— Est-ce que ça te ferait plaisir ? répéta-t-il.

Elle secoua la tête.

Il attendit jusqu’à ce qu’elle baisse le regard, soumise, pensa-t-il. Puis il l’attira plus près de lui.

Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes, Stieg Larsson

filage

“Mon livre de chevet”

filage d'art

Le Survivant… je ne me souviens plus de la manière dont j’ai découvert ce roman. Je soupçonne Flore de me l’avoir conseillé, il y a des années, mais je n’en suis pas sûre. Toujours est-il que sa lecture me ravit : les personnages sont très bien croqués, l’histoire distrayante et instructive, on est vraiment catapulté dans une ambiance. Je n’hésite pas à me replonger dedans de temps à autre.

Pour ma collection “Mon livre de chevet”, j’avais très envie de jouer avec les couleurs de l’illustration, de reproduire les nuances de cette aube néo-zélandaise que Rosie, je suppose, aperçoit de sa véranda. Je me suis surtout amusée à reproduire les touffes de feuillages dans un écheveau hérissé et bourru comme Angus McLeod.

Tandis qu’elle avançait sur la route caillouteuse, la première chose qui la frappa fut le silence. Elle n’avait jamais auparavant « entendu » le silence. Il n’y avait pas de voitures, pas d’avions dans le ciel, pas de radios hurlant de toutes parts, pas de gens autour d’elle, personne. Elle s’arrêta et écouta. En tendant l’oreille, elle parvenait à entendre le vent dans les arbres et, sur sa droite, le bruit des vagues venant battre les rochers incrustés d’huîtres. Mais rien d’autre. Le soleil pesait sur elle comme s’il avait décidé de lui accorder son entière et exclusive attention.

Le Survivant, Derek Hansen

filage d'art

“Mon livre de chevet”

filage

Comment ne pas accorder une place, dans ma collection d’écheveaux inspirés de quelques-uns de mes livres de chevet, la fameuse “collection blanche” de Gallimard avec ses emblématiques filets rouge et noir ? J’en ai bien des ouvrages, mais Les Hommes protégés est certainement celui que j’ai le plus relu et prêté, d’où l’aspect un peu défraîchi de sa couverture…

La difficulté que j’ai rencontrée pour intégrer ces filets rouge et noir à mon fil, c’est que je ne voulais pas les voir dessiner une spirale, ce qui est pourtant inévitable quand on fait un retors. J’ai donc feutré mon fil, puis je l’ai “détordu” pour aligner les filets comme je le voulais, et je l’ai rebloqué derrière.

Anita estime – et je suis là-dessus de son avis – que ce n’est pas à l’État, ni à ses lois, ni à son appareil répressif, de décider si une femme doit avoir un enfant ou non. Le droit de la femme à la disposition de son propre corps est inaliénable. Le vrai respect de la vie, c’est le respect de la femme, considérée comme agent libre, et non comme un objet à travers lequel passent, qu’elle le veuille ou non, les futurs citoyens dont l’État a besoin. La femme n’est pas une machine à produire des soldats, des travailleurs ou des fidèles. La décision lui appartient – à elle seule.

Les Hommes protégés, Robert Merle

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“Mon livre de chevet”

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Lorsque j’ai commencé à filer, j’étais très tournée vers la technique, l’inspiration, les différences entre les fibres, etc. Cela faisait l’essentiel des informations que je collectais. Mais depuis un peu plus d’un an, la lecture des passionnants articles historiques de Ply Magazine ainsi que le contenu du stage Sketch, Spin, Scribe (dans lequel je ne suis pas très avancée dans les faits, il est vrai, mais qui occupe beaucoup mes pensées) m’ont poussée à m’intéresser davantage à l’histoire du fil. Et aussi du textile, car l’un ne va pas sans l’autre et j’aime aussi tisser, ne l’oublions pas 😉

Je me suis donc offert L’Étoffe au fil des civilisations, de Nicole Renau, sorte de dictionnaire encyclopédique passionnant et abondamment illustré. La couverture est superbe, il est bien normal qu’il m’ait inspiré un petit écheveau pour ma collection “Mon livre de chevet”… J’ai d’abord travaillé sur l’harmonie des couleurs pour créer une petite nappe toute simple en laine mérinos, puis j’ai intégré à mon filage des bandelettes de tissu portant des imprimés similaires.

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“Mon livre de chevet”

filage d'art

J’ai découvert Italo Calvino à la fac et je suis alors tombée littéralement amoureuse de son “Baron perché”. Quand j’ai découvert cette version publiée au Seuil et illustrée par les délicates aquarelles de Yan Nascimbene, je n’ai pas hésité une seule seconde, hop ! sitôt vu, sitôt acheté. Je n’en ai que plus de plaisir à le relire de temps en temps… et je trouve qu’il convient très bien à ma collection d’écheveaux “Mon livre de chevet”.

Qui à cheval, qui en voiture, qui en berline, les exilés partirent. La route redevint déserte. Mon frère demeurait seul dans les arbres de Basse-Olive. On pouvait voir encore, pris dans les branches, quelques plumes, quelques rubans, quelques guipures qui se balançaient au vent ; et, çà et là, un gant, une ombrelle de dentelle, un éventail, une botte et son éperon.

Le Baron perché, Italo Calvino et Yan Nascimbene

filage d'art

“Mon livre de chevet”

filage

Voilà bien des années qu’un petit livre de poche de la collection 10/18 a attiré mon attention dans une librairie parisienne, et j’ai oublié laquelle depuis longtemps. Quelque vingt ans plus tard, je possède toute la collection des amusants romans signés Lilian Jackson Braun qui dépeignent les aventures d’un journaliste moustachu nommé James Qwilleran et de ses deux chats siamois, Kao K’o Kung dit Koko et Yom-Yom la Patte. Une lecture très distrayante entre deux séances de cardage et de filage… je ne pouvais pas passer à côté du Chat qui mangeait de la laine pour le fil de mai de ma collection “Mon livre de chevet” !

L’un des deux brins de ce fil tout simple, très inspiré du dessin de Louis Wain qui illustre la couverture, évoque les bleus et verts tendres du fond, tandis que l’autre joue sur la palette des bruns naturels du pelage des deux chats golfeurs, avec une moitié d’angora pour le côté duveteux.

 « Koko bougea d’un air mal à l’aise et regarda le coin du fauteuil. À quelques centimètres de son nez se trouvait une sorte de boule verte.

— Qu’est-ce que cela ? Où as-tu trouvé ça ?

Au même moment, son regard fut attiré sur le fauteuil vert. Au milieu du siège, tout un morceau de tissu manquait. On voyait même le crin sortir.

— Koko ! cria Qwilleran, j’espère que tu n’as pas mangé le rembourrage d’un de ces coûteux fauteuils danois ! »

Le Chat qui mangeait de la laine, Lilian Jackson Braun

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“Mon livre de chevet”

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C’est un des classiques de mon enfance, ici édité par Gallimard dans son incontournable “Bibliothèque de la Pléiade”, que j’ai choisi comme inspiration pour le fil d’avril de ma collection “Mon livre de chevet”. Combien de fois ai-je pu lire et relire les aventures pathétiques de la petite Denise dans le dédale de rayons du “Bonheur des Dames” imaginé par le troublant Octave ? Combien de fois me suis-je délectée des mille et une descriptions colorées de ce grand magasin débordant de tentations ? Je ne saurais le dire !

Mais je n’aurais pu me priver de rendre hommage aux sobres couvertures de cuir filigrané d’or de la “Bibliothèque de la Pléiade”. C’est chose faite avec ce fil tout simple. Certes, il m’a fallu mélanger différents coloris par cardage pour réussir à m’approcher de ce vert très particulier. Mais ensuite, un simple fil métallisé en “autowrap” a suffi à évoquer le livre.

Aussi, le Bonheur des Dames, dès huit heures, flambait-il aux rayons de ce clair soleil, dans la gloire de sa grande mise en vente des nouveautés d’hiver. Des drapeaux flottaient à la porte, des pièces de lainage battaient l’air frais du matin, animant la place Gaillon d’un vacarme de fête foraine ; tandis que, sur les deux rues, les vitrines développaient des symphonies d’étalages, dont la netteté des glaces avivait encore les tons éclatants. C’était comme une débauche de couleurs, une joie de la rue qui crevait là, tout un coin de consommation largement ouvert, et où chacun pouvait aller se réjouir les yeux.

Au Bonheur des Dames, Émile Zola

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